M.DC.XII
In-4*, 2 planches de Léonard Gaultier (la Pucelle à cheval et son portrait d^Orléans), 6 pp., dédicace et pièces de vers à lui adressées; 2 pp. de privilège, en tout 254.
Page 37, ligne 2 : Domini Elice episcopi,,.
Elie de Bourdeille, né en 142^, cordelier, évéque de Périgueux, de 1447 à 1467, mort archevêque de Tours et cardinal. A la bibliothèque de l'Arsenal se trouve un manuscrit (fonds latin, Histoire n© 88) qui a appartenu aux Célestins de Paris, contenant la dissertation dont parle Hordal. Elle a pour titre :
Justificatio Puelle Francie que a rege celorum sempiterno, arbitratur Karolo régi Francorum directa ad ipsius consolationem et gubemationem ; sed olimper gentem Anglorum capta dignoscitur et morti tradita.
A la suite du procès de réhabilitation qui est à Rome, se trouve ajoutée une transcription du même ouvrage.
L'auteur dit avoir été engagé par lettres-patentes du roi à donner son opinion, qu'il formula sur le sommaire du procès et l'instrument de la sentence. (Cf. Quicherat, Procès, t. V, p. 464.)
Page 37, ligne 28 : Pierre Cochon, leur évêque,,.
C'est une croyance qui a été longtemps répandue, que celle d'une prétendue excommunication de Pierre Cau* chon par Calixte III. Il faut, au contraire, remarquer les
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. jS
ménagements gardés à son sujet dans la bulle de ce pape, où le prélat est qualifié de t Petrus, bonœ memorice, epiS" copus Belvacensis ». Ce qui est certain, c^est que Pierre Cauchon mourut de mort subite, le i8 octobre 1442, en paisible possession de son siège de Lisieux, et que, au moment où Calixte III prit en main là cause de la réha^ bilitation de la Pucelle, il n^était plus possible d^agir, en tout cas, que contre la mémoire de ce juge détesté. Rappelons-nous d'ailleurs quMl n'avait pas représenté PLglise dans le procès, mais uniquement les passions politiques de l'Angleterre.
La chapelle de la Vierge, située au chevet de la cathédrale de Lisieux, fut construite sous son épiscopat. La tradition rapporte qu'il l'éleva et fit de nombreuses fondations de services religieux, comme témoignage de son repentir pour le rôle odieux qu'il avait joué. Mais là, encore, il n'y a qu'une tradition.
Page 38, ligne 7 : le sieur des Rues...
François des Rues, né à Coutances, est l'auteur d'un ouvrage qui eut un très-grand succès 'et fut l'objet de diverses éditions sous différents titres.
En 1608, il parut sous celui de : Antiquités, fondations et singularités des plus célèbres villes et châteaux, et plans remarquables du royaume de France, Coutances, in-12.
Il fut réimprimé en divers lieux à peu d'intervalle :
I» Sous le même titre : Coutances, J. Le Castel, 1608. — Saumur, P. Colla, 1609;
2» Sous le titre de : Descriptions contenant toutes les singularités des plus célèbres villes, etc. Rouen, J. Petit, 161 1; — Ibid. Rouen, D. Gueffroy. S. D. — Ibid. Troyes, Noël Lecoq ou Noël Laudereau, in-8®, — 2" éd. S. D., — j« éd, 160 1 ;
5* Sous le titre,: Les délices de la France, Lyon, 16 10, in-12;
4* Sous le titre de : Antiquités des villes de France... Rouen, J. Cailloué, 1624, petit in-8'. — Autre édition à Troyes, in-4«, fig. sur bois, S. D.
D'après le titre que Hordal donne à cet ouvrage, on voit que c*est une de ses deux premières réimpressions qu^il possédait.
Page 39, ligne 7 : feu San Altesse...^ d'heureuse mémoire...
