‹ La Famille de Salaberry [microforme]Chapitre 6 sur 6 · DE · texte numérisé non relu

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ne la leur rendirent que plus acceptable. Alors l'Honorable Papineau, devenu depuis si célèbre, se faisant l'organe de ses compatriotes, put prononcer ces paroles remarquables : “ Les événements de la dernière guerre ont resserré les “ liens qui unissent ensemble la Grande-Bretagne et les ‘© Canadas. Ces provinces lui ont été conservées dans des “circonstances extrêmement difficiles. Lorsque la guerre ‘ta éclaté, ce pays était sans troupes, sans argent, et votre “ Excellence à la tête d’un peuple en qui, disait-on, l’ha- ‘ bitude de plus d’un demi-siècle de repos avait détruit ‘tout esprit militaire. Vous plaçant au-dessus de ces ‘ préjugés, vous avez su trouver dans le dévouement de ‘* ce peuple brave et fidèle, quoique injustement calomnié, ‘‘ des ressources pour déjouer les projets de conquête ‘ d’un ennemi nombreux et plein de confiance dans ses ‘ propres forces. Le sang des enfants du Canada a coulé, ‘ mêlé avec celui des braves envoyés pour les défendre. “ Les preuves multipliées de l'efficacité de la puissante “ protection de l'Angleterre et de l’inviolable fidélité de ‘ses colons, sont devenues pour ceux-ci de nouveaux titres, ‘en vertu desquels ils prétendent conserver le libre exer- “ cice de tous les avantages que leur assurent la consti. ‘ tution et les lois” La loyauté des Canadiens avait fait ses preuves, plus par des actes que par des paroles : ainsi étaient réduites à néant toutes les accusations que la malveillance avait forgées contre eut.

Mr de Salaberry qui, plus que personne, avait contribué à venger ainsi sa race, était rentré dans ses foyers après la victoire de Châteauguay. Malgré la modestie

cienne famille de Nantes, lequel, après avoir épousé à New-York Melle Danton, contracta un second mariage à Montréal avec Melle Mezières, Jont il eut deux fils : Ambroise et Auguste, mort récemment. De M: J. Guillaume Delisle, issu du premier lit, et savant distingué que se plait à mentionner Mr Garneau dans son histoire, sont sortis: Mr John Delisle, père de plusieurs enfants, notamment de Mr A. Delisle et de Melle H, Delisle ; — M" William Delisle qui a également laissé des enfants ;—et M' Benjamin Delisle, celui dont il est question ici. Parmi ses enfants survivants, l’un est Médecin, et sa Demoiselle a épousé Mr McDonald de St Jean.

dont il cherchait à s'envelopper, l'estime et l'affection vinrent le chercher. Chacun s’'empressait à l'envi de lui faire honneur. En le voyant, on se rappelait Châteauguay et les beaux faits d'armes qui avaient précédé, L'éloge qu'il avait reçu du Gouverneur et des Chambres, était encore présent à l'esprit de tous. Tant de mérite et de gloire ne pouvaient échapper aux traits de l'envie : aussi, l'envie ne lui Mmanqua point, et il eut encore ce point de contact &vec les hommes célèbres. Il put, toutefois, se consoler de la justice qui lui était refusée par vuelques détracteurs, par les témoignages de respect et d'admiration dont ne cessèrent ce l’entourer tous ses concitoyens, Sans exception. A défaut de colonne fragile, ils lui élevèrent dans leur cœur un monument d'amour qui dure encore. S’associant aux sentiments des Canadiens, le prince Edouard, Duc de Kent, se fait ainsi l'interprète de tout ce que l'Angleterre avait de plus distingué : ‘ Palais ‘de Kinsington, 25 Mars 1814 Mon cher Salaberry

‘ votre lettre du 25 Octobre m'est parvenue le 22 Dé- ‘ cembre. Quelques jours après votre brillante action,

€ j'en avais appris les détails par votre estimable père et ‘ par votre beau-frère Duchesnay. Afin que vous puissiez “ connaître mon opinion sur cette affaire, vous pourrez, ‘si vous le jugez à propos, retirer le Postcriptum que ‘< j'ajoute à la lettre de votre père, que, pour cette raison, “ j'envoie sous un sceau volant. Inutile d'y rien ajouter, ‘si ce n’est que j'apprécie aussi hautement votre con- “ duite distinguèe dans l’occasion mémorable dont il ‘‘ s’agit, que si elle eût été appréciée comme elle devait ‘ l'être par ceux qui avaient le devoir de le faire et de “ rendre témoignage à votre mérite. Il est aisé de com- “ prendre pourquoi justice complète ne vous a pas été “ rendue; mais il est peut-être plus prudent de ne pas revenir là-dessus, d'autant, etje vous en donne ma parole, “ qu’il n’y a ici qu’une voix pour reconnaître l'honneur ‘ que vous vous êtes fait et la récompense que vous mé- “ ritez. J'apprends avec le plus sensible plaisir la belle

