CHAPITRE IV
Le milieu social des Arouet.
Quels étaient-ils les habitants de ces demeures du xve et du xvie siècles dont les façades massives supportent sans fléchir les étages débordants ? Que savons-nous de la vie de ces bourgeois de petite ville, qui voilà trois à quatre cents ans franchissaient le seuil des portes ogivales, étroites et basses qui conduisaient aux vastes salles de ces vieux logis? Jusqu'à présent nous en connaissons peu de chose en vérité, car l'histoire sociale est encore chez nous une nouveauté. Trop longtemps on a négligé de s'intéresser à la manière de vivre de nos ancêtres et des documents, du plus haut intérêt sur ce point, ont été détruits ou négligés. La généalogie, qui depuis quelques vingtaines d'années a cessé de compiler ou même d'inventer des légendes pour devenir une des branches, et non des moins exactes de la science historique, nous fournit à présent les renseignements les plus utiles à l'histoire sociale, notamment pour cette période de transformation que fut la deuxième moitié du xvie siècle. Quand le généalogiste est sincère l'origine véritable des familles, leurs rapports mutuels, leurs occupations, leur fortune, apparaissent, sous un jour parfois bien différent de celui sous lequel un observateur mal informé eût été porté à les juger.
« Au xive et xve siècles écrit M. Alfred Richard (1), dans f avant-propos de son « Inventaire des Archives du château de la Barre (2) », pendant les guerres qui ravagèrent la France, bien des familles nobles disparaissent, les unes com-
(1) Actuellement archiviste du département de la Vienne.
(2) Chez Ch. Reversé à Saint-Maixent. Le château de la Barre est situé en Gàtine, près de Menigoute. Cet ouvrage en deux volumes, publié en 1861, a devancé de beaucoup la science d'une époque qui ne se piquait guère de connaître l'histoire sociale. On le dirait écrit d'hier.
platement ruinées, d'autres éteintes. Alors des roturiers, de gros marchands des villes qui ont épousé filles de nobles, arrivent peu à peu à la noblesse par la possession suivie de fiefs dont ils rendent hommage ; beaucoup sont hommes de loi, sénéchaux des petites justices
« Le local habité dans les demeures de la noblesse, qui ne différaient souvent de la simple ferme que par l'écusson seigneurial sculpté sur la porte, se compose la plupart du temps de deux ou trois pièces, dans lesquelles, comme aujourd'hui dans nos campagnes, se trouvaient plusieurs lits. La chambre était en outre garnie d'une table, de bancs tournés, de quelques escabeaux, de marchepieds et surtout de coffres dans lesquels sont renfermés les vêtements, le linge et les titres de famille et de propriété... »
« La noblesse des champs était peu fortunée ; sa manière de vivre ne différait guère de celle des tenanciers, ses voisins : vers 1510, Pernelle Légier, à qui doit revenir un jour une fortune considérable, va tout enfant « en une petite robe » garder les oisons.
« Pour nous renseigner sur cette situation, il n'y a rien de plus précieux que les inventaires faits après décès : même au xvne siècle rien n'y respire le luxe, à l'encontre du mobilier du gros marchand, où les livres et objets précieux se retrouvent en grand nombre. »
Tout cela s'applique intégralement à la deuxième moitié du xvie siècle avec cette différence pourtant que l'anoblissement à tierce foi ayant été rayé de la coutume, la longue possession des fiefs n'ouvrait plus les rangs de la noblesse aux roturiers. Il leur fallait pour y pénétrer acquérir quelqu'une des charges qui la conféraient. Poitiers était la grande ville la plus proche où l'on trouvât ces charges recherchées. Il en résultait que les riches bourgeois qui répugnaient à quitter leur Gâtine, continuaient leur commerce ou l'exercice de leur office de robe sans apporter à la noblesse l'appoint d'une fortune parfois considérable.
