‹ La famille de Jeanne d'ArcChapitre 101 sur 104 · A. CLAUDIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR H. HERLUISON, LIBRAIRE · texte numérisé non relu

A. CLAUDIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR H. HERLUISON, LIBRAIRE

u nombre dfes recherches intéressantes inspirées par la glorieuse Vierge qui sauva la France, il faut compter celles qui ont eu pour but d'arriver à connaître ses traits, sinon avec certitude, du moins avec quelque vraisemblance. Les historiens, en compulsant les documents contemporains, ont réussi dans une certaine mesure à établir un ensemble d'indications approximatives. Quant aux archéologues, ils ont poussé aussi loin qu*ils Font pu la recherche des monuments figurés, sans qu'aucune conclusion, quelque peu solide, soit venue jusqu'ici ressortir de leurs travaux.

M. Valletde Viri ville a particulièrement traité cette matière ; il y a mis tout son zèle et toute son érudition, mais le résultat de ses recherches a été complètement négatif; car il n'a pu accorder le caractère d'une reproduction sérieuse des traits

de la Pucelle à aucune des pièces quMl a mises au jour.

M. Wallon a, dans son bel ouvrage, complété, on peut le dire, la publication de tous les documents figurés existants, ou du moins connus; il n'a pas davantage présenté, en faveur d'aucun d'eux, d'affirmation favorable à l'authenticité de la ressemblance.

Le sujet reste donc ouvert aux chercheurs.

Nous venons à notre tour y introduire quelques nouveaux éléments de discussion, en parlant de deux antiques statues de l'héroïne. Uune est exposée au musée de Cluny et est restée jusqu'à ce jour inédite, bien qu'elle mérite très fort d'être remarquée. L'autre est conservée à Domremy, dans la chambre de la famille.

Celle-là est connue de tout temps et il en a été souvent parlé, mais nous croyons qu'elle n'a été étudiée que d'une manière très superficielle et tout à fait insuffisante. Nous avons pensé, après avoir fait un examen approfondi des monuments les plus anciens et les plus célèbres, consacrés à Jeanne d'Arc, qu'il pouvait être intéressant de discuter les origines, et, si nous osons ainsi parler, la filiation de cette statue. Il nous a semblé que les résultats de notre étude éclairaient assez la

question pour nous permettre de dire qu'une représentation de la véritable effigie contemporaine de rhéroïne existe encore, et que c'est à Domremy qu^elle se trouve.

Nous ne l'y rencontrons, il est vrai, que sous la forme d!une copie, deux fois reproduite, de l'ouvrage original; mais si, comme on peut le penser, les traits principaux du modèle ont été conservés, on sent combien cette statue doit prendre de prix et de puissant intérêt, pour tous ceux qui révèrent cette mémoire sacrée.

Nous parlerons successivement de l'une et de l'autre des deux œuvres d'art que nous venons d'indiquer*.

Le musée de Cluny s'est enrichi, depuis deux ans environ, d'une statue en bois, représentant Jeanne d'Arc, sur laquelle il est juste d'appeler l'attention du public. Sa provenance, absolument

I. La plupart des monuments dont nous avons à parler ont été représentés dans l'ouvrage de M. Wallon. Nous renvoyons les lecteurs à ce beau livre, estimant inutile de faire avec lui double emploi. Nous nous contentons de reproduire ici la statue inédite du musée de Cluny (rapprochée de celle de la collection Odiot), et celle de Domremy, gravées toutes deux par M. Pannemaker, avec un soin et dans des dimensions qui permettront de les apprécier d'une manière suffisamment exacte.

authentique, non moins que son antiquité, Pen rendent on ne peut plus digne. Cette œuvre est incontestablement de la fin du xv^ siècle. La Pucelle, armée de toutes pièces, est montée sur un cheval, dans Fattitude du repos. La visière de son casque, relevée, laisse voir une figure expressive, où le calme s^unit à Pénergie. Sa main droite, élevée à hauteur du visage, s^appuyait sans doute sur sa bannière ou brandissait une arme ; la main gauche, reposant sur Tarçon de la selle, retient les rênes. La longueur totale du groupe est de o",85 ; sa hauteur de i",o5 ; la figure de la Pucelle elle-même mesure 0^,70. L'armure de la guerrière est peinte en noir rehaussé d'or. Le cheval est blanc, son harnais noir et or. Ces couleurs ont été renouvelées à une époque assez moderne ; en tout cas, ce ne sont plus les teintes primitives de la statue. On remarque au harnais les traces d'une restauration assez grossière.

