‹ La Famille Demers d'Etchemin, P.QChapitre 14 sur 38 · L.-j. Demers, M, P · texte numérisé non relu

L.-j. Demers, M, P

Louis Julien Demers, M. P.

Né à Etchemin le 9 décembre 1849, — Fréquente les écoles de la paroisse. Voyage aux Etats-Unis en 1873. — Au collège de Lévis en 1874-75. — Commis chez J.-B. Michaud (i87!;-i88o). — Prend magasin à vSt - Romuald en 1880. — Se marie en 1882 avec Elmina Giroux. — Prospérité de ses affaires. — Elu successivement, commissaire d'écoles, conseiller, maire et marguillier. — Se retire du commerce en 1S97. — Sa carrière politique. — Elu en 1897, en 1900 et en 1904, — Caractère de sa vie politique — Sa mort le 29 avril 1905. — Ses enfants.

Louis- Julien Demers, né à Etchemin le 9 décembre 1849 et baptisé à St Jean-Chrysostôme, était le second enfant do Benjamin Demers et de Félicité Carrier, de St Romuald. Il a passé son enfance et l'on peut dire presque toute sa vie sur ce sol choisi par le premier ancêtre des Demers, et il a été à même d'en connaître tous les coins et recoins, tous les événements et aussi tous les personnes qui y ont passés pendant un demi siècle.

Comme ses frères et sœurs, il a suivi les classes des écoles de la paroisse, où l'on enseignait à lire, à écrire, à comi»ter et où Ton donnait quelques leçons d'histoire, do géographie et d'anglais. Le jeune Louis avait un caractère un peu vif et impétueux et il avait souvent le mot pour rire ; ce qui lui attira quelquefois de vertes réprimandes de la part des maîtresses justement indignées de ses saillies iratempestives. il fut évident de bonne heure qu'il voulait gagner sa vie autrement que par la culture do la terre. Un professeur anglais — M. Smith— lui donna quelque temps, des leçons d'anglais, d arithmétique et de télégraphie, et bientôt il voulût, comme bien d'autres, aller tenter fortune aux Etats- Unis, en 1873. Malheureusement les affaires se trouvaient alors paralysées pur une crise financière dans plusieurs Etats de la république américaine. Il a raconté lui même que, lors de ce voyage, il a essayé un peu de tout, sans trouver ce qu'il débirait.

Il revint au pays et sur les instances de son frère Bjnjamin, devenu depuis le 1er août 187-1:, préfet des études au collège de Lévis, il entra au collège, dans la classe d'affaires^ alors conduite par le professeur Duncan, pour y apprendre à fond la tenue des livres. On peut affirmer que cet hiver de 1874 75 fut passé par le jeune Louis dans un travail assidu et opiniâtre et que pas une minute ne fut perdue.

Au printemps de 1875, il fit hon entrée, comme commis, de la maison de M. J. B. Michaud, l'une des plus importantes maisons faisant le commerce de marchandises sèches dans la ville de Lévis.

*' Les nobles efforts du jeune enfant, dit le Quotidien, pour fie frayer une voie dans la vie sont dignes d'être cités comme exemples, à la jeunesse.

" Ils démontrent au début de l'existence l'homme de caractère et le vertueux, que serait le futur député de Lévis.

" Lee débuts de L. J. Demere furent modestes ; on le voit simple commis chez J. B. Michaud de cette ville, où \\ donna la mesure de son talent et de son travail toujours consciencieux'' (1er mai 1905).

Ces paroles du Quotidien, M. Michaud, son patron encore vivant, nous les a redites bien souvent, presque dans les mêmes termes.

En 1880, après un apprentissage do cinq ans dans la marchandise sèche, il voulut essaj^er ses ailes et avec un capital de quatre à cinq cents piastres, il prit magasin à St Eomuald, dans une partie de la maison appartenant à F. X. Guyy, et faisant le coin du chemin du roi et de la route Taniata.

L'endroit était central, mais le local était petit et des plus modestes. C'est là que L. J. Demeis commença, avec l'aide d'un commis, à mesurer du galon et de l'indienne, à «on propre compte.

Son principe que nous nous permettons de soumettre à tous ceux qui commencent un commerce avec un petit ■capital, fut celui-ci : " augmenter le stock quanl on peut le payer et sauver tous les escomptes ". Si on lui objectait qu avec cela il faut aller bien lentement, il répondait aussitôt à peu près dans les termes du proverbe italien qu'il ne connuissait ]ias peut-être : " Qui va lentement, va sûrement €t qui va sûrement va loin " — " CM va piano va sano, chi va sano va lontano "•

C'est là, tout le secret de la vie commerciale do L. J, Demers.

Au printemps de l'année suivante«(1881) il demanda à «on propriétaire un agrandissement du local, pour son commerce qui avait pris une certaine extension ; mais comme on fut dans l'impossibilité d'accéder à sa demande il déménagea un peu plus loin, au côté nord du chemin, dans la

maison aujourd'hui occupée par M. le notaire Lemieux.

