‹ La famille de BeéthanieChapitre 13 sur 19 · ES ES · texte numérisé non relu

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Et quand elle (Marthe) eut it cela, elle alla appeler secrètement Marie, sa sœur, en lui disant : « Le Maître est ici et il t'appelle.» Et aussitôt qu'elle l’eut entendu , elle se leva promptement et s’en vint à Jui. Or, Jésus n’était point encore venu à la bourgade, mais il était au lieu où Marthe l'avait rencontré. Alors les Juifs qui étaient avec Marie à la maison, et qui la consolaient, ayant vu qu'elle s'était levée si promptement et qu’elle était sortie, la suivirent en disant : « Elle s’en va au sépulcre pour y pleurer. » Quand Marie fut venue où était Jésus , l'ayant vu, elle se jeta à ses pieds, en lui disant : « Seigneur ! si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mor! ! » Et quand Jésus la vit pleurer, de même que les Juifs qui étaient venus avec elle, il frémit en son esprit, et s'émut. Et il dit: « Où l’avez-vous mis ? » Ils ui répondirent : « Seigneur, viens et vois. » Jésus pleura. Sur quoi, les Juifs dirent : « Voyez comme il l’aimait ! »

Plus l’histoire que nous méditons approche de son dénouement, plus l'intérêt en devient vif et touchant. Tous les traits de cette action sont si

grands, si beaux, si élevés au-dessus du cours ordinaire des choses humaines, que nous ne saurions attendre qu’un dénouement en harmonie avec tant de grandeur. Et que ne pouvons-nous attendre d’une action dont Jésus est l’ame et l'auteur ! Il:se présente avec une majesté toute divine sur le premier plan de ce tableau historique qui se déroule sous nos yeux. Il est au milieu de ceux qui l'entourent, comme un soleil qui prête à tous les mondes la lumière dont ils brillent à nos yeux. Lazare, Marthe , Marie , Thomas, les autres disciples, tous regardent à Jésus , tous rapportent à Jésus leurs pensées, leurs affections, leurs prières , leurs larmes ; tous participent à ses lumières , à ses graces , àses consolations. Et si, plus d’une de ses paroles, plus d’un de ses actes, nous ontjusqu’ici paru obscurs ou mystérieux , nous ne pouvons en douter, un mot de sa puissance et de son amour va bientôt dissiper tous les nuages, jeter des torrens de fumière sur ces points obscurs de sa conduite, et commander l’adoration aussi bien que l’étonnement,

Mais avant d’en venir là, notre historien nous appelle à méditer encore aujourd’hui sur le tombeau de Lazare. Avant de nous montrer son Maitre déployant la puissance du Dieu-Créateur par qui toutes choses ont été faites, 1l veut nous faire suivre encore les mouvemens de son cœur généreux et compatissant, jusqu’à ce qu’il arrive à ce trait qui dit plus que des volumes, à ce trait qui

arrache des larmes d’attendrissement, de reconnaissance : « Jésus pleura ! »

Marthe, Marie, Jésus, vont successivement attirer notre attention.

Marthe avait senti se ranimer sa foi et ses espérances, en la présence de Celui qui s’est nommé la résurrection et la vie. « Oui, Seigneur, » avait-elle dit, « je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu , qui devait venir au monde. » Je vois en toi le Messie promis à Israël, le libérateur, l’attente des siècles, le désiré des nations , celui après qui soupiraient, avec un ardent désir, tous ceux qui, comme Siméon , comme Anne, attendaient la consolation et la délivrance d'Israël. Et dès que Marthe a vu en Jésus son Sauveur, elle ÿ a vu aussi son Consolateur toutpuissant. Ses larmes se tarissent ; avec la foi renaissent la confiance et la paix, et elle fait l’expérience de la vérité de cette promesse de Jésus, jointe à une invitation : «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai, et vous trouverez le repos de vos ames. »

