V. 25,26. Jésus, pour relever la foi de Marthe, pour
lui faire sentir que la confiance en Celui qui donne, doit toujours dominer la douleur que nous cause la perte de ses dons , veut apprendre à cette sœur affligée qu'il est luimême la source de la vie et de tout ce dont nous pouvons jouir sur la terre. Eye eu, dit-il, « c’est mot , moi-même qui suis la résarrection et la vie après laquelle tu soupires!, et que tu n’oses entrevoir dans un lointain avenir. En ma présence la mort n’a plus d’empire; celui qui croit, wivra, bien qu’il soit mort; et celui qui vitet croit en moi ne mourra jamais. » Ek roy œuva doit se rapporter au premier membre de la phrase, et il ne faut pas traduire : ne mourra pas pour toujours , mais : «ne mourra jamais. » I] y a là deux promesses pour chacune desquelles il requiert de crotre, et il termine encore par cette question, qu’il adresse à Marthe : Crois-tu cela ? Apprenons de là le prix de la foi.
VF. 27. Marthe parait avoir honte de son manque de foi; en présence d’un tel Maitre, comment douter? Marthe croit ; elle en fait une entière confession; retioreixa , Je passé qui s’étend sur le présent; ou bien on pourrait traduire comme Bengel : Ego hanc fidem suscept.
V. 28. Marthe, pleine d’espérance, « attendant quelque chose de bon » ( 7: dyahoy ), comme s’exprime Euthumius , « des paroles de Jésus » s’en va en hâte appeler sa sœur, xaboa , en secret. Peut-être que Jésus le lui avait commandé, pour ne pas attirer l'attention de ceux des Juifs qui étaient ses ennemis; ou, ce qui est plus probable, Marthe ne voulait exprimer qu’a Marie seule ses secrètes espérances, "
V. 29, 30. Marie se hâte de venir à Jésus, hors du hainmeau où il était resté, soit pour ne pas attirer les regards de la multitude, soit pour se faire conduire au sépulcre,
qui, selon l’usage, devait être hors du village. Les Orientaux. avaient coutume d'aller souvent au tombeau de leurs proches, pour y pleurer, surtout pendant les trois premiers jours du deuil. Cet usage s’observe encore dans l'Orient (Nie-: buhr', Reise nach Arabien, Th. I. S. 186.) Cela nous explique les paroles des Juifs, v. 3x.
V. 32. Calvin observe, avec cette sagacité qui le met au: premier rang des commentateurs , que si Jésus avait été considéré , à Béthanie , comme un simple homme, nous ne verrions pas la sœur de Lazare ne l’aborder qu’en se prosternant à ses pieds. On rendait cet honneur aux rois, dit-il; mais qu'y avait-il de royal, selon la chair, en Jésus ? C’est pour une autre raison ( a/tam in finem) que Marie se prosterne à ses pieds, comme le faisaient tous ceux qui venaient implorer son secours. Nous ne lisons pas que jamais il les en ait repris, et pourtant c’est lui qui a dit : «Lu adoreras ( meosxuvissw, tu te prosterneras ) le Seigneur ton Dieu et tu leserviras lui seul.» Marie adresse au Sauveur les mêmes paroles que sa sœur, ce qui a fait supposer qu’avant son arrivée elles avaient répété entre elles : « Sile Seigneur eût été ici, notre frère ne serait pas mort. » C’est là tout ce que Marie peut exprimer ; ses larmes l’empêchent de proférer aucune autre parole, ou bien il n’y pas assez de foi en elle pour exprimer, comme Marthe, une espérance hardie. qui montrait sa confiance et sa foi.