Charles III, duc de Lorraine, de 1545 à 1608, le plus parfait modèle des princes de son temps, sous le long règne duquel le duché goûta une paix et une prospérité cruellement compensées par les horreurs du régne de Charles IV, son petit>fils.
Page 39, ligne 8 : déclaration d'ancienne noblesse...
A la suite de Tenquête ordonnée en 1 596 pour établir les droits de Hordal à la noblesse et parenté de la Pucelle, le grand-<luc Charles III de Lorraine accorda, par lettres enregistrées le 16 février 1597, confirmation de la noblesse de cette famille et du droit de porter les armes du Lis. (Voir ces lettres aux Preuves du chap. III.)
Page 40, ligne 20 : les copies.., quem'ave^ envoyées...
Il est ici question du premier ouvrage publié par Charles du Lys sur la famille de Jeanne d^Ârc, sous le titre de :
De l'extraction et parenté de la Pucelle d'Orléans, avec la généalogie de ceux qui se trouvent descendus de ses frères. Paris, 161 o. In-40. Factum de 4 pages, sans titre ni marque dMmprimeur.
On a lieu d'être surpris, et Hordal a quelque droit d'être blessé, de ce que Charles du Lys, malgré les affirmations et même les preuves que lui avait prodiguées son parçnt, n'ait pas cru devoir faire figurer les Hordal parmi les descendants de Jean du Lys.
Ce ne fut que dans la seconde édition de son travail, parue deux ans plus tard, édition entièrement refondue et considérablement augmentée, qu'il consacre un cha-
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. jS
pitre aux Hordal, en se servant des indications quMl avait reçues et qui étaient conformes à la plus pure vérité.
Cette seconde édition a pour titre :
Discours sommaire, tant du nom et des armes que de la naissance et parenté de la Pucelle d'Orléans et de ses frères. Paris, 1612. 70 pp. in-S®.
En 1628, Charles du Lys publie une troisième édition revue et légèrement augmentée qui a pour titre :
Traité sommaire,., le reste ut suprà. Imprimé à la suite de l'ouvrage intitulé : Recueil de plusieurs inscriptions pour les statues du roi Charles VII et de la Pucelle d'Or^
léans qui sont élevées sur le pont de la ville d*Orléans
dès Van M.CCCC.LVIII et des diverses poésies faites à la louange de la même Pucelle, de ses frères et de leur postérité. Paris, de l'imprimerie d'Edme Martin, 1628. ln-49. 4 fiF. prél. comprenne;!! le frontispice et deux gravures en taille-douce par Léonard Gaultier, datées de 1612 et 161^ et qui ne sont autres que celles qui décorent le livre de Hordal. Il y a là sans aucun doute un bon procédé de parent.
Quelques rares exemplaires possèdent, en outre, une troisième et superbe planche représentant r^Trt/réeà/îeim^.
Page 41, ligne 5 : il ny a d'autres parents...
Après que Charles du Lys eut aplmis les justes prétentions des Hordal, il y avait encore une branche de la famille du Lys qui restait absolument oubliée : c'était celle issue du mariage de Catherine d'Arc avec Georges Haldat. Cette branche était cependant déjà depuis quelque temps fixée dans le pays ; mais bien que ses titres soient incontestables, il est certain qu'elle n'avait établi aucun rapport de parenté, ni avec les du Lys, ni avec les Hordal. (Voir la Généalogie G au chap. III.)
Page 41, ligne 8 : Monsieur de Troismonts...
Il s'agit de Thomas de Troismonts, sieur de la Mare, conseiller au présidial de Caen, dont les liens de parenté
j6 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS.
avec la Pucelle, par Charlotte Ribault, sa femme, venaient d^être reconnus par lettres patentes du i*' août 1608, enregistrées à Rouen. (Voir la généalogie Q au chap. III.)
Page 45, ligne ij : un volume escrit à la main,..