Il s'y trouva plus à l'aise pour agrandir le champ de son commerce suivant les circonstances et d'après sa ligne de conduite. Il prit son logement dans le haut de la maison, et le 30 octobre 1882, il se rendit à l'église de StJean- Chrysostôme pour y chercher une compagne de sa vie, de ses espérances et de son bonheur sur cette terre. La cérémonie du mariage fut présidée par son frère Benjamin, alors curé de St-Grilles de Beaurivage.

L'épouse s'appelait Elmina Giroux. Elle était née à St- Jean-Chry&ostôme,le 15 janvier 1853, et était fille de Pierre Giroux marchand, et de M. Loui-e Bourassa, de la paroisse de St Jean Chrysostôme. Elle était la petite nièce de l'ancien curé de St Jean Chrysostôme, M. P. Beaumont,

" Mme Demers, dit le Quotidien du 1er mai 1905, a été une charmante et digne collaboratrice des œuvres de son mari et a continué dans son intérieur les helles pratiques de vertus familiales de tradition dans les familles Giroux et Demers." Il est de toute certitude que " Mme Demers ne contribua pas peu par ses qualités aux succès toujours croissants de son mari ", dit un ami, dans le Soleil du 1er mai 1905.

On doit avouer que depuis 1882 jusqu'à 1896 les affaires de L. J. Demers suivirent constamment une marche ascendante de progrès et de succès ; à tel point qu'en 1888, il crut devoir acheter la propriété de F. Nolin à environ un arpent de son magasin pour y transporter ses marchandises et s'y mettre plus à l'aise dans un local plus vaste et mieux aménagé. ^

C'est à peu près vers ce temps (en 1889) qu'il acheta les propriétés de M. Hall à Etchemin et qu'il devint ainsi grand propriétaire de maisons à vendre ou à louer, dans ce beau village.

C'oat alors aussi, que les honneurs do la paroisse coramencèreiit à tomber sur lui. " Toujours humble.et modeste i^ ne cherchait quàs'etîacer contrairement à tant d'autres qui ne cherchent qu'à se mettre en évidence pour se faire voir Il occupa tous les postes d'honneur sans les avoir cherchés." (Un ami, Soleil 1er mai 1905).

Il fut commissaire d'écoles, il fut conseiller et maire de la paroisse. — Il était «laire lors de l'inauguration solennelle du pont Garneau par l'honorable Honoré Mercier — Il fut aussi appelé à occuper une place au banc d'oeuvre des marguilliers.

On peut dire que dans toutes les places où il a été appelé par le choix de ses concitc'jens, il a rendu de grands services par sou expérience des affaires, par sa prudence et son esprit méthodique. Quoique descendant de Normand, il n'aimait point la chicane et les procès pour le s?eul plaisir de plaider,* et par des bons conseils de paix il a réussi plusieurs foi^ à régler bien des difficultés.

En 1896, il s'était contftruit une grande et belle maison^ voisine de son magasin et " il se retirait du commerce pour jouir d'un repos bien mérité et vivre tranquille dans sa paroisse au milieu de sa famille et de ses amis : mais il est dit quil n'y a pas de bonheur parfait ici bas. En 1897, à la mort du regretté Dr Guay, député du comté de Lévis, il n'y eut qu'une voix dans toute la division électorale pour le proclamer conime son successeur au mandat. Ce ne fut que 8wr les instances pressantes do ses amis qu'il consentit à accepter le mandat de Lévis pour éviter une élection au comté.

" Son élection fut faite à l'unanimité.

" Ses bons rapports avec les électeurs augmentèrent encore par la suite sa popularité.

" En 1900, aux élections générales, i! remporta la victoire

tfur 8on concurrent le notaire Dumontier par une majorité de plus de 800 voix. En novembre 1904, le parti conservateur, désireux de remporter le beau comté de Lévis lui opposa un de ses plus forts lutteurs, M. Jos. Luvery, avocat de Québec, qui fut défait par 975 voix." (Un ami — Soleil du 1er mai 1905).

L'Evénement du 1er mai 1905, dit la vérité quand il affirme que :

" A la moit du Dr Guiiy, Laurier mis au fait des aspirations multiples de ees amis qui menaçaient de gâter la situation | olitique, au point de vue libéral, demanda à M. Demers d'accepter la candidature.

M. Demeis consentit "

Malgré son désir de rentrer dans la vie privée, et malgré son faible état de santé, il fut obligé, sur les mêmes instances, d'entrer en lutte eu 1900 et surtout en 1904 alors que la maladie qui le minait depuis plusieurs année* faisait en lui des ravages sérieux. Cette dernière lutte fut dirigée par M. Cléophas Blouin, député à la Chanibre locale, son propre fils Eaoul Demers, étudiant en droit et des amis de la cause libérale.

Le ré.>-ultat fut une grande victoire, comme la dit Vami cité plus haut.

La popularité dont il a joui sans conteste dans le comté de Lévis, il la devait sans doute à la grande politique libérale de Laurier qu'il promettait d'appuyer de son vote, il la devait aussi à l'appui constant, aux encouragements, aux bons conseils, aux espérances bien souvent réalisées qu'il se plaisait à donner, avec patience, en tout temps et tout lieu, par lettre ou de vive voix, aux représentants de la classe ouvrière ; mais suivant nous, il la devait principalement à sa franchise, à son honnêteté et à son bon jugement. Et à ce sujet, nous citerons de préférence les paroles du Quotidien.