PV. 33-35. Il nous est bien difficile de nous représenter ce qui se passe dans l’ame de Jésus à la vue. de cette scène de douleur. Il est ému de Paffliction de Marie , nous ne pouvons en douter ; il exprime son émotion par ses larmes : Celui qui avait revêtu notre nature, dit Calvin, spontè etiam humanos affectus simul induere voluit, ut nihil à
__ fratribus, excepto tantum peccato, differret;( a voulu aussi revêtir tous Îles affectus de notre nature, pour être en
toutes choses semblable à ses frères, excepté le péché, opte duaprias ),
Il n’y aurait donc en Jésus qu’une profonde compassion, une tendre sympathie pour l’affliction de Marie, qu'il voit pleurer à ses pieds, et cette émotion si purement humaine que produit en nous la vue de la mort. Ainsi pensent Calvin, Grotius, Lücke, Tholuck et Scott, qui y ajoute l’incrédulité des Juifs qui entourent Jésus. Certainement le contexte, surto:* la parole des Juifs : Voyez comme il l’aimait ! et enfin les larmes auxquelles Jésus donne un libre cours, parlent pour cette interprétation, que nous n’adoptons pourtant qu'avec défiance ; car la signification du verbe évefptunsaro, que nos traductions, d’après la Vulgate, rendent par : #7 frémit, a conduit une foule de commentateurs à adopter des, explications différentes. Ce verbe, en effet, ne peint jamais, dans tout le Nonveau-Testament , ni dans les LXX, l’émotion du cœur , l’attendrissement qui fait couler des larmes, mais toujours un mouvement de sévérité, de colère, comme le latin fremere. V. Matth. IX, 30. Marc I, 43, où nos traductions portent : menacer, défendre avec menaces, et surtout Marc XIV, 5, ils frémissaient, ou, 1ls étaient irrités contre elle. De là vient que quelques exégètes anciens, et, parmi les modernes, Michaëlis, Storr, Kuinoël, van Meyer,croient que Christ, voyant déjà les dispositions ennemies des Juifs, en éprouva ce sentiment d’indignation, ou qu’il frémit en voyant la faiblesse et le peu de foi de Marie (1). Chrysostôme, Euthumius, qui avaient affaire ici à leur propre langue , prennent ce verbe dans le même sens, seulement avec cette modification, qu’ils pensent que Jésus éprouvait ce mouvement contre lui-même, (en lui-méme, ou par l'Esprit qui était en lui, To mveupart ) , parce qu'il s’attendrit, et qu’il fit effort pour retenir ses larmes. À peu près ainsi Bengel : « Jta Jesus, austeriore affectu la-
(x) Luther traduit: Er ergrimmete un Geiste,
crymas hic Cohibuit. » Cette interprétation est rendue improbable par le v. 35 : Jesus pleura. Lange, imitant une traduction arabe, prend rvevux ici dans le sens de respiration, et traduit : 2l soupira, il gémit. On voit par ces opinions diverses que la difficulté est assez grande, En adoptant la première interprétation que nous avons indiquée, on recourt, pour aplanir la difficulté du verbe eufrouäoôar qui ne se prête pas bien à ce sens, à l'analogie de l’hébreu : 725 qui n’a pas seulement le sens de sévérité ou de colère, mais indique aussi un mouvement de peine, de chagrin, de tristesse. Ainsi Gen. XL ,6 : D'2Y5 est rendu par les LXX par troubles ; par la Vulgate : tristes ; par nos traductions : fort tristes ; de même Dan. I, 10. On voit que l’analogie n’est pas très-concluante, et qu’il faut toute la force du contexte pour faire adopter un sens antiphilologique. De plus, érupabey Eavrov, il se troubla, s’émut , n’explique pas le mot précédent. Cette dernière expression, cependant, considérée en elle seule, pourrait s'entendre d’une émotion d’attendrissement, de compassion; ed'axpuoes à Inçove, Jésus pleura. Quelques-uns ont pensé que Jésus pleurait non sur la mort de Lazare, mais, au contraire, parce qu’il allait le rappeler dans ce monde de misère. Cette idée, quelque peu vraisemblable qu’elle soit, peut facilement trouver place dans un cœur d’homme, sans que pour cela il soit trop misanthrope.