En marge de cette partie de la lettre de son cousin, Charles du Lys a écrit la mention suivante : c Ce volume est à voir, s^il se peut. »
Il nous paraît à propos de rapprocher cette indication dMn paragraphe de Pintéressante et substantielle notice de M. Quicherat sur les pièces et copies des procès de réhabilitation (T. V, p. 460). Il y est question c d'un original appartenant à M. du Lys, avocat général à la Cour des aides 9. On peut, croyons-nous, parfaitement admettre que Claude du Lys n'ait pas hésité à se dessaisir de ce volume en faveur de son parent, haut placé dans la science et dans la hiérarchie sociale. Il serait facile d'expliquer ainsi la présence entre ses mains de la troisième copie originale et authentique sortie du greffe, dont parlent les notaires. Un si précieux document pouvait-il en effet être placé plus naturellement que dans les archives du chef de la famille de l'héroïne ? Mais ce qui serait beaucoup moins aisé à expliquer, c'est qu'il soit arrivé incomplet en la possession de l'avocat général et surtout qu'il ait disparu depuis, sans laisser de traces, alors qu'on voit tous les papiers de cet auteur si soigneusement conservés. N'en avait-il obtenu qu'un dépôt momentané, le mot c appartenant » ne serait-il synonyme que de c entre les mains »? La copie aurait-elle plus tard repris le chemin de la Lorraine ? Les recherches les plus assidues ne nous ont pas mis à même de répondre à ces questions.
Quoi qu'il en soit, voici le texte de M. Quicherat :
f 15. Edmond Richer, dans VA avertissement au lecteur de son histoire inédite de Jeanne d'Arc, dit avoir consulté, outre le manuscrit de Notre-Dame, un autre original appartenant à M. du Lys, avocat général à la Cour des aides. Il était signé, ajoute-t-il, Franciscus Ferrebouc et
Dionysius Comitis et ne contenait en fait de mémoires justificatifs que les suivants : celui de Gerson, celui d'Élie de Bourdeille, un traité souscrit M. E. N., la récapitulation de Jean Bréhal, Popinion de Robert Cibole, et enfin celle de Guillaume Bouille.
€ Il faut bien croire Richer quand il dit son manuscrit original et alors ce texte serait le troisième sorti du greffe, d'après ce que témoignent les notaires dans leur préface, mais comment se fait-il que notre auteur n'ait trouvé là que trois mémoires au lieu de neuf, lorsqu'il est certain que le troisième manuscrit de la réhabilitation était le plus complet de tous? Comment se fait-il encore que Richer ne semble avoir eu aucune connaissance des interrogatoires en français, lorsque le même manuscrit devait les contenir, toutes les pièces de production y ayant été insérées ?
f Trop d'éléments nous manquent pour discuter là-dessus; ou Richer s'est mal expliqué, ou le manuscrit de M. du Lys n'était plus un texte complet. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'après Richer comme avant lui, la trace du troisième exemplaire authentique de la réhabilitation nous échappe entièrement. »
Page 46, ligne 1 5 : une mienne tante résidant à Domremy, . .
La vieille tante que les visiteurs normands sont allés voir à Domremy devait être Didon du Lys, veuve de Gérard Noblesse, qui vivait avec son fils Claude Noblesse, curé de Domremy, et prolongea sa vie jusqu'en 1618.
Page 46, ligne 1 6 : sieurs nommés de Mondreville et de Féron..,
Il paraît d'après cela qu'il y aurait encore lieu d'ajouter le titre de sieur de Mondreville à ceux dont est revêtu, dans la généalogie de la branche normande, Robert Id Fournier, baron de Tournebut, car il ne peut pas y avoir de doute sur l'identité du personnage.
Page 47, ligne 7 : le séjour de Jacquemin en France...
Page 47, ligne 9 : aucuns gentilshommes descendus audit Jacques...
Page 48, ligne 1 1 : quelle parenté a laissée ledit Jacques..