Pour se faire une idée exacte de ce qu'était cette bourgeoisie des petites villes de la Gâtine, il convient de se rappeler aussi que plus d'un de ses membres n'avait pas hésité au cours des guerres de religion, à monter à cheval et à faire campagne aux côtés des gentilshommes. Tel ce notaire de Parthenay, Généroux, qui a laissé des mémoires infiniment
curieux. Il est probable que les bourgeois catholiques de Saint-Loup firent de même et que leur courage contribua à préserver leur ville quand le seigneur de la Trémoille, commandantl'armée protestante du roi de Navarre, assiégea vainement Saint-Loup du 1er au 5 septembre 1588. Leur zèle s'était-il ralenti trois ans plus tard ou répugnaient-ils à résister au roi légitime ? En février 1591, le seigneur de Malicorne, gouverneur pour le roi en Poitou, prenait dans le château, Jean de Tusseau, seigneur de Maiespine, qui occupait Saint-Loup depuis 1590 pour la Ligue (1).
Qu'on rapproche cette camaraderie de combat de la supériorité pécuniaire des bourgeois, il sera facile d'en conclure qu'en la vie de tous les jours ils marchaient de pair avec la petite noblesse et se confondaient souvent avec elle.
Les vieilles maisons de Saint-Loup en demeurent les témoins. Leurs rez-de-chaussée servaient sans doute de magasin et de boutique. Leurs larges et confortables escaliers de pierre tournants, les vastes salles ornées de monumentales cheminées qui forment les deux ou trois étages du logis, étaient disposées pour recevoir les mobiliers — luxueux pour l'époque — dont il a été question plus haut, et qui manquaient dans plus d'un manoir.
A étudier les principales familles de Saint-Loup dans les soixante-quinze années qui suivent 1550, on a bien l'impression qu'elles demeurent les maîtresses à peu près incontestées de leur petite ville.
La noblesse campagnarde ne pouvait, nous venons de le voir, leur porter ombrage. Et les hauts et puissants seigneurs étaient loin.
La baronnie de Saint-Loup appartient au milieu du xvie siècle aux Gouffier. Les Gouffier comptent alors parmi les plus illustres familles de France. Leur chef Claude, duc de Roannez, séjourne à quelques lieues de Saint-Loup dans son magnifique château d'Oyron ; il néglige d'habiter celui de Saint-Loup. La Baronnie échoit à un de ses fils cadets, Claude Gouffier, comte de Caravas qui ne semble pas non plus avoir résidé souvent à Saint-Loup, bien que M. Bélisaire Ledain (1) lui attribue la construction du nouveau château en 1609. En 1631, les minutes du notaire
(1) Paysages et Monuments du Poitou, tome VII.
Perrin conservent la trace du passage de Très Haut et Puissant Seigneur Messire Louis Goufûer de Boisy, Comte de Caravas et de Passavant, Baron de Pouzauges, Saint- Loup et Cremilles, le dernier seigneur de la famille Gouffier. Il ne dut séjourner que quelques semaines au château à en juger parl'activité qu'il déploya à régler ses affaires.
A une lieue de Saint-Loup, la baronnie d'Airvault est aux mains des Yzoré, marquis de Pleumartin. Ces puissants seigneurs jugent trop étroit le château-fort qui abritait les Liniers et ne résident pas à Airvault.
Les deux baronnies voisines sont donc gouvernées par les agents des seigneurs : sénéchal et procureur fiscal pour l'administration et la justice, receveurs ou fermiers généraux pour la gestion. Et ces agents appartiennent tous à la bourgeoisie, et presque sans exception à la bourgeoisie locale.
A Saint-Loup ces personnages sont de la parenté ou de l'entourage des Arouet. En 1549, le juge châtelain est Antoine Clabat, fils de Jacques, bourgeois de Saint-Loup (1), d'une famille depuis longtemps établie dans le pays. Nous retrouverons les Clabat en relations d'affaires avec Helenus Arouet au sujet de la seigneurie de la Routte.
Jean Montault est receveur de la baronnie en 1547 (2), père sinon aïeul de Marie Montault, première femme d'Helenus Arouet, il était encore receveur quand il passa bail le 13 juin 1559 (3) avec Pierre Marteau, laboureur à bœufs pourla métairie du Puy-Terroys (4). Helenus Arouetdeviendra lui aussi seigneur du Puy-Terroys (5) qu'il tenait évidemment du chef de sa première femme descendante de Jean Montault.