Mais Marthe ne veut pas jouir seule de ces douces et précieuses consolations. Elle n’a pas oublié que sa sœur qui est « restée assise à la maison, » est encore plongée dans la plus profonde tristesse ; elle quitte Jésus pour un instant,

et vole auprès d’elle, pour lui apprendre la bonne nouvelle de leur céleste ami : Æ{le alla appeler secrètement Marie, sa sœur, et lui dit : « Le Mattre est ici, et il l'appelle. » Marie avait partagé sa douleur ; Marthe veut maintenant lui faire partager sa joie ; les deux sœurs avaient pleuré ensemble; il est naturel, pour leurs cœurs aïimans, de se réjouir ensemble ; elles avaient épuisé ensemble la coupe de la douleur; il est juste que maintenant elles savourent ensemble la douceur des consolations divines. Qu’elle est belle, qu’elle est noble et douce cette union des ames chrétiennes, où tout est en commun, joies et douleurs, plaisirs et peines, espérances et craintes! Qu'elle est élevée au-dessus des relations du monde, cette association de deux êtres dont l’un se ferait un scrupule délicat de goûter, sans l’autre, une jouissance , et serait noblement jaloux de le voir souffrir sans y avoir part! Ce n’est que dans l'amour de Dieu, dans la communion avec Jésus, que subsistent ces rapports aussi sanctifians qu'ils sont doux , les seuls qui méritent le nom d’amitié. Si de telles relations sont entièrement soumises à l'influence de l'Esprit de Dieu, (car hors de là tout est piége , vanité, idolâtrie , souillure) de quelles bénédictions ne peuvent-elles pas être la source | Étrangers et voyageurs sur la terre , quel encouragement pour nous que celui d’avoir de fidèles compagnons de voyage ! Combattant, dans une lice où nous devons descendre chaque

jour, contre le péché, contre le monde , contre nous-mêmes, quel bonheur que celui d’avoir à nos côtés des frères d'armes, qui partagent nos. dangers, qui nous encouragent, par leurs paroles et leur exemple, à courir à la victoire! Faibles et pécheurs , quelle grace que celle d’avoir près de nous une main fraternelle, toujours tendue pour nous montrer les dangers , nous soutenir et nous aider !

Marthe est rentrée dans la maison ; elle voit sa sœur bien-aimée encore en proie à sa profonde douleur ; elle lappelle, la prend à part , en secret, dit le texte, pour lui annoncer la bonne nouvelle de l’arrivée de Jésus. Bien que nous devions, en tout temps, être « prêts à rendre compte, avec toute douceur, de lespérance qui est en nous, » il est une foule d’expériences chrétiennes que les disciples de Jésus seuls peuvent comprendre. Marthe le sentait, et, malgré la précipitation ordinaire de ses impressions , elle sait qu'il n’y a que l’ame de Marie à qui elle puisse ouvrir son cœur, et qui soit capable de comprendre et de partager ses espérances et sa joie. Tous les Juifs, dont la maison était remplie, n’eussent vu peut-être, dans son amour pour Jésus, que de l’exaltation ; dans sa foi en lui que du fanatisme ; dans ses espérances, qu’une chimère. Peut-être aussi, que la déclaration solennelle de Jésus : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croat,

en-moi , bien qu’il soit mort, vivra,» et cette question significative qui la suivit : « Crois-tu cela? » avaient réveillé dans lame de Marthe quelque secrète espérance de revoir encore, sur cette terre, un frère qui lui était si cher. Et à quel autre qu’à Marie aurait-elle pu s’ouvrir sur un tel sujet, sans être accusée de fanatisme ou de folie ? Il est telle hardie espérance, tel sentiment secret de son cœur, que l'enfant de Dieu croirait profaner, s’il le livrait au ridicule ou au sarcasme de l’homme incrédule.

Le Maître est la, dit Marthe avec le bonheur empressé de celui qui annonce à un être affligé la meilleure nouvelle, /e Maître est la : ce seul mot, selon Marthe, doit suffire à Marie pour la tirer de son affliction. « Il est vrai que nous avons longtemps souffert, » semble-t-elle dire, «il est vrai que nous avons vu se briser les doux liens de nos affections domestiques ; nous avons vu mourir et descendre au sépulcre ce Lazare que nous avons tant aimé ; nous avons attendu long-temps , en vain, Jésus, notre grand consolateur ; nous avons long-temps répandu, loin de lui, des larmes d’affiction; mais /e Maître est la; déjà j'ai éprouvé en sa présence d’ineffables consolations ; j'ai senti rentrer dans mOn cœur sa paix, qui vaut mieux que la vie. Rien ne lui est impossible ; il m'a déclaré qu'il est la résurrection et la vie, que celui qui croit en lui, bien qu'il soit mort, vivra. vient

nn | pour nous consoler ; notre tristesse va se changer en joie ; notre douleur, en vive reconnaissance.

