QUATRIEME BRANCHE, DITE DE MOLIÈRE
Honorable homme Jehan Pocquelin, né en 1595, marchand maître tapissier à Paris, et non « marchand fripier » comme l'a écrit Voltaire, demeurant rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Eustache, en 1631, qualifié tapissier ordinaire de la maison du Roy.
Son contrat de mariage (1 ) que reçurent, le 22 février 1621, Jolly et Collé, notaires gardes-notes du Roi en son Châtelet de Paris, nous apprend qu'il était fiancé à Marie de Cressé, fille d'honorable Louis de Gressé(2), aussi marchand bourgeois de Paris, et de Marie Asselin, demeurant au marché aux Poirées.
Les conditions civiles de leur union projetée furent arrêtées en présence, de la part du futur : de Daniel Crespy, marchand plumassier, bourgeois de Paris,
(1) Soulié, Document I.
(2) Le sire Simon de Cressé fut échevin de Paris en lo70, et Laurent Cressé, marchand en ladite ville, quatrième consul la même année.
oncle maternel; de Toussaint Perrier (1), marchand linger à Paris, beau-frère ; honorable homme Martin Gamard (2), maître tailleur d'habits à Paris, aussi beau-frère, et de h^^® femme Claude Le Vasseur, veuve de feu Jean Mazuel, vivant violon ordinaire du Roi, tante par alliance (3) ; — et de la part de la future : de h^'*^ homme Jean Autissier, juré du Roi en œuvres de maçonnerie, oncle maternel par alliance ; Noël Mestayer, marchand bonnetier à Paris, et h^^« homme Sébastien Asselin, marchand tapissier à Paris, oncles paternels par alliances ; Denise Lescacheux, aïeule materoelle; Louise Asselin, veuve de feu Simon Lescacheux, tante; Denis Tostéré, marchand lapidaire, bourgeois de Paris, et de Thomas Dupont, marchand de fer, cousins.
Il n'est pas sans intérêt de remarquer que si, parmi les signatures, on lit deux fois Jehan Pocquelin, puis Marie Cressé, et, pour le père, Louis de Cressé, la quittance de dot, devant les mêmes no-
(1) Le sire Guillaume Perrier, marchand de vins, fut quatrième consul en 1616 et juge en 1631 ; — Pierre Perier, bourgeois et marchand, fut prévôt des marchands en 1692.
(2) Le sire Michel Gamard, maître apothicaire et épicier, fut second consul en 1610.
(3) Il peut paraître d'abord étonnant que ni Robert, ni Guy, ni Louis Pocquelin, ses frères germains, n'aient assisté à ce mariage, mais il est probable que le convoi de leur père, avec Agnès Mazuel, tvait refroidi quelque peu les sentiments de famille : d'ailleurs, du second mariage, il ne comparut non plus que deux beaux-frères.
— Pourquoi encore le père et le fils signèrent-ils Poquelin ?
taires, la veille du mariage religieux, porte pour le futur Jehan Pocqnelin et pour le père Jehan Poquelin ; quoique la future signe Marie Gressé, son père prend la particule (1) et la conserve dans tous les documents (2) où il figure.
Jehan Pocquehn, fiancé le 25 avril 1621, fut marié le surlendemain à Saint-Eustache : il perdit sa femme le 30 mai 1633 ; elle l'avait rendu père de six enfants :
1° Jean Pocquelin, qui forme le cinquième degré; 2« Loys Pocquelin, baptisé le 6 janvier 1623, mort (3) avant sa mère ;
(1) Soulié, p. 12. — On sait que la particule nobiliaire n'a jamais été caractéristique de noblesse : il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les anciens terriers où l'on voit à chaque instant les plus roturiers s'appeler Jean du Bois, Pierre de l'Orme, Louis de Beauvais, etc. Cette petite propriété syllabique indiqua un lieu d'origine, plus tard une possession de fief noble ou non ; les préjugés et un sot usage lui ont seuls donné ce faux prestige qu'envient tous ceux qui ne l'ont pas devant leur nom, même en ce temps d'égalité sociale !