Mathieu Camus est procureur fiscal de Saint-Loup en 1594 (6). Son fils Hillaire, sr du Coulombier, avocat en parlement et au siège présidial de Poitiers, occupera dans la première moitié du xvne siècle le poste de sénéchal, juge ordinaire de la ville et baronnie de Saint-Loup (7). Les Camus devaient resserrer par une alliance les liens d'amitié qui les
(1) Dict. hist. et généal. des familles du Poitou, tome II, p. 504.
(2) Paysages et Monuments du Poitou, tome VII.
(3) Archives des Deux-Sèvres, E 1942.
(4) Aujourd'hui Puyterré, village près de Saint-Loup.
(5) Archives des Deux-Sèvres, E 1942.
(6) Dict. hist. et généal. des familles du Poitou, tome II, p. 113. (7 Minutes de Suyre, 24 novembre 1655.
unissaient aux Arouet, Gabriel Camus, sr du Couiombier, fils du sénéchal et Jacques Suj^re, greffier de la ville et baronnie de Saint-Loup, fils de René et d'Hélène Arouet, épousèrent les deux sœurs, Renée et Mathurine Pallu, filles de Mathurin Pallu, sr de la Martinière et de Catherine Charrier (1). Un Camus, peut-être frère de Mathieu, remplissait les fonctions de notaire de la baronnie de Saint-Loup, en 1553 et en 1572 (2).
Parmi les autres notaires de la ville nous trouvons Baranger en 1551 (2), Ogeron en 1571 (2), Lorrayne à la fin du du xve siècle, Bessonneau en 1612 (3), Berthonneau en 1617 (4), et Samuel Arouet de 1608 à 1643 (4). Tous ces personnages sont liés à Helenus Arouet par des relations de famille, sinon par des liens de parenté.
Georges Ogeron, licencié es lois, sr du Petit-Moiré est sénéchal de Saint-Loup en 1584. Sa femme Renée Pouzineau est proche parente des Arouet. Georges Ogeron, du chef de sa femme transige avec les Arouet le 8 avril 1584 pour le partage d'une métairie sise au village de Jumeaux qui appartenait depuis plusieurs générations à la famille Pouzineau (5). Philippe Ogeron, seigneur de Moiré, fils de Georges, s'apparentera de nouveau aux Arouet en épousant Catherine Pavin, fille de Paul Pavin, sr de la Maison Neuve Molay et de Catherine Parent, cousine des Arouet par sa mère.
Hilaire Baillif, fermier général de l'abbaye d'Airvault, paraît également dans cette pièce de 1584, comme curateur de Renée et de Marie Pouzineau avant leur mariage avec Georges Ogeron et Bernard Blouyn. Il semble bien qu'il était de la même famille que Vincent Bailly ou Baillif, sr de la Cantière, qui épousa Françoise Arouet, fille d'Helenus (6).
Nous venons de rencontrer un fermier général. Il importe
(1) Notes généalogiqaes sur une branche de la famille Pallu. Société française d'imprimerie et librairie. Poitiers, 1899.
(2) Papiers de la Maisonneuve-Molay communiqués par M" Baufine, notaire à Parthenay.
(3) Archives des Deux-Sèvres, E 1942.
(4) Minutes d'Arouet, notaire à Saint-Loup.
(5) Archives de la Vienne, EN 233.
(6) Cet Hilaire Baillif n'était probablement pas le père du Sr de la Cantière, car le Dictionnaire des Familles du Poitou, tome II, p. 248, cite ses trois enfants, François, Philippe et Marguerite, qui furent condamnés par arrêt du Parlement de Paris en date du 4 décembre 1599 à payer 1.012 écus 5 s. 6 d. à Georges Ogeron pour solde du compte de curatelle de sa femme Renée Pouzineau.
de dire un mot de cette profession qui avec celle de marchand tanneur paraissent les plus considérées et les plus lucratives pour les bourgeois de Saint-Loup qui ne sont pas de robe.
Les revenus d'une seigneurie — nous ne parlons pas de ceux des domaines — étaient infiniment complexes à recouvrer. Sans compter les dîmes inféodées grandes et petites, la première levée sur les poulains, veaux, agneaux, toisons et gorreaux, la seconde frappant les blés liés et déliés, les laines, les lauffects (fils préparés pour faire la toile), lins, chanvres, potages (pois, fèves, navets et autres légumes) (1) qui étaient perçues en nature à moins qu'il ne fut convenu d'un abonnement annuel ; sans parler des droits de terrage et de complant, le principal revenu des terres nobles se composait des cens et rentes.
