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La ville de Bâle s'émut de la perte d’un homme qu’elle avait adopté comme un de ses enfants, et qui, honorant une double patrie, avait jeté tant d'éclat sur l’émigration italienne. Sulcer le loua dignement. Un des professeurs de l’Académie retraça dans un discours sa vie et sa mort, ! tandis que le poète Paul Cherler, dans une élégante épitaphe, célébrait ses vertus. Curione méritait à la fois ces hommages et ces regrets. S'il ne posséda pas, comme Ochino, le don de léloquence populaire dont les accents, rappelant ceux de Savonarole, ravirent tour à tour Florence, Venise, Naples, et ne s’éteignirent que dans l'exil, il fut préservé, du moins, des tristes erreurs qui obscurcirent la gloire du grand prédicateur toscan. S'il ne put disputer à Pierre Martyr, à Zanchi, la palme de la science théologique, il porta dans l'étude des lettres l'esprit du christianisme le plus pur, et fut par excellence un lettré chrétien. Ses écrits, d’une rare élégance, offrent un charme . particulier qui survit au temps, et ne s'attache pas toujours aux œuvres du talent et du génie.
1 De C. S. Curionis vità atque obitu a Nicolao Stupano, dans Schelhorn, t. XIV; discours plusieurs fois cité dans ce
récit.
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Mêlé aux controverses de son époque sans en épouser les haines, en butte aux outrages de la fortune sans rien perdre de la dignité de l’âme si difficile à conserver parmi tant d'épreuves, Curione nous intéresse par les vicissitudes de sa destinée; il nous attendrit par ses malheurs, un des plus touchants épisodes de ce siècle si fécond en contrastes, où les sentiments les plus délicats, les affections les plus tendres se déploient au milieu de la rudesse des mœurs et de l'énergie des caractères, où tant de suaves figures se détachent sur un ciel chargé de révolutions et de catastrophes. Nous avons pu faire revivre quelquesunes de ces figures dans un récit familier qui porte avec lui son enseignement. Raconter des épreuves imméritées et noblement soutenues, glorifier des vertus ignorées, révéler de saintes vies, n'est-ce pas là un des priviléges de l’histoire? A côté des événements généraux dans lesquels se résume en quelque sorte la destinée des individus et des nations, et que retrace l'historien dans lenchaînement d’un récit majestueux et sévère, il y a les événements intimes de l’âme humaine, ces luttes, ces joies et ces douleurs qui se déploient dans la famille, et dont la peinture fidèle
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serait peut-être la plus exacte révélation du passé. Interrogeons ces sources cachées, évoquons ces témoignages domestiques, et dans les intermèdes du drame imposant de l’histoire, écoutons aussi les voix qui semblent dire avec l'autorité du chœur antique:
«Que toutes les choses qui sont véritables, toutes celles qui sont honnètes, justes, pures, aimables, de bonne réputation, où il y a quelque vertu, et qui sont dignes de louanges, occupent vos pensées!»