PF. 36, 37. Les larmes de Jésus excitent parmi les Juifs deux sentimens divers : les uns, touchés de ces larmes qu'ils lui voient répandre, disent : F7 oyez comme tl l’atmait! d’autres , concluant de ses larmes qu’il ne lui restait plus qu’à regretter Lazare, ne pouvant le rendre à la vie, disent : Celui qui a ouvert les yeux de l'aveugle... (V. Jean IX). Ils concluent à majori ad minus; car, rendre la vie à un aveugle-né est plus que d'empêcher un malade de mourir. Mais ils ne peuvent s'élever jusqu’à conclure 4 minori a
majus, et dire : « Celui qui a ouvert les yeux d’un aveuglené pourra ressusciter cet homme. » 1Sed infidelitas omnia: in contrarium rapit, dit Bengel ; « l’incrédulité prend tout à contre-sens. » Plusiéurs commentateurs ne voient dans la parole de ces Juifs que leur intérêt pour la famille de Lazare, et leur étonnement que Jésus ne lait pas secourue. Mais qui ne voit l’incrédulité dans ces mots : Ne pouvait-il pas ? ets’il pouvait, pourquoi n’a-t-il pas voulu?! C’est la même incrédulité qui se trouve dans la parole des sœurs de Lazare : 87 tu eusses été ici... et elles ont l'air dé conclure que, de loin, il ne pouvait pas empêcher la mort, et que, maintenant, il ne peut plus secourir. La foi que Jésus demande et qu’il loue, est celle du centenier : « Dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri; » celle de la femme malade : « Sz seulement jetouche le bord de,son vêtement, je serai guérie. »
7. 38. De nouveau le mot difficile epBppomeves; c’est peut. être le sens qu’on est porté à y donner ici qui a influé sur l’exégèse du verset 33. Lücke, et après lui Tholuck, supposent que Jésus frémit ici parce qu’il n’avait pas pu. secourir plus tôt. Quelle misérable idée de la puissance de Celui qui s’avance vers un tombeau comme Prince de la vie ! Tholuck l’a reçue sans la considérer ; elle ne lui serait pas venue à lui-même. Bengel croit qu’il frémit de l’incrédulité des Juifs ; c’est l'interprétation ordinaire. Ne-pourrait-on pas y joindre celle de Calvin, ou même la préférer : « Quia non accedit Christus ad sepulcrum tanquam otiosus spectator, sed athleta qui se adcertamen instruit, non mirum est si iterum fremat : violenta enim mortis tyrannis, quæ illi vincenda erat, ante oculos versatur. ( Voir la. méditation sur ce sujet.) — C’était une grotte crue. taillée dans le roc, comme en avaient tous les Orientaux à leur aise. 1 y avait une porte d’entrée, refermée par unepierre
(c'est ce qu'il faut entendre par £7’ «rw, et l’on y descendait par un étroit escalier.
F. 39: Jésus commande qu’on ôte la pierre, ce qui ne se faisait jamais chez les Juifs, lors même qu’on visitait souvent le sépulcre. Marthe frémit à cette vue. Son espérance cède à l'horreur que lui inspire ce sépulcre , déjà rempli de corruption. Tout cela est compris dans ce mot , si naturel, de saint Jean : Marthe, la sœur du mort, la sœur de ces restes cinéraires qui tombent en dissolution. cle; 1 a déja de l'odeur. Certamen rationis affectusve naturalis et fider. Bengel. (« Le combat de la raison, ou d’un sentiment naturel, et de la foi. ») « Certes , dit Calvin, il ne tint pas à Marthe que son frère ne restât dans le sépulcre ; car, rejetant toute espérance de le voir revivre , elle s’efforce d’empêcher Christ de le ressusciter. » Mais comment Marthe savait-elle que le corps deson frère était déjà en putréfaction? On a fait à cela trois réponses, qui toutes sunt possibles : ou elle le supposait (car elle ajoute : rerpatos jap éort; il est dépuis quatre jours }; ou elle s’en était aperçue en visitant le sépulcre (ce qui n’était pas impossible , puisqu’une pierre seulement en fermait l'entrée) ; ou , enfin , elle s’en aperçut au moment même où lon ôtait la pierre.
F. 4o. Il y a quelque chose d’un peu sévère dans cette réponse de Jésus : Ne £’ai-je pas dit? On peut supposer avec Lücke qu’il fait allusion à v. 25 et 26, ou avec Calvin, qu’il avait dit à Marthe plus que saint Jean ne rapporte. 87 tu crois. Calvin , qu’on ne se lasse pas de citer, fait sentir par ces belles paroles la folie de l’incrédulité: « /ncredulitas obstruit accessum Deo, et quasi clausas ejus tenet manus.» (L’incrédulité nous ferme tout accès au trône de Dieu et Jui tient , en quelque sorte, les mains fermées)
PV. 41,42. Aw, en haut. Amovit oculos ab objecto mors
talitatis in cœlum. Benpel.—Eïyæstoro, je te rends graces de ce que tu m'as exaucé, montre que Jésus avait prié en secret, et que déjà il voit sa prière exaucée, bien que Lazare soit encore au tombeau, Il veut montrer d’avance au peuple quel est l’auteur du miracle, en en rendant gloire à Dieu, ct en prouvant que, comme homme, il ne cherche pas sa propre gloire , et tout cela va miorsoauo, « afin qu'ils croient que tu n'as envoyé, » qu’ils voient en moi le Messie, le Sauveur. Tels sont les deux grands objets que Jésus a sans cesse en vue : la gloire de Dieu et le salut des ames. Il ne reste aucun prétexte aux ennemis de Christ pour attribuer ce miracle au démon, comme ils le firent quelquefoi s, jaloux de la gloire de leur Maitre.
