‹ La famille de BurgauChapitre 13 sur 13 · s LA FAMILLE · texte numérisé non relu

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fouillée, brisée, jusqu'à former une sorte de monstrueux labyrinthe. Le refuge paraissait absolument introuvable pour ceux qui n'en connaissaient pas l'existence et n'en avaient pas, de plus, méticuleusement étudié l'accès. La pierre se renflait en une sorte de dôme sur l'ermitage et des éboulements de roches faisaient un chaos d'aiguilles, de tours, de crêtes qui masquaient la place du côté du large. Le saint religieux qui s'était installé là, au temps des persécutions, avait pu défier les recherches ; le père Etienne y avait vécu quelques semaines ignoré, s'appiovisionnant de vivres aux marchés populeux d'une ville voisine; il avait dû remettre en état sa minuscule demeure^ car elle était pourvue de quelques objets de première nécessité. Peu de soins suffirent à Monique et à Jean pour la rendre habitable^ il était même possible d'y faire du feu sans que la fumée trahit le foyer.

Monique et Jean ne savaient pas si on les avait poursuivis; en tout cas, ils avaient devan"é et dérouté les poursuites. Ils avaient employé tout le jour à disposer, ranger, aérer leur refuge, et cette occupation leur avait causé un plaisir d'enfant. Ils n'étaient pas loin de tirer une certaine vanité de leur résidence provisoire. Ils avaient ajouté au menu de leur souper quelques-uns des coquillages qui abondaient dans ces parages. Un petit feu de tourbe mettait son faible éclair dans la douce obscurité de leur retraite. Mais avant de rentrer, de fermer pour la nuit, ils s'étaient assis dehors, sur une roche lisse qui leur faisait un large banc, et ils regardaient devant eux par une éclaircie que laissaient les cimes pressées des roches.

La soirée était pleine de paix, la mer était si muette qu'on distinguait le clapotis claii' d'une source et le vent faisait à peine frémir les buis-

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sons et les arbustes qui s'accrochaient ça et là à une motte de terre.

De leur place, Jean et Monique voyaient l'anse où dans trois jours, le capitaine de la Z)^//.s-?/ viendrait les prendre; le père Etienne était parti pour Broon qui était la derniôre escale de la Dais[/, afin d'avertir le capitaine. Mais l'ermitage de Saint-Just leur semblait si doux dans la disposition actuelle de leur esprit qu'ils regrettaient de n'avoir point à y rester davantage. Ils étaient ainsi mieux l'un à l'autre et plus près de Dieu qui les avait délivrés. Le recueillement austère de cet horizon s'harmonisait avec leur bonheur; ce cadre d'une nature grandiose et majestueuse leur convenait mieux pour ce jour de leur véritable union que ne l'eût fait Burgau-House lui-même ou n'importe quel palais, et les oiseaux de mer qui voltigeaient autour d'eux étaient les seuls compagnons dont la société ne pût leur être importune.

Ils n'avaient ni trouble ni peur, ils croyaient bien que l'épreuve était finie, le mauvais sort dompté; après tant do traverses, ils s'abandonnaient à un sentiment délicieux de sécurité, à une paix divine et tendre, et ils respiraient avec une religieuse ivresse l'air de la liberté.

La mer qui s'étendait à leurs pieds était la route par laquelle ils retourneraient à leur place légitime, mais ils ne voyaient point en cette minute le chcàteau splendide, la fortune qu'ils allaient re- 'conquérir, ils pensaient à la route de leur vie qu'ils allaient faire ensemble et qui les mènerait icrueillir des biens immortels dans une demeure impérissable.

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