Or si le cens se payait en principe en deniers, ces deniers étaient parfois transformés en nature. La rente, elle, se réglait presque toujours en blé, en seigle, en chapons ou gélines. Vu le nombre des censitaires il était difficile de recueillir leurs devoirs : si un petit seigneur dévorait au long de l'année les volailles et les céréales de ses rentes, et les touchait lui-même, il n'en pouvait être de même dans un grand fief où le seigneur ne résidait pas. Deux systèmes se présentaient : la régie directe au moyen d'un fonctionnaire nommé receveur. C'est ce système que nous avons vu appliquer à la baronnie de Saint-Loup au milieu du xvie siècle avec Jean Montault, ou bien la mise en ferme à prix certain.
Le fermier général d'une baronnie comme celle de Saint- Loup et de Crémilles devait être un homme riche, pour avancer en argent au baron les rentes qu'il recueillait en nature, et un homme actif pour se débarrasser avec bénéfice des grains et animaux qu'il avait reçus. L'affaire était tellement importante qu'en général une société de fermiers généraux en prenait l'entreprise. En 1527, Gabriel Pidoux, Jean Frère et Nicole Clabat afferment à Hélène de Genly dame de Saint-Loup (2). Ce bail nous apprend que la dame s'est réservé seulement les nominations, dispositions et patronages de tous bénéfices et offices, comme aussi le château et les douves qui l'entourent « que les fermiers pour-
(1) Inventaire des Archives du Château de la Barre. Avant-propos.
(2) Archives des Deux-Sèvres, E 1877.
ront demeurer audit château, mais ils devront s'en déloger chaque fois que ladite dame voudra y venir. » C'était en somme pour eux tenir la place du seigneur et on saisit sans peine la situation d'hommes dont tous les habitants d'un pays, — temporairement il est vrai — dépendaient. Du reste à examiner les personnages que nous venons de citer, nous verrons qu'ils sont les auteurs de la fortune de leurs familles.
Jean Frère — dont la descendance mâle existe encore — donna naissance à une puissante famille bourgeoise qui tint un rang distingué en Thouarsais. Sa fille Jacquette, épousa Pierre Montault, receveur du château de Saint-Loup en 1538, père sans doute de Jean Montault. Gabriel Pidoux semble également avoir été le gendre de Jean Frère. Les Pidoux n'ont pas tardé à acquérir la noblesse et à prendre place parmi les meilleures maisons du Poitou (1). Quant à Nicole Clabat il ne paraît autre que Nicolas Clabat. Ec. seigneur de la Routte, maire de Poitiers en 1532, qui de ce fait devint noble ainsi que sa lignée (2).
Les fermiers généraux alternent à Saint-Loup avec les receveurs au cours duxvr0 siècle ; Jean Baguenard, déjà receveur, prend la ferme pour neuf ans, l'année 1561 (3) : En 1631, Pierre Garault et Mathurin Pallu (4) sont fermiers généraux de la baronnie. Paul Pavin, sr delà Fuye, se trouve en 1625 fermier généra] delà seigneurie du Coudray et demeure au château de Louin (4). Il est proche cousin d'Helenus Arouet cas son père Paul Pavin, Sr de la Maison Neuve Molay a épousé Catherine Parent. L'aïeul Pierre Pavin, marchand à Saint-Loup possédait déjà de nombreuses terres à la Maison Neuve Molay dès 1551 (5). Ces trois générations de Pavin semblent s'être enrichies dans les fermes générales. Jean Pavin, sr de Beaumont, descendant des s1'5 de la Maison Neuve Molay, anoblira sa branche en devenant maire de Poitiers en 1647 (6).
Les marchands tanneurs font eux aussi partie de la bourgeoisie. Il semble qu'au xvie siècle, à cette époque de guerre,
(1) Dict. hist. et généal. des familles du Poitou, tome III, p. 197.
(2) Dict. hist. et généal. des familles du Poitou, tome II, p. 5.
(3) Archives des Deux Sèvres, E 1877.
(4) Minutes d'Arouet.
(5) Papiers de la Maisonneuve-Molay.