V7, 43. Po veyän, à haute voix , afin que tous l’entendissent. « Il ne le touche point de sa main, il l’appelle de sa voix, afin que l’on vit plus distinctement sa puissance. » Calvin.—d'evço éfw, sors dehors ! Jene sais pourquoi cette parole fait supposer à Lücke, et même à Tholuck , que quand Jésus appelle Lazare , la vie était déjà rentrée dans son sein, en sorte que Jésus n’a plus qu’à lui ordonner de sortir. A quoi bon cette supposition? et sur quoi repose-t-elle ? Trouve-t-on peut-être que c’est peu rationnel d’adresser la parole à un mort? Mais cette même parole, « qui appelle les choses qui ne sont point, comme si elles étaient,» ne s'adressait-elle pas au néant lorsqu'elle dit : « Que la lumière soit ! et la lumière fut ? » Lücke croit avoir trouvé cette idée déjà dans Chrysostôme ; füt-elle du célèbre évêque de Byzance, elle n’en serait pas moins fausse ; mais je ne crois pas que jamais il lait exprimée; voici ses paroles : oùx elrev, dvacrnbt ; AAXa, d'eupo éw, wc Covre diakeyomevos rw rerekeurnxér, & Il ne dit pas : ressuscite ] mais : sois dehors ! parlant à un mort, comme s’il était vivant. » C’est exactement ce que dit Bengel, en d’autres termes : Tam facile Jesus Lazarun e sepulchro revocavit, quam si non modo vixisset
Lazarus, sèéd etiam vigilasset. L’incrédulité ou le rationalisme, ce qui est la même chose, s’est arrêté à la supposition que Lazare n’était mort qu’en apparence, sans s’inquiéter de la corruption qui déja s'était emparée de lui, ui de la pensée souverainement impie de faire jouer au Sauveur le rôle d’un charlatan qui en impose à la multitude. Nous disions , il y a un instant , après Bengel , que l'incrédulité prend tout à contre sens; on peut ajouter que l’incrédulité rend les hommes fous, et même immoraux.
W. 44. D'autres commentateurs, Basilius, Euthumius, Chrysostôme , et quelques modernes, Lightfoot, Lampe, ont cru voir un second miracle en ce que Lazare pût marcher, bien qu’il eût Les pieds liés de bandes. C’est avoir bien soif de miracles. Il faut se souvenir que chaque jambe, chaque bras, même chaque doigt de la main, était enveloppé séparément pour la sépulture , comme on le voit dans les momies égyptiennes. Xoud'aproy (suaire ) est latin, sudarium , et avait passé dans le grec et dans la langue rabbinique.
Saint Jean termine ici le récit le plus intéressant de son Evangile , laissant à notre imagination de nous représenter cette scène de résurrection et de revoir, et à notre cœur de sympathiser avec la famille de Béthanie, dans sa joie et son bonheur. On pourrait tirer de la résurrection de Lazare plusieurs leçons utiles , ou du moins de lumineuses inductions sur la manière dont le même Sauveur ressuscite les morts spirituels. Je ne l'ai fait ni dans les méditations, ni dans ces notes, parce que je préfère épuiser le sens littéral avant d'indiquer mêmele sensallégorique, qui ne doit être, pour un prédicateur, que secondaire, et qu’un exégète considère à peine comme étant de son ressort, à moins qu’il ne s'agisse d’expliquer des types bien constatés de V'Ancien-Testament, Une spiritualisation de notre récit his-
torique, pleine de justesse, de force, de talent; se trouve dans l’ouvrage de #Wichelhaus, cité dans la préface: :
V. 45, 46. Plusieurs des Juifs qui avaient vu le miracle crurent en Jésus. (Voir pour le sens de xiorevew, croire , la méditation sur ces versets ; et ce que j’en ai dit, v. 15.) Quelques commentateurs pensent que ceux des Juifs qui allèrent trouver les Pharisiens,pour leur raconter le miracle, étaient persuadés , et avaient l'intention de convaincre aussi les ennemis de Jésus. Saint Jean né paraît pas avoir d’eux une opinion si avantageuse.