Le Maître est la ; il appelle.

Il Pappelle ! Quel amour que celui de Jésus!

quelle consolation pour Marie dans sa douleur ! Ah!liïlne la donc point oubliée, celui qu’elle a attendu si long-temps , avec un si ardent désir ! Comme le Psalmiste, elle a dü s’écrier dans l’angoisse : « Mon ame attend le Seigneur, plus que les sentinelles n’attendent le matin. » Et maintenant, l’heure de la délivrance est arrivée ; Jésus vient lui-même la consoler; il vient enlever de dessus son ame le fardeau qui l’accable, la croix qu’il lui avait imposée pour un temps; il vient faire couler dans les plaies de son cœur le baume de ses consolations.

O bien-aimés, connaissez, adorez la fidélité, l'amour du Sauveur. Il est toujours le même quand vous aurez à remplir la douce tâche de porter des consolations à quelque ame souffrante, à quelque ame pleurant sur la tombe d’un être aimé, à

quelque ame gémissant de sa misère, de ses pé-

chés, de son indignité devant Dieu ; à quelque ame plongée dans l’abime du doute, de la défiance. Oh! alors, faites comme Marthe auprès de Marie ; consolez en deux mots : Le Maître est la; il Cappelle. I est à, ame souffrante , ame affligée , ame pécheresse ; il est là, près de toi, ce

bon maitre, ce charitable Sauveur, ce céleste ami que tu crois éloigné ; il est là, il ne t'a point abandonnée , il veille sur toi ; il est là, prêt à recevoir. ton premier soupir de repentance, ton premier cri de détresse ; il est la, prêt à te recevoir, à te pardonner, à te bénir! Z{ appelle [| il V'appelle par cette affliction même, par cettegmaladie même, aussi bien que par toutes les pages de sa parole; il appelle, pour te faire savourer à longs traits les consolations de sa grace ; il appelle, pour parler à ton ame de pardon, de réconciliation , de paix, d'amour; il appelle, pour te recueillir dans le bercail de ses brebis ; il tappelle, pour que, sortant de cette affliction, de cet abattement, de ce doute , de cette incrédulité , tu viennes avec confiance te ranger au nombre de ses rachetés , de ses enfans bien-aimés.

Il v'appelle !..., garde-toi de rester sourd ou insensible à cet appel! garde-toi d’une défiance offensante , d’un doute injurieux ! garde-toi d’imiter ces insensés qu'il invitait au souper des noces, et qui, tous , s’excusèrent ! garde-toi de dire que tu en es indigne, que tu es trop misérable, trop pécheur ! Eh! c’est précisément parce que tu es pécheur qu’il te faut un Sauveur ; précisément parce que tu es pauvre, aveugle, misérable et nu, que tu dois venir à Celui « qui, étant riche, s’est fait pauvre pour nous , afin que par sa pauvreté nous fussions rendus riches. » « 11 n’appelle pas

des justes, mais des pécheurs. » Son invitation est gratuite ; il ne vend pas ses graces; il les donne. Et penserais-tu donc qu’il vappelle pour ne pas te recevoir: Penserais-tu done qu’il veuille ainsi se jouer de ta misère et de ton affliction ? Loin de nous, loin de nous ce blasphème de lincrédulité! O Jésus, Ô mon Sauveur! j'entends ton. appel; j'irai, je me hâterai avec Marie ; j'irai à toi. pour avoir la vie. Eh! à qui nous en irions-nous ? tu as seul les paroles de la vie éternelle !