(2) L'armoriai de d'Hozier offre pour les Cressé la même singularité : on lit en effet pour la même famille :
Généralité de Paris, Reg. I, p. 322, n° 626: Amable Cressé, bourgeois de Paris, porte: d'azur, à un chevron d'or surmonté d'un croissant d'argent, accompagné de deux estoiles de mesme en chef et en pointe d'un cerf d'or; — f" 393, n° 863: Charles de Cressé, bourgeois de Paris : d'azur, à un chevron d'or accompagné en chef de deux estoiles de mesme et en pointe d'un lyon aussi d'or; — f° 644, n" 943 : Pierre Cressé, docteur en médecine : d'azur, à un chevron d'or accompagné en chef de deux croissants d'argent et en pointe d'un poisson de mesme couché en fasce.
(3) Beffara, p. 6.
3^^ Jean Pocquelin dit le jeune, baptisé le V' octobre 1624 (1 ), qui tenait sa boutique de marchand tapissier sous les piliers des Halles « où souloit estre pour enseigne l'image de Saint-Christophe, » lorsque son père lui eut cédé son fonds (2) le 14 septembre 1654, devant Le Semeher et Buon, notaires ; il se disait tapissier valet de chambre ordinaire de la Reine en 1655 et il habitait la rue du Cygne.
Le 15 janvier 1656 (3), Buon et Colas, notaires au Châtelet, reçurent les conventions de son mariage avec Marie Maillard, alors orpheline, fille unique de feus Eutrope Maillard et de Perrette Guilminaut. Furent présents pour le futur : honorable homme Jean Pocquelin le père, aussi marchand tapissier à Paris et tapissier valet de chambre du Roi; André Boudet, marchand tapissier à Paris; Louis Cressé, aussi marchand tapissier à Paris, oncle maternel ; Richard, aussi marchand tapissier à Paris; Berger, bourgeois de Paris, et Chevallier, bourgeois de Paris, alliés ; Claude Ticquet, marchand, demeurant à Beaumis ; — et pour la future : dame Chrétienne
(1) Beffara, généal. Auger, commet une erreur que rectifient les énonciations de l'inventaire de 4636, ci-après.
(2) Soulié, Doc. XXIV. — Son père lui avait loué cette maison 600 livres par an.
(3) Soulié, Doc. XXVI I.
Bailly, veuve de défunt M® Mathieu Bourlon, vivant conseiller du Roi, maître ordinaire en la chambre des Comptes de Paris ; M""^ Charles Bourlon, Evêque de Gésarée, Goadjuteur de Soissons ; M^ Nicolas Bourlon, Conseiller du Roi en sa Cour du Parlement de Paris; dame Charlotte Bourlon, veuve de feu M'' Jean JoUy, sieur de Fleury, Conseiller du Roi en son grand Conseil ; M° Claude Prévost, Conseiller du Roi et grenetier au grenier à sel de Paris, amis... et le S^ Guilminaut, Anne Bénard, sa femme [sic), oncle maternel; Nicolas Maillard, bourgeois de Paris, frère ; Pierre Marchand, tapissier à Paris, cousin paternel; Jean Chevallier, marchand à Paris, cousin germain maternel de la future.
Parmi les signatures, on lit Pocquelin et J. Pocquelin.
Jean Pocquelin acheta, le 30 septembre 1633^ « la maison sous les piliers des Halles, devant le Pilori, où extérieurement souloit pendre pour enseigne l'image de Saint Christophe et fut l'habiter » : il y mourut le 6 avril 1660 (1), à l'âge de 35 ans, laissant un fils :
a. Jean-Baptiste Pocquelin, avocat en Parlement, demeurant à Paris, rue de la Truanderie en 1695, puis rue Beaurepaire en 1711 : de
(1) Beffara, gén. Auger.
sa femme, dont le nom ne nous est pas connu, il eut deux filles :
aa. L'une, mariée à Pierre Ghapuis, bourgeois de Paris (1 ), qui se livra au commerce du Levant : elle reçut, dans le testament de Claude de Montalant, son cousin germain par alliance, une action et trois dixièmes d'action de la Compagnie des Indes ; Ih. L'autre, mad^^'» Pocquelin, restée fille comme appert du même testament.
