VA RI N VILLE
C'est que justement le difficile est de l'expliquer. . . . Ne connais-tu pas des ouvrages , d'ailleurs fort estimables. . . mais qui ne portent point de noms d'auteurs iJ
SAINT-YVES
Oui. . . qu'on appelle des productions anonymes.
Eh bien ! . . . voilà ma situation. . . je suis un ouvrage de ce genre.
SAINT-YVES
Et c'est ce qui t'afflige?
Air du vaudeville de Partie et Revanche.
Vraiment , je te croyais plus sage ; Quand la fortune a comblé tous tes vœux ,
De ses dons fais un bon usage,
Amuse-toi, fais du bien tu le peux,
Et tends parfois la main aux malheureux.
En toi , que chacun trouve un frère ; Une famille est bien douce à ce prix.
On ne peut pas se faire un père , On peut toujours se faire des amis.
D'ailleurs , il y a tant de grands hommes qui ont commencé comme toi.. . et M. de La Harpe , et M. d'Alembert.. . et le beau Dunois !
VARINVILLE.
Le beau Dunois ne voulait pas se marier.
SAINT-YVES
Tu veux donc te marier?
VARINVILLE.
Eh ! oui , mon cher. . . je veux m'allier à la famille la plus noble de la province. .. parce que, quand on est riche, il faut un rang , un nom.. • de la considération.
SAINT-YVES
Je croyais avoir entendu dire que tu étais baron.
VARINVILLE.
Baron de Varinville. . . c'est un litre que je me suis
donné.. . J'ai acheté , sur vieux parchemins, une généalogie toute neuve , où je descends d'un Varinville tué à la croisade.
SAINT- YVES
Ces croisades ont été bien utiles pour les familles.
VARINVILLE.
Mais ça ne suffît pas.. . les Destaillis veulent en oulre des parens vivans.
SAINT-YVES
Vraiment !
VARINVILLE.
Il leur en faut.
SAINT-YVES
Et combien ?
VARINVILLE.
Pas beaucoup ; mais enfin ce qu'il faut pour composer une famille raisonnable.
SAINT-YVES
J'entends. . . d'abord un père et une mère. . . c'est de première nécessité.
VARINVILLE.
Non. .. je les ai faits malades ; et l'on peut s'en passer.
SAINT-YVES
C'est une économie. . . 11 ne te faudrait alors qu'un ou deux oncles , une tante et quelques cousins.
VARINVILLE.
Oui , mon ami.
SAINT-YVES
C'est facile j et. . . ( Ecoutant. ) Chut.
AIR : Povera s ignora.
Mais tais-toi ;
Car vers moi Quelqu'un s'avance :
Et j'entends
Des accens Doux et touchans.
Du silence, Ecoutons bien , Ne disons rien.
\ AUDEVILLE ÉPISODIQUE. , 7