Nous appelons une sérieuse attention sur ces différentes paroles de Claude du Lys : elles prouvent qu'il y avait dans la famille une croyance, passée peut-être à Tétat de vague mais persistante tradition, d'après laquelle Jacquemin se serait établi en France, y aurait eu postérité, et qu'en particulier les membres normands de la famille devaient le reconnaître pour leur auteur.
Il nous paraît à propos de rattacher à cette importante observation le développement des difficultés assez graves auxquelles nous avons fait allusion dans notre Préface et qui sont relatives à la descendance de Pierre du Lys, telle qu'elle a été adoptée dans toutes les pièces officielles, et, à leur suite, dans le Traité de Charles du Lys.
Pourquoi, en effet, l'auteur de ce dernier ouvrage a-t-il donné, comme chose assurée, que PierrCy de son mariage avec Jeanne de Prouville, avait eu deux fils, Jean, l'aîné, seigneur de Baigneaux, et Jean, le jeune, échevin d'Arras, plus deux filles, Helwide et Jeanne, mariées à Etienne Hordal et à François de Villebresme (auxquelles il faut encore ajouter Catherine, qu'il a omise, et qui épousa Georges Haldat) : disons plus, pourquoi ne pouvait-il pas faire autrement que de l'affirmer ? C'est que, vrai ou non, le fait avait reçu une consécration légale, plusieurs fois répétée : c'est que, dans toutes les enquêtes, les informations, les déclarations faites devant les corps judiciaires de la Lorraine, de l'Orléanais et de la Normandie, dans les arrêts des Cours de ces provinces, de la Chambre des comptes et de la Cour des aides, partout enfin, on trouve invariablement adopté ce principe généalogique, que les lettres patentes de Louis XIII, en 161 2, ne manquent pas elles-mêmes de consacrer à leur tour.
Dans tous ces actes, sans exception, Jean, échevin
d'Arras, est le second fils de Pierre, et Pierre n'est autre que le chevalier du Lys, Pierre Pierrelot, frère cadet de I la Pucelle.
I Tel est le système, que nous appellerons légal, authen-
t tique, judiciaire, établi par vingt arrêts, auquel s'est con-
formé Charles du Lys; tel est le système que, dans l'état actuel des actes parvenus jusqu'à nous, nous sommes i bien obligés de respecter et d'adopter, mais non sans
' faire cependant, comme nous l'avons dit, nos plus
expresses réserves, et sans réclamer à son sujet le bénéfice de quelque futur inventaire.
! Les objections que nous avons à relever sont de diverses
natures : la première, que nous nous étions faite sans attendre la découverte de l'enquête décisive de 1 502, réside dans le fait de la succession de Jean du Lys, seigneur de Baigneaux. Ce Jean était fils de Pierre, sans l'ombre d'un doute; mais non pas fils de Jeanne de Prouville^ comme cela est partout écrit, par une erreur que nous ne pouvons pas nous dispenser de relever. Les pièces du procès sont là : Charles du Lys en a connu et même publié une partie, M. Doinel en a ajouté d'autres, M. Boucher de Molandon les a complétées ^.
Ce Jean du Lys, l'aîné, meurt donc vers 1501 ; il est à Orléans, où tout ce qui tient à la famille de l'héroine est connu de tout le monde : là, il ne peut pas y avoir place pour la moindre incertitude sur la qualité des personnes. Or, qui hérite du défunt ? — Son frère et ses sœurs, sans nul doute. — Pas le moins du monde : sa cousine paternelle Marguerite de Brunet et ses cousins maternels les sieurs Tallevart. Et la justice d'Orléans intervient dans le partage, ce qui exclut l'idée de toute fraude et de toute erreur ! Qui saura expliquer cela ?