(6) Généalogie autographiée des Pavin avec blasons. Bibliothèque de Niort.
où l'on porta moins de pourpoints de soie que de corselets de buffle, les tanneurs aient tenu dans la société la place qu'occupèrent aux deux siècles suivants les marchands de « draps et S03res ». Le commerce des « marchands cuirassiers », comme on les appelait souvent au xvie siècle, nécessitait une mise de fonds considérable pour un temps où l'argent se faisait rare. Les procédés de tannerie étaient très lents et il s'écoulait de un à deux ans avant que le produit brut, devenant un produit manufacturé et négociable fit rentrer avec bénéfice l'argent avancé. A Saint-Loup les tanneurs, à leurs tanneries proprement dites, joignent des moulins à tan. Les bords du Thouet sont leur chose et on peut présumer qu'ils habitaient les maisons du côié droit de la grande rue en allant du chàlcau vers l'église dont les jardins s'étendent jusqu'à la rivière. Ces demeures sont du reste les plus vastes et les plus belles.
Daniel Perreau, marchand tanneur, a épousé Esther Ferré, sœur ou cousine germaine de Samuel Ferré Ec. Sr de la Fayolle (1). Mort avant 1618 (1) il pourrait être le fils de Mathurin Perreau, époux de Jeanne Arouet, mort avant le 8 avril 1584 (2).
Pierre Pavin, neveu de Paul Pavin, sr de la Maison-Neuve Molay, appartient à la même profession qu'Helenus Arouet. De même peut-être Mathurin Pallu avant son mariage avec Marie Pavin, sœur de Pierre (4).
Les Suyre, famille à deux reprises alliée aux Arouet, fournissent des membres à la corporation, tel Jacques Suyre, fils de René et d'Hélène Arouet (1), marchand tanneur en 1613. Il épousa Antoinette Lorrayne et maria le 20 mars 1634 (3) son fils René, greffier de la Ville et baronnie de Saint-Loup, avec Hélène Arouet, fille d'Helenus.
Deux générations d'Arouet s'adonnèrent à l'industrie de la tannerie : Helenus Arouet, mort en 1625 et son fils Helenus, mort en 1631.
Dans tous les actes, les familles que nous venons de citer reçoivent des qualifications qui prouvent l'estime dans laquelle
(1) Minutes d'Arouet.
(2) Archives de la Vienne, EN 233.
(3) Minutes de Perrin.
(4) Contrat de mariage du 23 juin 1602, passé à Saint-Loup devant Lorrayne, notaire. (Archives de la famille Pallu.)
elles étaient tenues. Le titre de maître n'est pas réservé seulement aux gens de robe : il s'applique à tout notable bourgeois : Honorable homme ou honneste personne détermine indistinctement robins et marchands, la première qualification paraissant plus flatteuse que la seconde. « Sire » s'emploie pour les marchands, précédé ou non d'honorable homme ou d'honneste personne. Quand un bourgeois se sent sur le chemin de la noblesse : un Clabat, un Pidoux, un Ogeron, un Pavin, un Camus, il se fait donner sans hésiter du « noble homme ». Pierre Arouet, devenu avocat du Roi en l'élection de Thouars, agira de même (1).
Les femmes de la bourgeoisie, des environs de 1600 jusqu'au milieu du siècle, reçoivent toutes la qualification de « dame» : « damoiselle » désigne plutôt les femmes nobles.
De ce qui précède qu'on veuille bien retenir au moins ceci : les Arouet, marchands tanneurs, n'étaient point, comme on serait porter à le penser, de petits boutiquiers d'une infime bourgade. Us comptaient à la tête d'une classe moyenne riche et solidement établie. De cette classe moyenne — des parents et amis des Arouet — quatre familles sortirent dès le début du xvne siècle pour entrer dans la noblesse par les charges les plus honorables. Les Clabat, les Pidoux, les Ogeron et les Pavin ont compté parmi les bonnes maisons de leur province. Quant aux Arouet on ne saurait oublier qu'ils se sont éteints en la personne d'un gentilhomme de la chambre du Roy. Qui sait si ce titre qui faisait de lui un noble authentique n'a pas été, — au fond, — plus sensible à Voltaire que bien des adulations ?
(1) Minutes d'Arouet, 1er septembre 1631.