‹ La famille du baronChapitre 26 sur 35 · VARIN VILLE · texte numérisé non relu

VARIN VILLE

Qu'est-ce que cela signifie?... {Haut.) Il faut dire aussi quaprès cette vie agitée madame la vicomtesse n'a plus coulé que des jours calmes et tranquilles , au sein des arts et de l'amitié.

SAINT-YVES

Ah ! oui... les arts que j'aime d'instinct et de passion , et que j'ai cultivés dans mon printems, j'ose dire avec un certain succès, et qui m'ont fait faire la conquête de M. de Varinville mon dernier mari... que je crois voir encore, avec son lorgnon et ses ailes de pigeon... un dilettante qui adorait ma voix... car je chantais autrefois comme madame Malibran.

AlR du Concert à la Cour *.

Dans un air de Ma Tante Aurore , Une cadence le charma; Le lendemain, plus tendre encore, Une roulade l'enflamma.

11 vint chez moi car près des belles

L'Amour voltige sans façon.

Lorsque l'Amour, outre ses ailes, Porte des ailes de pigeon.

Enfin il m'enleva; et voilà comment je fus séduite pour la seconde fois.

Mlle JUDITH.

Pour la seconde fois !

VARINVILLE.

Matante se trompe... elle confond dans ses souvenirs.

* Ce couplet peut se passer. Après les mots : un dilettante qui m '« dorait , on va tout de suite à : et qui m'enleva , voilà comment je fus séduite pour la seconde fois , etc.

'^ AUDEVILLE ÉPTSODIQUE. 5 ;

SAINT-YVES

C'est possible... j'avais si peu d'expérience , j'étais si jeune quand j'ai quitta le toit paternel... Mon père, pâtissier du roi... (mouvement de tout le monde) une charge qui donnait la noblesse, toujours en bas de soie, l'épée au côté , brutal de caractère , nous donnait p!us de soufflets que de tartes aux pommes, plus de coups de pied que de croquignoles... Un jour, à la suite d'une vivacité paternelle, plus vive que de coutume , je pris mes jambes à mon cou, et mes chers parens n'entendirent plus parler de moi. (Chantant.)

Non, non, non, j'ai trop «le fierté Pour me soumettre à l'esclavage.

DESTAILLIS, et la famille se regardant.

Voilà qui est inconcevable.

SAINT -YVES, continuant de chanter.

Dans les liens du mariage Mon cœur ne peut

(S' interrompant*) Pardon, je ne suis pas en voix aujourd'hui... et puis cet appartement est un peu sourd.

VARINV1LLE, à part, avec humeur.

11 est bien heureux.

SAINT-YVES

Si vous m'aviez entendu chanter cet air dans la salle de Toulouse.

OSCAR. Madame a brillé à Toulouse ?

SAINT-YVES

Oui, monsieur., .j'y ai joué un certain rôle... Qu'est-ce que je dis?... j'en ai joué plus d'un... j'ai tenu, pendant trois ans, en chef, et sans partage, l'emploi des Dugazoncorsets.

DESTAILLIS.

Qu'est-ce que j'entends là?... vous avez joué la comédie à Toulouse?

SAINT-YVES

Quelle ville, monsieur!... ancienne ville de parlement ..

public sévère, mais connaisseur... Jetais son bijou, sou

enfant gâté... on me passait tout... J'ai fait manquer plus de

vingt spectacles pour des parties de plaisir... Je ne crai-

gnais rien... j'avais le maire dans la manche... il était amoureux de moi...

TOUS

C'est une horreur !...

SAINT-YVES

Vous l'auriez été comme lui, si vous m'aviez vu danser la cosaque. ( Il fait quelques pas en chantant la Puisse : Tra , la y la , la. )

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