Mais l'enquête de 1502 vient transformer en une sorte de certitude mathématique ce qu'il y avait encore d'hypothétique dans l'objection. Nous y trouvons des témoi-
I. Voir l'enquête de 1502 dans les Preuves du chap. III due aux recherches de M. B. de Molandon.
gnages précis : la femme de Pierre, le chevalier du Lys, se nomme Jeanne Baudot, sa sœur a épousé Pierson Tallevart, et c>st ainsi que les membres de cette dernière famille interviennent dans la succession, avec la fille, pour ainsi dire adoptive, que Pierre du Lys a mariée et dotée. Ce n'est pas tout, et voici qui est plus grave encore : Jeanne Baudot est déclarée n'avoir qu'un fils, Jean, seigneur de Baigneaux, de Fauthenticité duquel nous avons d'ailleurs des preuves multipliées. Non-seulement il n'est pas question pour lui de frère ni de sœur, mais il est formellement dit et répété dans l'enquête qu'il n'en avait pas.
Alors se présente immédiatement à l'esprit une explication qui paraît satisfaisante. Jean était le fils unique de Jeanne Baudot, et ses cousins,, par une application de la loi d'hérédité, qu'on peut supposer modifiée par ses dernières volontés, recueillent l'héritage provenant de leur tante; quant à Pierre, il s'est remarié après la mort de sa première femme : il a épousé Jeanne de Prouville, qui se trouve ainsi tout naturellement mise en sa place, et il a pu aisément avoir quatre enfants du second lit, depuis 1450, époque à laquelle nous savons que naquit Helwide Hordal, jusqu'en 1467, année où il n'existait plus. Nous devons même ajouter que le fait de ce second mariage est formellement indiqué dans l'enquête de 15 51.
Et cependant'Ies pièces publiées à Orléans présentent de graves objections à ce système qui paraît si rationnel.
En 1442, en effet, Pierre figure avec sa femme Jeanne et son fils Jean, dans le bail qui lui est passé par le chapitre de Sainte-Croix; en 144^, sa femme est désignée dans les lettres patentes portant concession de l'île aux Bœufs, sous le nom de Jeanne, du pays de Bar,
En 14^7, elle comparaît, à titre de mère, au contrat de mariage de Jean avec Marie de Vezeines; en 1467 enfin, Jean déclare, par acte authentique, reprendre le bail emphythéotique de Baigneaux, à raison des décès récents de son père Pierre et de sa mère Jehanne, du pays de Bar,
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 8l
Est'il possible, entre toutes ces dates, de placer la supposition d'un second mariage ? A moins cependant qu'on admette que dans les deux derniers actes c'est d'une bellemère qu'il est question.
Eh bien, malgré toutes ces raisons,nous dira-t-on, vous maintenez le système de Charles du Lys ? — Il le faut bien, puisque nous n'avons rien de positif à mettre à sa place. Nous nous sommes fait, il est vrai, une conviction sur cette question si obscure, et nous ne craignons pas de la manifester; seulement, comme rien n'en garantit l'exactitude matérielle, nous regarderions commue une sorte d'outrecuidance de notre part de la substituer à une formule consacrée par les plus hautes juridictions, parlements, cours et chancelleries royales, et revêtue de la signature de la plupart des princes qui ont régné en France et en Lorraine ? Mais si une naturelle réserve ne nous permet pas de la donner officielle ment dans nos généalogies, à cette place modeste, nous nous enhardissons à livrer notre pensée.
Cette pensée, donc, la voici ; Nous n'avons aucune sorte de raison pour mettre en doute que Jean du Lys, échevin d'Arras, et ses trois sœurs aient été les enfants de Pierre DU Lys. Toutes les généalogies et les traditions de famille sont d'accord pour en faire leur auteur; or, nous mettons volontiers confiance dans les indications de faits qui se transmettent traditionnellement dans les familles; au contraire, ce qui a le caractère d'interprétation nous en inspire beaucoup moins.
En appliquant ce principe, nous admettons Pierre du Lys comme auteur commun de l'échevin d'Arras et de ses sœurs, mais nous ne croyons pas que ce Pierre ait été le chevalier du Lys, dernier frère de la Pucelle, mort à Orléans en 1467. Celui-là, l'enquête nous Ta appris, n'avait qu'un fils, mort sans postérité. La branche dont il était le chef nous paraît mise par cela péremptoirement hors de cause.
