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enfin n'y a-t-il en Jésus qu’une profonde compassion pour les sœurs affligées’ C’est ce que les mots de l'original permettent à peine de croire. Mais , quoi qu’il en soit, nous allons voir le Sauveur pénétré jusqu'aux larmes de cette tendre compassion , et quelle qu’ait été d’abord la vraie cause de son trouble, il se détourne de cette scène qu’il a sous les yeux; il veut aller accomplir son œuvre ; il demande où est la dépouille mortelle de Lazare ; il se tourne vers le sépulcre, où il va montrer au monde que rien ne lui est impossible.
Et il dit: Ou lavez-vous mis? Ils lui répondirent : Seigneur, viens et vois. Jésus s'était arrêté pour adresser à Marthe des consolations , pour lui faire des promesses, pour argumenter avec elle. Mais ici Celui qui sonde les cœurs , qui connait si bien la consolation qui est propre à chaque ame, touché de compassion pour la douleur trop profonde de Marie , s’afflige avec elle, pleure avec elle, demande le tombeau de son frère, pour lui montrer son amour et sa fidélité par sa puissance (1). Les gens du monde même ont senti sous un certain rapport ceque doit être un vrai consolateur. Ils ont dit : « On console un indifférent et l’on s’afflige avec son ami. » Oh ! nous devons le sentir ; plus nous serons animés de cette vraie charité, de
(1) Cekui-là seul sait consoler qui aime l’affligé, qui souffre avec lui, qui partage sa peine.
cet ardent amour qui faisait battre le cœur généreux de Jésus, plus nous serons capables de consoler nos frères dans l’affliction ; plus nous serons disposés à les consoler par des faits, par notre dévouement, par des sacrifices, s’il y a lieu. Où l'avez-vous mis ? demande Jésus. Et tandis qu’on le conduit à ce séjour de la mort, sa pensée s’arrête sur ce Lazare, objet de tant d’affection, mais aussi de tant de douleur, de tant de larmes. Son cœur, ému par tout ce qui l’entoure, ne peut renfermer en luiitous les sentimens qui s’y pressent; et Celui qui était Dieu, et que pourtant on a pu nommer avec vérité le plus humain des hommes, ne retient plus ses larmes : Jesus pleura.
Jesus pleura! parole divine ! parole qui va chercher, jusqu’au fond du cœur le plus insensible, une dernière corde qu’elle puisse faire vibrer ! Parole sur laquelle on peut méditer, mais non pas discourir, parce qu’en l’entendant, les pensées et les sentimens se pressent en foule, et remplissent l'ame tout entière! La plume d’un saint Jean même s’est refusée à toute réflexion. Cette parole s’est échappée de son cœur aimant , et il a pensé sans doute : « Voilà pour la méditation des siecles! » Quelques Juifs qui étaient présens s’écrient: Voyez comme il Paimait ! Mais qu'ils sont loin, que nous sommes loin, nous-mêmes, de comprendre les larmes de Jésus!
Sans doute nous pouvons dire, comme eux :
Voyez comme il l’aimait ! car déjà saint Jean nous a dit: « Jésus aimait Marthe et Marie, et Lazare, » et Celui qu'aucune de nos misères ne trouva jamais insensible; Celui qui était touché de compassion en voyant la foule qui se pressait autour de lui, « parce qu’elle était comme des brebis qui n’ont point de pasteur, » Celui qui répandait des larmes de pitié sur la ville coupable et endurcie qui allait le mettre à mort; Celui qui, d’une voix mourante, priait, avec la plus tendre charité , pour ses bourreaux, doit être profondément touché sans doute des malheurs de ceux qu’il aimait d’une affection toute particulière. II nous est donc permis aussi de pleurer sur nos épreuves et sur celles de nos proches. Pourvu que toutes les dispensations de notre Dieu trouvent notre cœur, aussi bien que notre volonté, soumis à son absolue souveraineté sur nous, cette expression de nos douleurs n’a rien d’opposé au caractère chrétien. L’Évangile n’a rien de commun avec le stoïcisme. Abraham pleura sur la tombe de Sara; Jacob, sur la tombe de Rachel; David sur celle d’Absalon ; Jésus sur celle de Lazare.Tant que, dans l’épreuve, notre foi n’est point affaiblie, notre soumission pas moins entière, nos espérances non moins vivantes, notre amour non moins vrai, permettons à notre cœur de s’affliger, à nos larmes de couler. L’homme du monde pourra nous accuser de faiblesse ; quelques chré-
tiens même pourront suspecter la réalité de notre foi, la sincérité de notre soumission; mais Jésus, qui sonde les cœurs , ne nous condamnera point. Il se souviendra de ses larmes; il aura pitié des nôtres. Jésus pleura !