Marie ne s’est point encore élevée à la foi et aux vives espérances de Marthe; la douleur était trop profonde dans son ame sensible. Cependant elle se hâte de se rendre à l'appel de Jésus. I/ame même qui est encore entourée d’affliction et de doute, pour peu qu’elle connaisse la fidélité et Pamour du Sauveur, fait des efforts pour s'élever jusqu’à lui, cherche Dieu « comme en tâtonnant. » Mais qui pourrait retenir celle qui a clairement entendu l'appel de Jésus ? celle à qui lon a dit: Ze Maître est la, il appelle Ah ! elle sent l'approche de la délivrance. Et, comme la fleur tourne son calice vers le soleil, l’ouvre à ses rayons bienfaisans ; comme le cerf, altéré par l’aride chaleur du désert, se précipite vers les eaux courantes ; comme l’enfant court en larmes dans les bras de sa mère qu’il avait perdue, ainsi, l'ame altérée de consolation , de paix, de repos, s’ouvre à la douce influence de la présence de son

Dieu-Sauveur, se désaltère à longs traits à cette source des eaux vives « qui Jaillissent en vie éternelle; »se jette avec confiance dans les bras d’un Père céleste qui a un remède pour tous ses maux, et auprès de qui « il y a abondance de rédemption. » Et aussitôt qu’elle lV’eut entendu, elle se leva promptement , et vint a lui. »

Mais , nous l’avons déjà dit, après saint Paul, « l’homme naturel ne comprend point les choses qui sont de l'Esprit de Dieu ; » et les Juifs qui entourent Marie viennent confirmer ici cette triste vérité. Avant de nous montrer Marie aux pieds de Jésus, saint Jean nous parle d’eux et rapporte encore leurs sentimens et leurs paroles, comme pour faire ombre au tableau. Les Juifs qui étaient avec Marie à la maison, et qui la consolaient . voyant qu'elle etait sortie si promptement, la suivirent en disant : Elle va au sepulcre, pour y pleurer. Tel était , et tel est encore , en Orient, l’usage d'aller souvent, dans les premiers jours de deuil, au tombeau de ceux qu’on a perdus « pour y pleurer. » Celui qui n’a point entendu l’appel du Sauveur, ou qui y a fermé son cœur; celui qui ignore l'attrait irrésistible qui presse l'ame affligée d’aller se jeter aux pieds du Sauveur; celui qui r’a jamais puisé, par la prière secrète du cabinet, à la source des consolations véritables , ne peut comprendre la conduite et les joies de lenfant de Dieu. Il ne pense pas qu’un être profondément

affligé puisse avoir d’autre remède dans ses maux, que le triste privilége d’aller répandre des larmes sur cette tombe qui vient d’engloutir l’objet de ses plus douces affections , de ses plus chères espérances. Il entoure de tous ses regrets, que rien n’adoucit, ces restes de poussière. Les Juifs pleuraient et se lamentaient sur le tombeau de leurs proches, pendant sept jours consécutifs. De nos jours, on élève un monument qui doit perpétuer des regrets, cacher, s’il était possible , la vanité de tout ce qui est humain, et faire oublier que « toute chair est comme l'herbe, et toute sa grace comme la fleur d’un champ. » On s'attache ainsi, avec une douleur sans remède , et des affections froissées , à ce qui déjà est réduit en poudre. On pleure comme ceux qui wont point d’espeérance. Pour tromper sa douleur, on appelle ce culte tristement idolatre, « la religion des tombeaux. » Hélas ! il serait plus juste de l'appeler la religion du désespoir, ou, tout au plus, la poésie de la douleur. \

Non , Marie ne va pas au sépulcre ; elle sait que Jésus est là; elle va déposer à ses pieds le fardeau de sa douleur, lui ouvrir son ame, comme l'avait fait Marthe, Elle se jette à ses pieds en répandant d’abondantes larmes : Seioneur, dit-elle, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort ! C’est là tout ce que sa douleur et ses sanglots lui permettent de proférer. Elle a eu assez de foi, assez