‘ conduite de la milice canadienne, tant incorporée que ‘‘ sédentaire, En considérant l'inefficacité des lois de ‘ milice, ! sous le rapport de la discipline, au point de ‘* vue militaire, je crois que votre mérite est au dessus de ‘ tout éloge, pour avoir formé un régiment aussi parfait ‘“ que celui de vos Voltigeurs, ainsi qu’on m’en a informé, ‘* Pour ce qui est de vous personnellement, je vous dirai ‘° en toute sincérité que mon désir est de vous voir promu ‘* au grade d’Aide-de-Camp du Prince Régent, dès qu’une ‘ occasion favorable s’en présentera, et ensuite à celui de ‘* Colonel perpétuel du régiment canadien qui ne pourra ‘‘ que prospérer sous vos ordres, de manière que vous ‘‘ restiez dans votre Pays pour son avantage et avec ‘“ honneur pour vous-même. Qu'aucune considération ‘ donc ne vous engage à quitter l'armée, tant que vous ‘ne serez pas appelé loin des lieux où vous pouvez dé- ‘* fendre vos foyers. En accordan t à votre estimable père, ‘ quand il s’est retiré du service, sa solde entière, on n’a ‘€ fait que ce qui était dû, et je ne suis nullement surpris ‘ que vous ayez été blessé, quand on lui a fait l'injustice “ de la lui retirer ; mais les choses peuvent changer. Je ‘* finis en vous renouvelant l'assurance des sentiments ‘ d'amitié et d'estime avec lesquels je suis toujours, mon “ cher Salaberry, votre fidèle ami, Erwan.”

Après cette lettre, on essaiera en vain de diminuer l'importance de la victoire de Châteauguay, et partant d’amoindrir le mérite de celui qui la remporta. ‘Tant ‘que Châteauguay ne sera pas effacé de la carte du

{ Le succès obtenu par les différents Corps de milice, sous les ordres de M' de Salaberry, à cette époque mémorable, doit être en grande partie attribué à l'harmonie qui régnait entre les chefs et' “s subalternes. Alors ces chefs étaient généralement Canadiens . mme les hommes auxquels ils commandaient, et ils avaient pour leurs subordonnés ces égards qui attachent le soldat et le rendent invincible, De leur côté, ces chefs, n’élant pas dégoûtés du service par des injustices ni des passe-droits, s’efforçaient d'établir une noble émulation entre leurs Corps et ceux des réguliers, afin üe répondre ainsi à la confiance qu’on avait en leur patriotisme et leur capacité. Que ces règles soient toujours observées, et on verra se renouveler les mêmes prodiges de valeur.

‘ Canada, dit avec raison Mr de Gaspé, le nom de Sala- ‘ berry y sera associé.” La basse jalousie passe et le mérite demeure. Nul ne sera donc surpris qu’il en ait été pour Mr de Salaberry, comme pour Sir George Prevost, son protecteur et son ami. Après avoir été injustement attaqué, ce digne Gouverneur fut hautement justifié par le plus grand homme de l'Angleterre. “ J'approuve hau- ‘ tement, écrit Wellington à Sir George Murray, je dirai “ plus, j’admire tout ce qui a été fait en Amérique, d’après ‘“ ce que je puis voir en gros. Je ne puis dire si George “ Prevosi a eu tort ou raison dans la décision qu'il prit “au lac Champlain; mais je suis certain d'une chose, ‘ c'est qu’il aurait été également obligé de retourner à “ Montréal après la défaite de la flotte. Je suis porté à ‘* croire qu’il a eu raison. J’ait dit, j'ai répété aux Ministres ‘ que la supériorité sur les lacs est la condition sine qud ‘t non des succès en temps de guerre sur la frontière du ‘“ Canada, mème dans une gueïre purement défensive.” Mr de Salaberry n’attendit pas que Sir George fût descendu dans la tombe pour venger sa mémoire. Lorsqu'il le vit partir pour l'Angleterre et entreprendre par Halifax cette route dont les fatigues devaient lui don uvr la mort, il lui écrivit la lettre suivante : ‘ Beauport, 28 Mars 1815, ‘ À Son Excellence Sir George Prevost. Qu'il plaise à ‘“ votre Excellence me permettre d'écrire, puisque je ne ‘ puis sortir, retenu que je suis par une maladie opi- ‘ niâtre, et, selon toute apparence, dangereuse, puisqu’en- ‘ core hier je suis tombé sans connaissance, Je suis bien ‘* peiné d’être privé par là du plaisir d'aller vous rendre ‘ mes respects, avant que vous nous laissiez. Sir George, ‘vous partez pour vous justifier ! Quoi ! une justification ‘ de vous! Mais s’il en faut une, la voici d’un mot: Le ‘ Canada est encore à l'Angleterre. Cela répond à tout, car “ le résultat est tout, et il est frappant, il est grand. C'est là un fait qu’on ne peut nier, Devant lui doivent dis- ‘“ paraître les vaines arguties, les accusations sophis- “tiques; sous lui doivent succomber les efforts de la

