‹ La famille de CurioneChapitre 17 sur 18 · A TRE · texte numérisé non relu

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d'Olympia Morata, et dictait ses instructions à son fils Léon, le seul de ses enfants qui lui eût été conservé. Léon avait reçu en partage les dons de l'esprit, qui semblaient le patrimoine de sa famille. Son caractère, à la fois énergique et aventureux, l'avait poussé dans la carrière des armes. Après de longs voyages entremêlés de séjours en Lithuanie, en Pologne, rappelé près de ses parents, il venait d'épouser une jeune fille portant un des plus beaux noms de l’émigration de Locarno à Zurich. Un fils né de ce mariage, et nommé Augustin en souvenir de son oncle, éclaira comme d’un dernier rayon l'existence attristée de Curione. Pendant l’année 1569 qui devait en marquer le terme, il fit faire son portrait et celui de sa femme, afin, disait-il, de léguer à ses descendants l’image de leurs précurseurs dans la vie chrétienne.? Les traits de Margarita ne nous ont pas été conservés. Le portrait de Curione, placé dans une des salles du Musée de Bâle, et reproduit dans une gravure du temps, le représente, aux jours de sa force et de sa

1 Germano-Græcia, p. 302.

2? Schelhorn, /oco citato.

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maturité, avec des yeux noirs et singulièrement expressifs, un visage pâle, une barbe épaisse retombant sur sa poitrine, un air de dignité qui s’alliait à une stature imposante, et le faisait paraître à la fois le confesseur et l’athlète de l'Évangile en Italie. !

Il sentait cependant ses forces décliner, et tarir rapidement en lui les sources de la vie. Le 19 novembre il monta dans sa chaire de l’Académie pour la dernière fois. Ayant rencontré un de ses collègues, le docteur Stupanus, il s’entretint quelques instants avec lui, en faisant de mélancoliques réflexions sur les misères de la vie humaine -dont il espérait être affranchi bientôt. Par un témoignage de respect, ses collègues voulurent le charger de revoir, en qualité de doyen, les règlements de l’Université. Il déclina cet honneur pour ne mêler aucune préoccupation terrestre à celles de sa fin prochaine. Ses pressentiments ne furent pas trompés: le mal qui devait le conduire au tombeau respecta jusqu’au bout les forces de son esprit en achevant de consumer

1 Telle était l'impression de Crusius, qui le visita souvent à Bâle, et qui, comparant Augustin à son père, nous dit: «Von erat procerus sicut patir qui heroico corpore conspicuus, etc.»

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celles de son corps. Il ne cessa pas de se montrer calme, serein. Les ministres de l'Eglise de Bâle lui ayant offert, selon son désir, le sacrement de la Cène sur son lit de souffrance, il prit congé d'eux et des siens dans ce banquet de la foi, en leur donnant rendez-vous dans une meilleure patrie. Il expira peu après, le 24 décembre 1560, dans les bras de Margarita, qui, sous le voile du veuvage succédant à ses deuils maternels, devait survivre dix-sept ans à tout ce qu’elle avait aimé! Le troisième jour, suivi d'un nombreux cortége d’écoliers, de savants, de citoyens de tout rang, il fut enseveli dans le cloître de la cathédrale, où l’on voit encore son tombeau orné de l'inscription qu’il avait lui-même composée, à côté de la tombe d’Augustin et de ses sœurs, non loin du monument élevé trente-deux ans

après à Léon Curione par sa veuve Flaminia de Murailt.!

1 On regrette de ne plus retrouver à l'angle du cloître consacré par de si pieux souvenirs la pierre funèbre des trois sœurs transportée, dit-on, dans l'église de Saint-Pierre, loin des sépultures domestiques dont elle ne devait pas être séparée. Depuis que ces lignes ont été écrites, le cloître a subi des restaurations qui n'ont pas peu altéré sa physionomie primitive du côté du Rhin.

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