‹ La famille du baronChapitre 7 sur 35 · VARIN VILLE · texte numérisé non relu

VARIN VILLE

C'est une ancienne demeure féodale , appartenant à une des premières familles du Vendômois... au vicomte Destaillis, riche propriétaire et gentilhomme arriéré, qui, dans ses idées , aime mieux de vieilles tourelles quune maison neuve.

SAINT-YVES

Il a raison ; il n'y a pas de comparaison pour l'effet.

VARINVILLE.

Tu ne songes qu'à ta peinture... Tu es donc toujours artiste?

SAINT-YVES

Oui , mon ami... et toi?

VARINVILLE , avec satisfaction.

Au contraire... je suis millionaire.

SAINT-YVES

Cela ne m'étonne pas... En sortant du collège, tu avais déjà des dispositions... tu me prêtais toujours de l'argent.

VARINVILLE.

Je suis encore à ton service : tu n'as qu'à parler.

Merci , mon cher camarade ; je n'ai plus besoin de rien., je suis riche aussi.

VAUDEVILLE ÉPTSODIQUE. iB

VARINVH-LE.

Tu as fait comme moi; lu as joué à la Bourse.

SAINT-YVES

Pas si béte.

Air. de Prêville.

Sur cette route ^où l'ardeur vous emporte,

Trop Je gens se sont égards ; Mais un beau jour la fortune, à ma porte,

Vint à frapper moi, je lui dis : « Entrez. »

Elle frappa ; moi , je lui dis^: « Entrez. » Je te vois rire , ô grand capitaliste: Oui, c'était bien pour moi qu'elle venait; Mais, comme toi, j'en doutais en effet; Car, la voyant entrer chez un artiste , J'avais cru qu'elle se trompait.

VAR1NVIIXE.

C'est un bonheur unique.

SAINT-YVES

Que je partage avec soixante ou cent mille individus... Tu sais que j'étais d'une bonne famille ; mais, ruiné à la révolution, je me suis lancé dans l'atelier de Gérard, de Girodet. . . et , comme tant d'autres , j'ai dit à mon pinceau : « Fais -moi vivre* . . » C'est tout au plus s'il m'obéissait. . . mais j'étais jeune, j'étais amoureux... avec cela tout est beau.

VAIUNVILLE.

Amoureux !

Oui , mon ami. . . un amour de haut étage , au faubourg Saint Germain.... une inclination mutuelle... une jeune personne charmante , que son père emmena de Paris un beau matin , sans me donner son adresse. .. 11 y a de cela deux ans , et j'y pense toujours. . . l'image de ma belle est toujours là. . . dans mon carton et dans mon cœur. . . Mes regrets sont d'autant plus vifs , que-, quelques mois après son départ, je reçus une invitation.

VARINVÏLLE.

A dîner en ville T

SAINT-YVES

A peu près. .. Je t'ai*dit que j'avais eu l'avantage de

i4 LA FAMILLE DU BARON,

perdre à la révolution tout le bien de ma famille.. . Eh bien ! mon ami , on daignait m'admettre , moi , et de nombreux convives , au splendide festin de l'indemnité , où , pour ma part , j'ai été fort bien traité.

VARINVILLE.

Vraiment !

SAINT-YVES

Vingt à vingt-cinq mille livres de rente. . . c'est fort honnête. . . Mais fidèle aux pinceaux qui m'avaient secouru dans la détresse , je ne les ai point abandonnés dans la fortune.. . Je suis resté artiste pour mon plaisir , mon bonheur.. . Je voyage à pied, incognito, courant les aventures... poursuivant ma belle fugitive, que j'adore toujours... et en cherchant une maîtresse, je rencontre, un ami.. . Tu vois que c'est encore une indemnité.

VARINVILLE.

Ah ! que tu es heureux !. . . Un nom , de la naissance et de la fortune.

Cela te va bien ; loi , qui es quatre ou cinq fois plus riche que moi.

VARINVILLE.

Cela ne suffit pas.

SAINT-YVES

Laisse donc. . . est-ce que l'argent ne donne pas tout ?

VARINVILLE.

Cela ne donne pas... de parens.

SAINT-YVES

Des parens !. . . A quoi bon ?. . . il en faut pour venir au monde; mais t'y voilà... et une fois qu'on a Je nécessaire. . .

VARINVILLE, avec embarras.

Oui, quand on l'a.

SAINT-YVES

Est-ce que tu n'as pas, comme tout le monde, no père et une mère î"

VARINVILLE.

Tout au plus.

VAUDEVILLE ÉPISODIQUE. i5

SAINT-YVES

Qu'est-ce que cela signifie ?. . . explique- toi.

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