Quant à la branche qui reconnaît pour auteur Jean, ca-
pitaine de Vaucouleurs, elle est très-exactement connue, et il n'y a ni addition ni retranchement à opérer à son sujet.
Que nous resie-t-il donc de la lignée de Jacques d'Arc, pour que nous cherchions à y rattacher ces enfants en ce moment sans auteurs connus? Il nous reste ce mystérieux Jàcquemin, Taîné des frères de Jeanne d'Arc, duquel, ainsi que nous Pavons déjà dit, on sait jusqu'à présent si peu de chose. Il vivait en 14J0; il n'existait plus en 1455. Des auteurs, qui se sont attendris de confiance à son sujet, ont dit t qu'il était mort de douleur de la funeste destinée de sa sœur chérie 1. Cela est possible, comme il est possible aussi qu'il ait prolongé pendant plus de vingt ans son existence.
t II est mort sans alliance i, a-t-on dit et répète-t-on généralement. Quant à ce fait, il n'est plus permis de le croire, puisque nous avons vu que Claude du Lys, fils de Jean, le qualifiait de son grand-père dans l'enquête de 1 502, et que la même allégation se répète dans l'enquête de 1 5 5 1 . Il s'est donc marié et a eu une fille, qui a épousé son oncle, sorte d'alliance assez rare à cette époque, mais non pas cependant sans exemple.
Si donc il est certain qu'il s'est marié et qu'il a eu une fille, quelle est la raison qui empêche de croire qu'il ait eu également un fils, et que ce fils, il l'ait nommé Pierre, en l'honneur de son jeune frère, le chevalier du Lys, passé dans la famille à l'état de personnage exceptionnellement illustre ? Ce serait ce fils, Pierre, de la branche aînée, qui aurait épousé cette Jeanne de Prouville (dont il n'est guère possible d'attribuer l'alliance au frère de Jeanne d'Arc), et Charles du Lys, et par suite les Maleyssie, ainsi que les Hordal, les Villebresme et les Haldat descendraient de lui, sans qu'il y ait lieu de rien changer du reste à leur généalogie. Ils seraient membres de la branche aînée au lieu d'être de la branche cadette, et chacune de leurs générations serait avancée d'une unité.
Enfin, une dernière observation, et qui n'est pas sans
intérêt. Il est dit^ dans les lettres patentes de 1612, que Jean du Lys, supposé le second fils de Pierre, le chevalier, t se serait contenté de porter le nom du Lys, retenant les c armes du nom et de leur ancienne famille d^Arc, etc. ». Or, voici un extrait d'une note conservée du cabinet des titres (layette Arc), que nous rapprochons de ce texte :
t Jacques d'Arc portait les armes de la maison d'Arc; Jacquemin, son fils, portait les mêmes armes. Jean et Pierre portaient les armes de du Lys. » Les conséquences de ce rapprochement nous paraissent aisées à déduire.
Nous nous arrêtons ici, trouvant que c'est assez longtemps marcher dans l'incertain et multiplier des raisonnements fondés sur des hypothèses : on saura sans doute un jour où réside la vérité. Nous n'avons eu, pour notre part, qu'un rôle fort ingrat à remplir, montrer où il est difficile d'admettre, scientifiquement, qu'elle réside; nous nous bornons là sans rien affirmer de plus. Mais nous livrons aux méditations du lecteur les indications de Claude du Lys, elles doivent lui suffire pour le convaincre que Jacquemin du Lys a prolongé son existence plus longtemps qu'on le dit, et qu'il a peut-être une part fort considérable à revendiquer dans la perpétuité de la race dont il était le chef.
Page 47, ligne 28 '.'elle est nommée Jeanne Day..,
Claude du Lys n'est pas le seul qui ait cherché à établir un rapprochement ou plutôt une identité entre les diverses formes du nom d'Arc, Day, Dali, Dailly, Dalis, Dulis. (Voir Viriville et Ch. du Lys.)