Jésus a sous les yeux un exemple frappant de l'instabilité de toutes les joies humaines, Quelques jours auparavant, la famille de Béthanie, cette maison de deuil, était une maison de paix et de bonheur. Lazare était la joie et l’espérance de ses deux sœurs ; Marie, assise aux pieds de Jésus, écoutait avec délices les paroles de: vie éternelle qui découlaient de sa bouche; Marthe témoignait au Sauveur son amour et sa vénération, par son empressement à le servir ; tout était paix, repos, jouissance, dans cette demeure où Jésus et ses disciples venaient trouver un doux refuge. Et maintenant , quelques jours ont passé , et Lazare est au tombeau, en proie à la dissolution ; Marie, baignée de larmes, couverte d’habits de deuil, est prosternée aux pieds; les Juifs qui les entourent font retentir de leurs lamentations ce séjour de la paix. Jesus pleura! 3
Oh! qu’il nous est difficile de graver dans nos cœurs cette triste vérité, que tout ce que nous possédons sur la terre nous est prêté pour un temps, et pour un temps bien court; que demain l’objet de nos plus chères affections peut n’être
plus qu’un corps sans vie; que tout ce dont notre ame se faisait un appui, une source de joie, de bonheur, peut être confondu avec la poussière des tombeaux! Disciples de Jésus, quand cesserezvous de vous faire des idoles de ces objèts mêmes que Dieu vous confiait pour que vous les rapportassiez à sa gloire? quand saurez-vous enfin que ceci n’est ni le lieu, ni le temps du repos ? quand . saurez-vous penser, aimer, agir comme des étrangers et des voyageurs pour qui une seule chose est nécessaire : atteindre leur patrie céleste? Et vous, hommes du monde, quand cesserez-vous de creuser au désert « des citernes crevassées qui ne contiennent point d’eau ? » quand cesserezvous de « semer le vent, pour recueillir le tourbillon? » quand cesserez-vous de chercher votre bonheur, votre païx, votre vie , dans ce qui, demain , aura disparu , comme la balle que le vent emporte ? Ah! si Jésus versait des larmes de compassion sur Jérusalem coupable, des larmes d’attendrissement sur le tombeau d’un ami, quelles larmes amères n’eüt-il pas répandues sur votre déplorable folie! Que ses larmes soient pour vous une prédication puissante! Jésus pleura !
Mais la grande ame de Jésus ne borne pas toutes ses tristes pensées à cette scène d’instabilité et de douleur. Si la vue d’une tombe ouverte et prête à recevoir sa proie fait battre le cœur de tout homme qui pense , que devait être cette vue pour
Celui qui avait créé « l’homme à son image, et qui lui avait assigné, pour demeure, non ce sombre sépulcre, mais les délices d'Éden! Quelle comparaison doit faire l'ame de Jésus entre cette scène de mort et celle où pour la première fois il vit l’homme, sorti de sa main, pur, parfait, heureux, jouir avec délices de l'existence de félicité et d’amour que venait de lui donner son Créateur!
. Pouvait-il reconnaitre encore son ouvrage ? Ne devait-il pas voir avec amertume les ravages de ce péché qui avait souillé, flétri sa créature, et creusé son tombeau? Si chaque cercueil qui traverse nos rues dit au chrétien ému : L’homme est coupable , que devaient dire à Jésus, au Saint, au Juste, le tombeau de Lazare et la pensée de ces millions de ses créatures, qui, de génération en génération, expirent au milieu des douleurs de l’'agonie, malgré les larmes de ceux qui les aimaient, et s’engouffrent dans l’abime qu’a creusé le péché, en criant à ceux qui ont des oreilles pour entendre : L’homme est tombé! Si nul ne peut voir sans émotion les ruines d'un majestueux édifice qu’un ouragan vient de renverser, que doit éprouver l'artiste dont le génie sublime en avait inventé le dessin et suivi avec sollicitude la construction ? Si nous, êtres mortels, êtres d’un jour, nous qui naissons dans la douleur, nous qui croissons au milieu « des ronces et des épines » qui recouvrent une terre maudite, à cause du péché , frémissons à la vue d’une scène de mort et
de destruction qui atteste notre chute et notre dégradation, que devait éprouver à cette vue Celui qui descendait du Père , du séjour de la paix, de la sainteté, du bonheur! Jésus pleura !
Mais, Ô mes frères bien-aimés ! 6 mes compagnons d’exil et de misère ! que les larmes de Jésus, au lieu de nous attrister , soient pour nous la source des plus précieuses consolations! Ah! sil a pu pleurer sur nos misères, c’est qu'il était venu sur la terre pour nous en délivrer; si nos maux attendrissent son cœur compatissant, 1l était venu yapporter un remède ; s’il pleure sur une tombe et sur l'instabilité de tout ce qui est humain, il va détruire celui qui a empire de la mort; s’il pleure sur les ravages du péché, il va mourir pour effacer le péché et la souillure. O douleur généreuse ! larmes compatissantes de mon Sauveur! coulez, coulez sur nos misères! vous en adoucissez l’amertume; vous êtes pour nos plaies un baume salutaire. Nous le savons maintenant, nous l’avons vu, « NOUS n'avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos infirmités. » Prenons donc courage, êtres faibles , êtres pécheurs ! Allons à ce Sauveur charitable ; ne craignons pas d’être rejetés de lui : ses larmes nous prêchent assez son amour. Et si les Juifs disaient : « ’oyez comme il l'aimait! » disons aussi : « Voyez comme il nous aime ! » Il est toujours le mème. S'il n’est plus sur la terre, pour y répandre des larmes , il
est auprès de Dieu , son Père, plaidant notre
cause , intercédant pour nous , demandant le pardon de nos infidélités et de nos misères. Il connait tous nos maux, toutes nos tentations, toutes nos faiblesses ; Béthanie n’est point sortie de sa mémoire, ni les malheureux de son cœur. « Allons avec assurance au trône de la grace, pour obtenir miséricorde et pour trouver grace au temps du besoïn. » Aimons ce Sauveur qui nous a tant aimés ; consacrons-Îui nos cœurs , qui lui appartiennent à tant de titres ! O Jésus ! à mon Sauveur ! tu le vois, je veux t'aimer ; oui, je voudrais pouvoir dire, avec un de tes serviteurs : « Je n’ai qu'une passion : c’est toi, toi seul! »
MÉDATATION Xe