1.417,48. L’Evangéliste nous conduit maintenant sur une scène bien différente ; nous le suivons dans le Sanhédrin, auprès des principaux sacrificateurs qui siégent pour juger le Saint et le Juste, dans le temple même de Jérusalem, où il y avait une salle pour ses séances. Ce conseil consistait en soixante-onze membres , et ne pouvait délibérer à moins qu'il n’y en eüût vingt-trois présens. Trois classes d’hommes le composaient : les sacrificateurs ou prêtres du temple , les anciens , et les scribes. Cette cour jugeait, chez les Juifs, en dernier ressort, en matières civiles aussi-bien qu’ecclésiastiques. Cependant elle ne pouvait infliger la peine de mort sans la sanction du gouverneur de la Judée. Rien n’est plus surprenant que l'accusation portée ici contre Jésus : Cet homme fait beaucoup de miracles. Oùroc 6 àvpwmos, cet homme est une expression de mépris. Toro le lieu (vw. 48) peut signifier le temple , ou la ville, ou tout le pays. L'opinion est divisée entre ces trois sens. J’ai préféré, le premier (qui peut très-bien aussi comprendre le second), surtout à cause du mot &povow , 1és extermineront, détruiront, qui ne s'applique pas très-bien à tout un pays. La principale objection contre la signification Le temple ou la ville, c’est qu’il devrait y avoir une particule démonstrative, ce
lieu , ou bien l'expression ordinaire é10 roro, Le saint lieu. Cetargument qui, sans doute, a quelque poids, ne me paraît pas ‘décisif.
F.. 49, 5o. Comme la discussion se prolongeait, et que, peut-être, quelque membre du conseil parlait pour Jésus, Caïphe se lève et abrège l'affaire ( voir pour la portée deses paroles et eelle de toute la délibération, Méd. xr°). Cet homme, étant sadducéen (Act. V, 17),ne pouvait nullement avoir à cœur même la religion de Moïse, qu’il ne croyait pas ; qu’on juge par-là de sa justice envers Jésus, et de sa compétence à le juger.—Il était sacrificateur de cette annéelà, ne doit pas faire penser que la charge de souverain sacrificateur füt annuelle. Elle devait être à vie et héréditaire dans la ligne mâle et directe de la famille d’Aaron. Mais comme cette place était d’une grande importance, les Romains l’avaient souvent donnée arbitrairement pour appuyer leur influence dans le pays, et dans ces temps de corruption , elle était vénale et se vendait au plus offrant (Joséphe, Ant. Jud. I. 1v. ch. ri. sect. 8, et XVIII, 11, 2). —”Eyraurod éxeweu , celte année-là est donc ici simplement , comme l’observe Bengel , et après lui Lücke et Tholuck, pour désigner l’année remarquable de la mort du Sauveur. — Yuerc oùx oid'are oùde, vous n'y entendez rien, vous ne savez rien. C’est une phrase méprisante (Prov. IX, 13.)