Le savant conservateur du musée, M. du Sommerard, a bien voulu nous donner, sur l'origine de cette statue, des détails qui lui ajoutent un grand intérêt.

Elle provient de l'église de Montargis, où elle était conservée de temps immémorial, et où die

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était portée, dans toutes les processions solennelles, sur un brancard dont on distingue encore les attaches. Elle avait donc un caractère véritablement religieux, et ce caractère lui a été conservé depuis l'époque où elle a été exécutée, jusqu'à la Révolution, et même au delà, car elle a encore été portée aux processions sous la Restauration, invariablement connue sous le nom de Jeanne d'Arc, Il faut, par cette déclaration, qui repose sur un fait hors de doute, répondre aux objections de ceux qui pourraient y voir un saint Georges ou quelque autre saint guerrier.

Un détail bien curieux, mais dont l'explication nous fait défaut, est à signaler. La jambe gauche de la statue est coupée obliquement audessous du genou, et se déploie au moyen d'une charnière, sous le ventre du cheval, pour donner ouverture à une cavité qui y est pratiquée. Cette cavité contenait vraisemblablement des reliques, à moins que ce ne fût un objet, provenant de la Pucelle elle-même, et à ce titre entouré de la vénération publique. Cet objet, quel qu'il fût, a disparu sans q^ie la tradition en ait conservé la mémoire.

Quoi qu'il en soit du mérite artistique de cette statue, son authenticité est hors de doute. Elle

constitue, avec la statuette de la collection Odiot S la plus ancienne reproduction modelée des traits de la Pucelle que Ton possède aujourd'hui. Ces deui œuvres d^art, qui ont entre elles un air de famille assez frappant sous le rapport de la pose et de Tornement^, datent en effet, indubitable-^ ment, du xv* siècle. Est-ce à elles qu'il faut demander la plus grande ressemblance avec le modèle? A aucun point de vue, nous n'avons de raisons pour le croire.

Mais où chercher cette ressemblance? Les images de Jeannç d*Arc, plus rapprochées encore du temps oii elle vivait, et pouvant rappeler ses traits avec plus de garanties d'exactitude, ont disparu aiaintenant. On ignore ce qu'est devenu le portrait fait et exposé à Arras par un Ecossais^

1 . Cette statuette, faisant autrefois partie de la collection Carrand, a été étudiée par M. Vallet de Viriville dans ses Recherches iconographiques sur Jeanne d'Arc {Reime arch,, 1S55); il en a m^me 4onné yne reproduction assez médiocre. Nous plaçons sous les yeux des lecteurs une nouvelle gravure de la même statuette empruntée à la Gai^ette de$ Beaux- Arts^ 1878.

2. L'opinion de M. Vallet de Viriville, sur la statuette Carrand, est qu'elle pourrait bien avoir été au nombre des images élevées dans les églises en Thonneur de Jeanne par ses contemporains. L'origine sûrement religieuse de la statue de l'hôtel Cluny serait de nature à confirmer cette opinion.

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dont il est question dans son procès ^ On sait que sa ressemblance figurait dans les églises : Elevant imagines et reprœsentationes ejus in basilicis sanctorum *. Malheureusement, aucun de ces témoignages de l'enthousiasme religieux du peuple n^est venu jusqu^à nous, à moins que nous n^en voyions un dans le tableau possédé par M. Auvray et reproduit si exactement dans l'ouvrage de M. Wallon. Une peinture montrée à Ratisbonne en 1429 montrait la Pucelle combattant en France^, Il n'y avait là sans doute qu'un portrait de fantaisie. On en a perdu la trace, de même que celle de Teffigie peinte de la Pucelle qui ornait le cierge porté par Jean du Lys, vers 1455, à la procession d'Orléans 3. Nous ne parlons pas des médailles de plomb frappées en l'honneur de Jeanne d'Arc et à son image, et qui se portaient attachées aux habits : ac etiam inplumbo et alio métallo reprœsentationes ipsius super se de/erunt*. Il est évident que ces mé-

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