4» Marie Pocquelin, baptisée le 10 août 1625 ;
morte avant sa mère ; 5*^ Nicolas Pocquelin, baptisé le 13 juillet 1627, tapissier ordinaire du Roi, office qu'il résigna en 1631 en faveur de son frère Jean Pocquelin le jeune; il habitait rue de Seine, faubourg Saint- Honoré ; 6<* Marie dite Magdeleine Pocquelin, baptisée le 13 juin 1628, mariée, suivant contrat du 14 janvier 1631 (2), reçu Buon et Parque, notaires au
(1) M. Soulié, Doc. LXII, cite un Album et Mémorandum du XVII» siècle, ou Gilles Macé, négociant à Marseille , écrivait : « Du dimanche sept de Mars 1655, Jean Poquelin à Paris est venu demeurer aueq moy en payant pension telle que je teygleray qui sera deuz centz Hures. » — Parmi les jeunes gens qui vinrent chez le même, de 1633 à 1634, pour apprendre la vertu et vocation ou pour y manger ou pour y sei'uir au contouer, est le petit Chapuys, à 200 livres de pension.
(2) Soulié, Doc. XX XV 11.
Châtelet, avec André Boudet, marchand tapissier, bourgeois de Paris, y demeurant sous les piliers des Halles; à sa mort, elle avait deux enfants :
h. André Boudet, qui fut lieutenant à Cayenne dans une Compagnie de Milice : en 1695, il était bourgeois de Paris et habitait avec son frère au Cloître et paroisse de Saint-Jacques de l'Hôpital, lorsqu'ils louèrent avec leur oncle, Jean-Baptiste Pocquelin, avocat en Parlement, leur maison sous les piliers des Halles, à l'enseigne de Saint Christophe ; c. Jean-Baptiste Boudet, bourgeois de Paris, habitant avec son frère en 1700 au faubourg Saint-Honoré, paroisse de la Madeleine; il décéda avant 1711.
Marie Gressé mourut en mai 1632, âgée de 31 ans : inventaire fut dressé les 19 et 31 janvier 1633 par Jolly et Collé, notaires gardes-notes au Châtelet de Paris, en présence de honorable Louis de Cressé l'aîné, marchand tapissier, aïeul maternel et subrogé tuteur de ses enfants mineurs (1) qui y sont dénommés : Jean, âgé de onze ans; autre Jean, âgé de huit
(1) S'il eût eu, comme le dit Beffara, un autre fils du nom dô Robert, né en 1G30, ce Robert figurerait nécessairement comme mineur, âgé de trois ans ; c'est la preuve que notre auteur ignorait les autres branches : il rapportait tout aux aïeux de Molière ou à ses frères.
ans; Nicolas, âgé de six ans, et Madeleioe Pocquelin, âgée de cinq ans.
L'estimation du mobilier fut faite par François Rozon, sergent à verge, juré priseur vendeur de biens de cette ville, prévôté et vicomte de Paris, et par hon^'e homme Louis Gressé le jeune, marchand tapissier, bourgeois de Paris, y demeurant.
L'intitulé de l'acte est signé J. Pocquelin, Louys de Gressé et Louys de Gressé le jeune, etc.
A la description des titres et papiers figurent les lettres de provision, accordées par Sa Majesté, de l'office de tapissier ordinaire du Roy (1 ), le 22 avril 1631, signées Louis, et plus bas de Loménie; la prestation de serment, du 24 avril au dit an, aux mains de Mgr Jean de Souvre ; la procuration ad resignandum, par Nicolas Pocquelin, passée au profit de Jean Pocquelin, son frère aîné, par devant Turgis et Morel, notaires au Châtelet, le 2 avril 1631, elc.
Jehan Pocquelin, veuf de Marie Gressé, se remaria le 30 mai 1633 (2) à Gatherine Fleurette (3), fille de honorable homme Eustache Fleurette et de De-
(1) Son service se faisait par quartier, c'est-à-dire pendant trois mois de l'année, en avril, mai et juin, ainsi que l'indiquent deux certificats y énoncés.
(2) Beffara, p. 7.