de confiance pour se jeter aux pieds de Jésus, oubliant devant lui la foule qui entoure ; oubliant l'univers entier. Mais c’est tout ce qu’elle peut faire, tout ce que lui permet sa profonde af- {liction. Il n’y a point en elle assez de force, ni peut-être assez de foi pour ajouter à sa plainte, comme Marthe : « Mais maintenant je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le. donnera. » Sa douleur muette ne nous laisse plus voir ce qui se passe dans son cœur déchiré. Un voile sombre de tristesse a-t-il enveloppé son cœur de manière à lui dérober les objets de sa foi, de ses espérances? Ses paroles veulent - elles dire que, puisque « son frère est mort, » tout a disparu pour elle? Ne voit-elle plus de remède à ses maux? Lui semble-t-il que Jésus vienne trop tard pour réparer sa perte? 197 {u eusses été ici! Pense-t-elle que le sépulcre puisse mettre des bornes à la puissance de son céleste ami? Est-ce l'abattement et la défiance qui lui arrachent ces mots d’une si profonde mélancolie : Mon frère ne serait pas mort? Ou bien , pleine de confiance et d'abandon, estce assez pour elle d’avoir montré, d’un seul mot, au Sauveur, toute sa peine, de lui avoir ouvert son ame, d’être prosternée à ses pieds, de se sentir près de lui dans sa douleur, comme elle était jadis assise à ses pieds, écoutant sa parole? Sent-elle dans son épreuve la réalité de ses promesses, de sa parole qu’elle a si souvent entendue ? Sa foi estelle une lumière dans les ténèbres! Ses espéran-

: 1368 ces sont-elles un baume salutaire à la plaie de son cœur: Nous aimons à le penser; nous aimons à voir dans son silence la confiance et la paix de son ame qui attend tout de Jésus, qui s’abandonne à ses tendres compassions. Nous aimons à y voir cette attente qui ne fut point trompée, puisque Marie éprouva la fidélité et l'amour du Sauveur, au-delà de tout ce qu’elle pouvait espérer.

O mes frères bien-aimés ! disciples de Jésus ! qu'il est doux pour nous de savoir que, dans toutes nos épreuves, alors même que dans l’accablement de notre ame, nous n’aurions que la force de nous jeter comme Marie aux pieds de ce souverain sacrificateur, € qui sait compatir à nos infirmités , » ce serait assez pour émouvoir en notre faveur son cœur généreux, assez pour qu’il nous reçüt en grace, assez pour attirer sur nous un regard de sa tendre compassion et de son infinie bonté. Non, jamais le cri de l’ame affligée ne trouva insensible le cœur de Jésus ; jamais un seul soupir d’un cœur brisé et contrit ne monta inutile vers le trône de la grace. « Cet affligé a crié; et l'Eternel l’a exaucé, et l’a délivré de toutes ses détresses ; savourez, et voyez que l’Eternel.est bon! oh ! que bienheureux est l’homme qui se confie en lui ! »

Ce silence de Marie aux pieds de Jésus est en

parfaite harmonie avec tout son caractère. Plus sensible que Marthe, sa douleur est aussi plus profonde. Toutes ses vives et profondes impressions se concentrent dans son ame. Elle ne peut se répandre en paroles, pas même adresser au Sauveur une prière ou lui exprimer sa confiance. Elle est silencieuse, prosternée à ses pieds; elle n’entonne point avec un-disciple animé d’une foi toute-puissante ce chant de triomphe : «Nous nous glorifions même dans les afflictions ! sachant que l’affliction produit la patience, et la patience lépreuve, et l’épreuve l'espérance. Or, l’espérance ne confond point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous est donné. » Nous voyons tous les jours que les ames profondément sensibles, les ames qui, comme Marie, placent toute leur théologie, toute leur religion dans le sentiment, ont, à côté de vives jouissances , dans les charmes qu'offre l'Évangile, des combats bien plus terribles que les ames qui vivent de foi. Le senüer qu’elles parcourent est bien plus difficile, plus dangereux, parce que tout fait sur elles les plus profondes impressions ; cha que choc, dans la vie, ébranle jusqu’au fond toute puissance de sentiment, et s'attaque au siége méme de leur foi, de leur religion, de la vie de leur ame. Oh! qu’il était donc nécessaire que la Parole de Dieu élevat l'édifice de notre éternel salut sur le rocher inébranlable de la fidélité de Dieu , contre lequel les flots etles tempêtes peuvent bien exercer