" Quoique ne partageant pas f^ea opinions politiques nous avons toujours admiré sa franchise et son honnêteté.

'* M. Demers eht un homme franc et loyal et quand une fois il a donné sa parole, on sait qu'il la tient, car c'est la parole d'un gentilhomme.

*' M. Demers a obtenu pour le comté de Lévis une foule d'améliorations nécess^aires ))endant son terme de député ; ces améliorations ont été faites, par son entremise, par l'administration Laurier et les citoyens lui doivent une dette de reconnaissance (25 mars 1905).

" La carrière politique (de L. J. Demers) a été modeste, mais toute de droiture.

" Il était un de ceux qui ne sacrifient pas à un principe...

" M. L. J. Demers n'avait pas d'ennemis, sa franchise et sa loyauté lui avaient attiré l'estime et la considération de tous

*' M. Demers n'était pas un discoureur, mais c'était un travailleur, un tenace et son jugement et ses conseils auto, risés étaient écoutas de ses chefs... (1er mai 1905).

L. J. Demers parlait facilement en conversation avec ses amis et au besoin plaidait sa cause avec feu et facilité de paroles, mais en public, devant un auditoire un peu considérable, il était, dit on, comme M. Tardivel, le grand écrivain de la Vérité de Québec, il ne pouvait balbutier que quelques paroles. Mais cette gêne et ces paroles entrecoupées avaient leur éloquence dans la bouche de l'honnête komme d'action qui les prononçait.

" Dans les conseils, dit M. Alfred Cloutier, sa modestie et l'absence complète de prétention donnaient plus de poids à sa parole que l'éloquence même.

" Nous nous rappelons toujours la brève allocutien qu'il fit à ses constituants, à St-Romuald, le soir de son élection en novembre dernier. " Je vous remercie, mes amis, dit il,

de l'honneur qu) vous venez de me faire ; mais je sais que ce n'ebt pas à ijtuse de mes qualités personnelles, de mes talents, quo vous m'avez élu ; c'est Sir Wilfrid Laurier, cett le minisurc qui est la tête des affaires, c'est le programme qu'il b'e>t imposé et que j'irai appuyer de mon vote, que vous approuvez ". " Et il était sincère, nous étions à ces eoti's. Ces quelques paroles où la vanité n'avait pas grande part, firent plus d'effet que le plus éloquent discours. Un cri d'enthousiasme s'éleva de l'assemblée qui le porta en triomphe jusqu'à sa demeure ". (Un souvenir, Soleil^ mai 1905; .

La maladie de L. J. Demers, aggravée par la lutte électorale, le força à garder la maison dès le mois de décembre 1904, à peu près un mois après la victoire.

Il devait y passer l'hiver dans les souffrances, et être incapable même d'aller se faire assermenter à Ottawa, et de siéger au moins une fois à la chambre, comme il l'aurait désiré, pour faire plaisir à son chef et à ses amis du comté de Lévis.

Se voyant sérieusement frappé, en bon chrétien plein de foi, et pratiquant qu'il était, il régla ses affaires de conscience, et il revit son testament.

Il eut le temps de donner des bons conseils à sa femme et à ses enfants, et tant qu'il conserva la parole c'est à-dire jusqu'à un mois avant sa mort, il put s'entretenir — quoique péniblement — avec ses amis des choses de la politique, des affaires municipales de la paroisse, etc.

Il a eu alors l'occasion d'émettre son opinion sur bien des questions de commerce, de travaux du gouvernement et du conseil municipal, de spéculation à la bourse, etc.

Nous nous rappelons l'avoir entendu condamner formellement les opérations de la bourse comme étant l'œuvre du hasard ou de la chance, et non point l'œuvre de Tintelli-

gence, et de l'industrie personnelle ou du travail de l'homme qui doit 2fagner son pain à la sueur de son front, et il ajoutait : " Ce que j'ai, je l'ai amassé miette par miette, pincée par pincée. J'espère que mes enfants ne risqueront point de le perdre dans les jeux de la bourse ".

Au mois de mars, le cancer d'estomac, — maladie qui ne pardonne pas, — était formellement déclarée, d'après les médecins.

Le mois d'avril fut pénible et douloureux. Le malade ne se faisait comprendre que par signes.

Il s'est éteint tranquillement le soir du 2.) avril 1905 à lâge de cinquante cinq ans et cinq mois, en présence de sa femme, de ses enfants et de quelques amis.

Ses obsèques eurent lieu le 3 mai 1905 au milieu d'un cortège immense à l'église de St-Romuald. Le service fut chanté par son frère, Benjamin Demers, prêtre, curé de St Jean-Baptiste de Québec qui alla aussi au cimetière prononcer les dernières bénédictions sur sa tombe avant de le déposer dans le caveau de famille.

Louis Julien Demers avait eu de sou mariage avec Elmina Giroux dix enfants dont cinq sont décédés en bas âge.

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