Cette forme d'Ailly avait fait compter par les généalogistes ignorants Hector d'Ailly, évêque de Toul (1524- 15^2} au nombre des descendants de la famille de la Pucelle. Hector d'Ailly de Rochefort était d'une famille noble d'Auvergne. Cette erreur se retrouve aan s les dépositions de plusieurs témoins de l'enquête relative à Hordal et même dans le Mémoire de Charles du Lys qui parle de < Messire Hector du Lys, évesque de Toul » (éd. Viriville, p. 54).
L^allusion au c langage grossier 9 du pays lorrain n^a pas été perdue par Charles du Lys. Il s'en sert comme d'un excellent argument.
Quelques auteurs ont cru, à l'exemple de Claude du Lys, que la prononciation des rives de la Meuse aurait imposé au nom d'Arc la forme Day, et que, de ce dernier nom, en prononçant les deux voyelles, on aurait tiré Dailly, Daily, Daly, Dalis, Dulis, Nous ne pouvons pas admettre cela : une telle opinion est contredite par le nom de du Lys, porté authentiquement par Pierre et son fils dès le xv« siècle, non moins que par la traduction a Lilio adoptée par le curé de Domremy au xvi*. Il paraît du reste certain que ce fut par ordre du roi, et comme complément de Tanoblissement de la famille de Théroïne, que le nom de du Lys fut substitué de toutes pièces à l'ancien nom patronymique. Le cabinet des titres constate, malheureusement sans explication précise, l'existence des lettres patentes, du mois de janvier 1429 (N. S., 14J0), en vertu desquelles cette substitution eut lieu.
f Le roy, y est-il dit, par lettres du mois de janvier dudit an, leur permit d'échanger leur nom d'Arc et de prendre celuy de Du Lys. » (Voir aux Preuves,)
Le nom noble de la Pucelle et de sa famille n'est autre que le résumé de son glorieux blason, qui peut se lire ainsi : Son épée a soutenu et sauvé la couronne des Lys. Il a été, il est vrai, défiguré et orthographié de bien des manières ; on ne trouve pas, en effet, dans les actes publics et privés de la famille du Lys moins de onze formes différentes à nous connues : Du Lys, Dulis, Du Li^, Dulix, Dalix, Dalie, d*Ali{, Daly, Daily, Dailly et D Ailly, sans compter les variantes résultant de l'emploi de Vy à la place de l'i, et inversement. C'est plus particulièrement en Lorraine, dans la branche qui a Jean pour auteur, que se trouvent le plus fréquemment employées les formes Daly et Dailly.
Mais revenons à cette modification du nom d'*Arc en Day et de Day en Dailly due au « langage grossier du climat lorrain ». Pour qui a entendu parler les paysans de la
vallée de la Meuse et de la Lorraine en général, il est admissible que Darc eût fait Dairc et peut-être Dair en supprimant la consonne finale ; mais quant à Day et Daix, nous ne le croyons pas, et encore moins Day, La forme Dalis est venue sans conteste de la prononciation du pays, où Ton avait coutume de dire une fleur dalis pour une fleur de lis, et les sieurs Dalis, et à la suite Daily, pour les sieurs Dulis, Là s^arrête, à notre avis, Teffet de la ff corruption du langage ». Ce point admis, le reste ne provient plus que c du peu de curiosité qu^on a eu de respecter l'orthographe ».
