VARIN VILLE
C'est une ancienne demeure féodale , appartenant à une des premières familles du Vendômois... au vicomte Destaillis, riche propriétaire et gentilhomme arriéré, qui, dans ses idées , aime mieux de vieilles tourelles quune maison neuve.
SAINT-YVES
Il a raison ; il n'y a pas de comparaison pour l'effet.
VARINVILLE.
Tu ne songes qu'à ta peinture... Tu es donc toujours artiste?
SAINT-YVES
Oui , mon ami... et toi?
VARINVILLE , avec satisfaction.
Au contraire... je suis millionaire.
SAINT-YVES
Cela ne m'étonne pas... En sortant du collège, tu avais déjà des dispositions... tu me prêtais toujours de l'argent.
VARINVILLE.
Je suis encore à ton service : tu n'as qu'à parler.
Merci , mon cher camarade ; je n'ai plus besoin de rien., je suis riche aussi.
VAUDEVILLE ÉPTSODIQUE. iB
VARINVH-LE.
Tu as fait comme moi; lu as joué à la Bourse.
SAINT-YVES
Pas si béte.
Air. de Prêville.
Sur cette route ^où l'ardeur vous emporte,
Trop Je gens se sont égards ; Mais un beau jour la fortune, à ma porte,
Vint à frapper moi, je lui dis : « Entrez. »
Elle frappa ; moi , je lui dis^: « Entrez. » Je te vois rire , ô grand capitaliste: Oui, c'était bien pour moi qu'elle venait; Mais, comme toi, j'en doutais en effet; Car, la voyant entrer chez un artiste , J'avais cru qu'elle se trompait.
VAR1NVIIXE.
C'est un bonheur unique.
SAINT-YVES
Que je partage avec soixante ou cent mille individus... Tu sais que j'étais d'une bonne famille ; mais, ruiné à la révolution, je me suis lancé dans l'atelier de Gérard, de Girodet. . . et , comme tant d'autres , j'ai dit à mon pinceau : « Fais -moi vivre* . . » C'est tout au plus s'il m'obéissait. . . mais j'étais jeune, j'étais amoureux... avec cela tout est beau.
VAIUNVILLE.
Amoureux !
Oui , mon ami. . . un amour de haut étage , au faubourg Saint Germain.... une inclination mutuelle... une jeune personne charmante , que son père emmena de Paris un beau matin , sans me donner son adresse. .. 11 y a de cela deux ans , et j'y pense toujours. . . l'image de ma belle est toujours là. . . dans mon carton et dans mon cœur. . . Mes regrets sont d'autant plus vifs , que-, quelques mois après son départ, je reçus une invitation.
VARINVÏLLE.
A dîner en ville T
SAINT-YVES
A peu près. .. Je t'ai*dit que j'avais eu l'avantage de
i4 LA FAMILLE DU BARON,
perdre à la révolution tout le bien de ma famille.. . Eh bien ! mon ami , on daignait m'admettre , moi , et de nombreux convives , au splendide festin de l'indemnité , où , pour ma part , j'ai été fort bien traité.
VARINVILLE.
Vraiment !
SAINT-YVES
Vingt à vingt-cinq mille livres de rente. . . c'est fort honnête. . . Mais fidèle aux pinceaux qui m'avaient secouru dans la détresse , je ne les ai point abandonnés dans la fortune.. . Je suis resté artiste pour mon plaisir , mon bonheur.. . Je voyage à pied, incognito, courant les aventures... poursuivant ma belle fugitive, que j'adore toujours... et en cherchant une maîtresse, je rencontre, un ami.. . Tu vois que c'est encore une indemnité.
VARINVILLE.
Ah ! que tu es heureux !. . . Un nom , de la naissance et de la fortune.
Cela te va bien ; loi , qui es quatre ou cinq fois plus riche que moi.
VARINVILLE.
Cela ne suffit pas.
SAINT-YVES
Laisse donc. . . est-ce que l'argent ne donne pas tout ?
VARINVILLE.
Cela ne donne pas... de parens.
SAINT-YVES
Des parens !. . . A quoi bon ?. . . il en faut pour venir au monde; mais t'y voilà... et une fois qu'on a Je nécessaire. . .
VARINVILLE, avec embarras.
Oui, quand on l'a.
SAINT-YVES
Est-ce que tu n'as pas, comme tout le monde, no père et une mère î"
VARINVILLE.
Tout au plus.
VAUDEVILLE ÉPISODIQUE. i5
SAINT-YVES
Qu'est-ce que cela signifie ?. . . explique- toi.