PV. 51,52. Ces paroles, qui ne présentent rien de trèsdifficile pour celui qui reçoit pleinement l’intervention immédiate de Dieu dans les affaires humaines, ont présenté aux commentateurs d'innombrables difficultés qu’ils se sont, en partie, créées eux-mêmes. Lücke n’y voit qu'une réflexion de saint Jean, à qui ne put échapper le rapport frappant qu'il yavait entre les paroles de Caïphe et le but réel de la mort de Jésus-Christ. « Dans quelle haute signification ces
paroles sont vraies! se serait-il dit à lui-même : Ilweut la mort de Jésus pour le salut de la nation juive; etyenteffet , il mourra, non-seulement pour la nation, mais, etc. En sorte que cet homme impie prophétise par la plus: frappante coïncidence de ses paroles avec la réalité. » De cette manière, il n’y aurait aucune intervention immédiate de Dieu dans les paroles de Caïphe , et saint Jean n’y ferait remarquer qu’une de ces coïncidences accidentelles qu’on observe souvent dans la vie, sans qu’il y ait une direction spéciale et extraordinaire de la Providence. Mais il se présente deux objections qui rendent une telle interprétation inadmissible. Et d’abord, que faire de cette parole que saint Jean répète ici : Etant sacrificateur de cette année-là ? On pourrait, sans doute, donner à ces mots le même sens qu’ils ont probablement, v. 49 : « C'était précisément dans cette année remarquable de la mort de Jésus qu'il était sacrificateur. » Mais n’est-1l pas évident qu’il y a dans la pensée de l'Evangéliste un rapport d’opvoosition entre ces mots : {ne dit pas cela de lui-méme , et ceux-ci: Mais, étant sacrificateur, il prophétisa que, etc.? Et s’il n’y en avait point, pourquoi l'Evangéliste aurait-il répété cette observation ; en apparence peu importante, que Caïphe était sacrificateur ? "Il faut donc admettre, sous ce premier rapport, que la pensée de saint Jean est que Dieu voulut que le souverain sacrificateur lui-même donnât malgré lui ce témoignage à une vérité qu’il méconnaissait dans sa rage, et que sa prophétie involontaire reçüt une importance particulière , en sortant de la bouche du premier personnage de la nation juive: Ici nous avons à combattre à la fois l’incrédulité et la superstition : l’incrédulité, dans ceux qui, comme Lücke, pensent que saint Jean, en faisant prophétiser Caïphe, céda à une croyance rabbinique de son temps, qui accordait au souve- -rain sacrificateur , comme tel, et indépendamment de son caractère personnel, le don de prophétie. Outre que l’on ne peut pas prouver que jamais une telle croyance ait
réellement existé, comme l’observe très-bien Tholuck, quelle basse idée des vues de l’Apôtre que Jésus aimait , et de l'esprit sous la direction duquel il écrivait! Il y a dans tout ce système d’accommodation, dont le rationalisme tirs umsi merveilleux parti pour se débarrasser des doctrines qui le gênent , quelque chose de ‘si bassement faux , prêté aux plus divins caractères , que dis-je? souvent à Jésus luimême, que je puis à peine me persuader que l’inventeur de ce système fût un honnête homme, À Dieu ne plaise que je comprenne le vénérable caractère de Lücke dans ce jugement sévère ; il ne voit pas ici une accommodation, il y voit une erreur. Nous avons à combattre aussi la superstition à propos de ce passage, disais-je, parce que les catholiques romains en ont appuyé l’infaillibilité de leurs papes les plus démoralisés. Ils ont dit : « Si Caïphe, le sanguinaire Caïphe, a dit la vérité, si même il a prophétisé par l'Esprit de Dieu, pourquoi Dieu n’accorderait-il pas l’infaillibilité de son Esprit à notre pontife, quel que soit son caractère personnel ? » Assurément, nous sommes loin de leur envier le rapprochement; mais si-une fois Caïphe a proféré la vérité et a contribué à accomplir le salut du monde , en commandant un
“meurtre ; si une fois Balaam a béni, lorsqu'il voulait mau-
dire, s’ensuit-il que chaque meurtrier soit un prophète, ou que chaque homme qui a le cœur plein de haine puisse pro noncer des bénédictions ?
L'autre objection qui rend lexplication que nous avons d’abord indiquée impossible à soutenir, c’est le positif de ces mots : {lne dit pas cela de lui-même, mais il prophétisa que Jésus devait mourir ( roro d'e 4 éaurou êvx éimev dAkX èmpognreboet 8rt…..…). [ci encore les sophismes exégétiques ne. manquent pas ; mais il serait trop long de les réfuter.. Ces mots sont clairs et prouvent par eux-mêmes. Nous concluons que
. Caïphe prononça réellement, sans s’en douter, une prophétie, parce que Dieu fit, par son Esprit, qu’il exprimât son blasphème meurtrier en des termes qui donnaient un sens
" ‘auquel à il ue *: Lu | Caïaphas. TImpium enr et crud | ee liwn , quod 1h animo cor 1 FE | verd linguamm jus alid fleæit, ut, sub ambig rie dans, 08e # “> ticinium simul proferret… Æ ‘âdem voce blasphemat et simul | ‘4 ' © prophetat Caïaphas. » Cabrine AT 7 D AR DRE