(3) M. Loiseleur assure que cette femme, qui fut pour Molière la plus dure des marâtres, a été dépeinte sous les traits de Béline dans le Malade imaginaire.
nise Foubert, demeurant rue de la Coutellerie, paroisse Saint-Mederic, qui mourut de couches \v 12 novembre 1636 (1), laissant deux filles :
7° Catherine Pocquelin, baptisée le 15 mars 1634, entrée au couvent des religieuses Sainte-Marie de Montargis, ainsi que l'indique la transaction, passée le 15 janvier 1655, devant Buon et Le Roy, notaires au Châtelet de Paris, entre Jean Pocquelin père et Antoine Fleurette, marchand de fer, bourgeois de Paris, Christophe Fleurette, marchand et bourgeois de Paris, Jacques Berger, aussi marchand de fer, et Marguerite Fleurette, sa femme, à l'effet de payer, au dit couvent, la somme de 5,000 livres pour sa dot, Catherine étant à la veille de faire sa profession de religieuse;
L'acte est encore signé J. Pocquelin.
8° Marguerite PocqueHn, née le 15 novembre
1636 (2), qui ne survécut que quelques jours à
sa mère.
Jehan Pocquelin mourut le 25 février 1669 dans
la maison des piliers des Halles, qu'il avait rachetée
par sentence de décret du Châtelet de Paris du
(1) Si cette date est vraie et que Marguerite soit née le 15 novembre 1636, elle vint au monde à l'aide d'une opération césarienne. On sait, du reste, qu'au xvii» siècle, cette opération était encore fort à la mode, quoique réussissant très rarement.
(2) Taschereau, p. 427.
!"'■ avril 1634, el qui avait été, à son insu, sous le nom (1) du célèbre « professeur es mathématiques » Jacques Rohault, reconstruite des deniers de son fils le Coinédien, celui que dans ses comptes (2) il appelle amèrement, lui aussi, « Monsieur Molière. »
Inventaire fut dressé le 14 avril 1670 par les notaires du Ghâtelet, Gigault et Buon, à la requête du sieur Jean-Baptiste Pocquelin Molière, tapissier et valet de chambre du Roi, demeurant à Paris, rue Saint-Thomas-du-Louvre ; sieur André Boudet, marchand tapissier bourgeois de Paris, y demeurant sous les piliers de la Tonnellerie, tuteur d'André et Jean Boudet, enfants mineurs de lui et de Marie-Madeleine Pocquelin, sa femme, et de Marie Maillard, veuve de défunt sieur Jean Pocquelin, vivant aussi marchand tapissier, bourgeois de Paris, y demeurant, rue du Cygne, tutrice de Jean-Baptiste Pocquelin, fils mineur dudit défunt et d'elle, habiles à se porter héritiers de Jean Pocquelin père, décédé, veuf de Marie Cressé, le 25 février 1669.
(1) Pour le payer de ses avances, Jean Pocquelin lui constitua .■)00 livres de rente par acte du 4 janvier 1607, Le Semelier et Buon, notaires ; mais Jacques Rohault fournit déclaration le 31 août 1668, devant Lenormand et Gigault, notaires, que cette rente appartenait à Molière, dont il n'avait été que le préte-nom.
(2) Soulié, p. 6o. — Cette maison a été démolie lors du percement de la rue Rambuteau; elle avait déjà été incendiée en partie
12 juillet 1705.
Jean Pocquelin, né dans la maison des Singes (1), où demeuraient alors ses parents, fut baptisé en l'église Saint-Eustache le 15 janvier 1622 (2). . Catherine Fleurette, seconde femme de son père, fut si dure pour lui qu'on n'osa, de son vivant, le mettre au collège; mais dès qu'elle eut rendu sa rude âme à Dieu, il fut placé, chez les Jésuites (3), au collège de Glermont (depuis Louis-le-Grand), où il fit des progrès tels, grâce aux heureuses dispositions
(1) Loiseleur, p. 22. — Soulié écrit maison des Cinges, à cause d'une très ancienne sculpture qui la décorait (?). — Ce fut le 13 brumaire an VIII (4 novembre 1799) qu'on plaça une inscription en marbre blanc sur l'ancienne maison rue de la Tonnellerie. Elle est doublement erronée, étant conçue comme suit :