leur fureur , mais au pied duquel ils viennent se briser et expirer impuissans. Si, par la foi, nous sommes affermis sur ce rocher des siècles ,que de sombres nuages nous entourent , que l'obscurité s’épaississe, nous voile les cieux, ne laisse plus parvenir jusqu’à nous aucun des rayons du soleil, nous y attendrons néanmoins l'Éternel; et notre attente ne sera point déçue. Que les variations continuelles du sentiment religieux ne soient donc jamais la seule mesure de notre assurance du salut. Autrement nous verrions sans cesse notre paix, nos espérances, notre éternité à la merci de toutes les misères qui, dans cette vie, peuvent nous ôter la jouissance sensible de la présence de Dieu, de son pardon, de sa grace, de son adoption. Il n’est pas & rit: « Le juste vivra de son sentiment, » mais : « Le juste vivra de sa foi. » Mais quand nous parlons de foi, à Dieu ne plaise que nous entendions par-là une stérile adhésion aux vérités de l'Évangile, sans influence sur le cœur, ou une présomptueuse assurance fon dée sur des notions de l'esprit. La foi qui n’est pas « opérante par l’amour » n’est pas la foi, et « celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu ; car Dieu est amour, » Tels sont les deux écueils entre lesquels nous marchons sans cesse, et sur lesquels tant d’ames viennent faire naufrage. Heureuse l’ame qui, pour les éviter l’un et l’autre, se üent , comme Marie, aux pieds de Jésus, pour l’écouter au jour du bonheur, et que lépreuve

CFD retrouve encore, comme elle, aux pieds de Jésus, pour en être secourue |

Mais, hàtons-nous de tourner nos regards vers Jésus. Nous aimons à le contempler au milieu de cette scène de douleur. Ah! il n’y reste pas insensible. Il voit à ses pieds Marie , accablée de son affliction, ne trouvant plus en elle d’autre force que celle de verser des larmes. Il voit les Juifs dont les uns, nous aimons à le croire, s’affligent sincèrement avec elle, tandis que le plus grand nombre imite sa douleur, et se lamente selon l'usage de leur pays en pareille occasion. A cette vue, Jésus, qui n’était étranger à aucune des émotions qui remuent jusque dans ses dernières profondeurs un cœur d'homme, frémit en son esprit, et s’émut, ou, comme on peut encore traduire, fut trouble en lui-même. Qu'est-ce qui se passe dans sa grande ame? quel mortel pourra sonder son émotion, son trouble, et nous apprendre ce qu’il éprouve? (1) Si nous prenions le mot original dans sa signification rigoureuse, nous verrions en Jésus, avec l'émotion que lui cause la scène qu’il a sous les yeux, un mouvement de cette sainte impatience que fit souvent naïtre en lui la vue de la faiblesse , des misères, de l’incrédulité de ceux mêmes de qui il avait droit d'attendre le plus de confiance : « O génération incrédule ! jusques à

(1) Voir sur ce verset difficile les notes exégétiques.

\» quand serai-je avec vous? jusques à quand » vous supporterai-je ” Quoi! ces Juifs auxquels

»- jai fait voir mes œuvres, fait entendre mes in-

» structions depuis le commencement de mon

» ministère, ne savent encore offrir à des ames ». affligées que des consolations de néant ! Quoi! » Marie même, celle qui a été favorisée de tant » de graces, ne sait que me dire ces mots de dé- » couragement, j'allais presque dire, de reproche: » St tu eusses ele ici, mon frere ne serait pas'mort ! » Gens de peu ce foi! quelle faiblesse est la leur! » Combien facilement la défiance se glisse dans » leur cœur! Quelques jours d’épreuve, quel- » ques jours d'attente, et ils n’ont plus de foi! » Que les plus éclairés sont ignorans ! que les » plus forts sont faibles ! que les plus aimans sont » ingrats! » ;

Ou bien, devons-nous voir, dans le trouble et l'émotion de Jésus, un mouvement de douleur à la vue de ces misères humaines dont il a sous les yeux un si triste tableau? Se sent-il ému d’indignation ; a-t-il « revêtu la vengeance, » contre « celui qui a l'empire de la mort, » contre celui par qui « le péché est entré dans le monde et, par le péché, la mort, » et auquel il allait livrer un combat qui montrerait à toutes les générations futures que les puissances de l’enfer sont assujéues au Fils éternel de Dieu, et que Satan s’en va être brisé sous les pieds de ses enfans? Ou

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