Le nom d'Arc, lui aussi, a subi de nombreuses modifications dans son orthographe et sa prononciation. Cette question a été traitée, avec beaucoup de développement, par M. Vallet de Viriville, dans un de ses ouvrages *, nous n'y reviendrons pas. Seulement, nous croyons devoir faire une observation sur l'importance qu'il y attache à supprimer l'apostrophe du nom d'Arc pour l'écrire Darc. Nous croyons , quant à nous , que ce nom, soit qu'il rappelle le pays dont la famille de Jacques d'Arc était anciennement originaire, soit qu'il ait du rapport avec l'arme figurée sur son blason primitif, doit se présenter avec l'apostrophe séparative de la particule. Il nous paraît aussi naturel de dire aujourd'hui d'Arc, que de dire d'Orléans et d'AIençon, alors que ces trois noms s'écrivaient au xv* siècle, époque où l'apostrophe n'était pas en usage, Darc, Dorléans et Dalençon.
Si on a cru démocratiser le nom de la Pucelle en lui enlevant cette apostrophe, et démontrer par là son humble origine, on a fait preuve d'une étroite préoccupation. On n'a point compté en effet que, sauf à notre époque, et encore cela principalement en France, la particule n'a jamais passé pour une marque de distinction. Les qualifications nobiliaires de noble homme, écuyer, chevalier, etc., indiquaient seules la position sociale avant 1789, quand la
I. Nouvelles Recherches sur la famille et sur le nom de Jeanne d^Arc Paris, Dumoulin, 1854, br. gr. in-8«.
86 NOTEES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
noblesse avait encore des privilèges; on s^appelait du Bois, du Moulin, sans prétendre pour cela à y participer.
Nous laissons donc à ce glorieux nom sa forme la plus rationnelle, reçue et acceptée depuis longtemps, et nous ne cherchons pas à donner par là à ses parents un autre éclat que celui de leurs vertus modestes et une autre noblesse que celle dont ils furent redevables à leur incomparable fille, en étant associés à son immortalité.
Page 48, ligne 13 : Claudius a Lilio,.,
Claude du Lys, petit-neveu de Jeanne d'Arc, était curé de Domremy. Il mourut en 1550. Il était poète à ses heures et a laissé des vers latins. Il occupait la chambre du premier étage de la maison de la Pucelle, au-dessus de la chambre commune. On voit encore la disposition des lieux. C'était un logis bien modeste.
Page 49, ligne 3 : Vesglise Saint-Georges de Nancy,. .
Collégiale célèbre, fondée par le duc Raoul, en ijjo, paroisse des ducs de Lorraine, et détruite par Léopold, en 1745, lors de la reconstruction du palais ducal. La cathédrale actuelle remplaça Saint-George, comme collégiale, pour le chapitre de la Primatiale.
L'église Saint-Georges contenait les mausolées de plusieurs princes lorrains : les ducs Jean et Nicolas d'Anjou, Charles II, les duchesses Isabelle d'Autriche, Marguerite de Bavière, Marie de Bourbon et ceux d'une foule de grands seigneurs. Le corps de Charles le Téméraire y resta déposé de 1496 à 1550. Ce ne fut qu'à partir de René II que les princes de la maison de Lorraine reçurent leur sépulture aux Cordeliers, et à partir de Charles III, dans la chapelle ducale ou chapelle-ronde où tous les débris de cette auguste famille ont été successivement réunis.
Page 49, ligne 7 : le comte de Salm... Jean, comte de Salm, baron de Viviers et de Fénes-
trange, maréchal de Lorraine, était gouverneur de Nancy en i;8o. Il avait pour successeur, en [60;, le comte Charles de Gournay.
Page 49, ligne 12 : Jehan Royer...
Le premier Mémoire de Charles du Lys contient, au sujet des Romée, une erreur typographique. Il y est question de Jean Roger. C'est Jean le Royer qu'il faut lire. Cette erreur, a du reste, été réparée dans la seconde édition. (Voir la Généalogie et les Preuves du chap. IV.)
Page 49, ligne 14 : l'alliance qu'ils ont eue en la famille...
Mais ils n'ont jamais eu non plus d'autre prétention! Claude du Lys pourrait être plus gracieux pour des alliés qui, après tout, ne lui faisaient pas déshonneur.
LA
Timbre des armoiries de Charles du Lys. D'après les lettres patentes de 1612.