om de Salase et le mé- Il en ait été ‘ge Prevost, injustement justifié par prouve hauray, je dirai que, d'après e si George nn qu’il prit une chose, retourner à suis porté à 1x Ministres on sine qu rontière du défencive.” ge fût des- . Lorsqu'il par Halifax -r la mort, Mars 1815, il plaise à sque je ne iladie opipuisqu’en- > suis bien us rendre ir George, istification n mot: Le à tout, car and. C'est ivent disns sophisorts de la

‘ malveillance, de l'envie, et des passions haineuses. ‘* Mais le mérite et la vertu sont sujets à la persécution ! ‘ Vous en triompherez glorieusement, j'ose le prédire ‘’avec assurance et je le souhaite du plus profond de ‘mon cœur, comme aussi je vous souhaite, Sir George, ‘tous les bonheurs, à vous et à tout ce qui vous est cher, * Avec ces sentiments bien sincères et ceux du plus pro- ‘fond respect, j'ai l'honneur de me souscrire, mon “ Général, de votre Excellence, le très-humble, très-obéis- ‘sant et très-dévoué serviteur, L. be SaLaperny, C. M. ‘ Québec.” ù

Après le départ de Sir George Prevost, Mr de Salaberry fut appelé à siéger au Conseil Législatif. Cet honneur lui fut accordé par privilége, son père y occupant déjà un siége. Mais aussi humble que méritant, l’'Honorable Conseiller ne se prévalut jamais de sa haute position pour faire la loi à ses collègues. Après avoir exposé sa manière de voir avec calme et modération, il écoutait volontiers la contradiction. La session finie, il revenait à Chambly, où il aimait à réunir ses amis. C'est là que le Colone! de Salaberry, le vainqueur de Châteauguay, a terminé sa belle carrière, le 29 Février 1829, à l’âge peu avancé de cinquante ans, emportant dans la tombe l'estime et l'affection de tout un peuple qui lui devait sa conservation et une partie de sa gloire.

M' de Salaberry avait épousé, le 16 Mai 1812, Melle Marie-Anne-Julie Hertel. De ce mariage sont nés quatre enfants : Alphonse-Michel, Henri, Louis-Charles et René- Léonidas, chargés de la tâche difficile de porter le nom si glorieux de leur père.

IVo ALPHONSE-MICHEL DE SALABERRY.

Mr Alphonse-Michel de Salaberry, environné du prestige attaché à son nom, a vu reporter sur lui l'estime et l'affection que possédait son illustre père. Porté par la voix publique au poste d'Adjudant-Général, il en a

rempli les fonctions avec un zèle et un succès qui lui ont mérité les éloges de toutes les classes de la société, sans distinction d’origine.

De ses trois frères, un a perdu accidentellement la vie, Mr Henri, Le plus jeune, Mr Charles de Salaberry, est devenu un des actionnaires de l'exploration de la Baie d'Hudson. Il a deux enfants: Léonidas qui réside auprès de son père, et Melle Lilia-Anne-Marie, une des brillantes élèves de Maria-Villa, Mr C. de Salaberry avait épousé Melle Cordelia Franchère, sœur du célèbre Franchère, dont nous üvons parlé, Parti de New-York en 1810, en Compagnie de trente-trois personnes, parmi lesquelles plusieurs Canadiens : O, de Montigny, M. Laframboise, A. Belleau, J. Lapierre, B, Roussel, G,. Leclerc, etc., Mr Franchère visita les Iles Sandwich, la Colombie et revint en Canada par la Rivière-Rouge, après avoir parcouru une infinité de pays. Tous les détails de ce long voyage sont Consignés dans un intéressant Ouvrage, publié à Montréal en 1820, et qui a pour titre: Relation d'un voyage au Nord-Ouest, de 1810 à 1814. A la tête de cette entreprise, on voit figurer le nom de MM. D. McKenzie et J. G. McTavish, dont la Mmunificence a laissé parmi nous des souvenirs, Pendant que son jeune frère contractait ainsi mariage avec Melle Franchère, Mr A. M. de Salaberry devenait membre du Conseil Législatif. I1 avait épousé, de son côté, Melle Emilie Guy. Dece mariage sont nés cinq enfants : Emilie, Hermine, Maurice, Henri et Châteauguay. En France, la famille de Salaberry habite près de Blois, où elle est très-estimée.

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