SCÈNE IX
Mme POLÎGNY , BERNARD.
BERNARD
Ah! ma foi, j'arrive à temps pour vous donner la main.
Mme poligny , surprise.
C'est vous , Monsieur?
BERNARD
J'ai vu votre voiture. . . Vous allez sortir ?
Mrae POLIGNY.
on , j'ai changé d'idée.
BERNARD
Le docteur a cependant recommandé, . • Mme POLIGNY, avec ironie.
Raison de plus.
BERNARD, gaiement.
Déjà en révolte contre votre médecin! Diable ! prenons £fde! . . . Ce n est pas mon système... Il faut faire tout (1 qu'ils vous ordonnent , dût-on se rendre malade !. . . La s lté avant tout !
Mme poligny, avec impatience.
Eh! Monsieur, je ne me suis jamais mieux portée.
Bernard , la regardant avec plaisir.
En effet ! quel teint animé , quels yeux vifs et brillans !... dîne fait d'autant plus de plaisir , que je viens de renconmon ami , l'adjoint du maire , qui m'a encore dit « Eh bien! à quand le mariage? les bans sont publiés , tout est
La Convalescente. 3
» pr^t, j'attends toujours. . . » Dame, je lui ai dit : a M<
» aussi. »
air : ça t' arrive encore.
Mon sort est bizarre et nouveau ; Depuis bientôt près d'une année L'Amour alluma son flambeau Pour éclairer notre hyménée. . .
« Oh V dit l'adjoint , j'ai peur pour vos amours , » Depuis un an !.. . il est à craindre , » Si le flambeau brûle toujours , » Qu'il ne soit bien près de s'éteindre! » Oui , vraiment, s'il briîle toujours, 11 doit être près de s'éteindre.
Mme poligny , avec dépit.
Vous avez raison, Monsieur j je rougis d'avoir mis voj patience à une si longue épreuve. . . ( Avec un soupir. )1 je suis prête à tenir ma promesse.
Bernard , enchanté.
Est-il possible ! {$' arrêtant.) Mais le Docteur y conse!< il?... " " \
Mme poLIGNY.
Qu'importe î
BERNARD
Je ne veux rien faire sans son avis î
Mme poLIGNY.
Cela ne le regarde pas !
BERNARD
Pardonnez moi. Tout-à-l'heure encore , il prétendait je vous étiez fort éloignée de ce projet; qu'il avait des raisjis de croire. . .
Mme poligny , à part.
O ciel! il pourrait penser. . . (Haut.)~Eh bien! Monsii pour lui prouver le contraire , c'est moi maintenant exige que ce mariage ait lieu sans le moindre délai.
BERNARD
Quoi ! cette semaine?
Mme poLIGNY.
Aujourd'hui même.
bernard , avec joie.
Anjou rd'hui !
( rg )
Mme poLIGNY.
Aux yeux du monde, un plus long retard pourrait pa~ intre étonnant , et faire croire à quelque mésintelligence; atre nous... Ainsi , Monsieur , ( Montrant la table.) mettezans là , écrivez vos invitations, que dans deux heures tout )it fini; partons demain, et ne revenons jamais à Paris. BERNARD , se précipitant à la table , et parlant en écrivant.
Dieux! c'est tout ce que je demande. . . Vite! la circu-
ûref... mon ami l'adjoint!. . . La main me tremble
es témoins ! quelques parens !
Mme poLIGNY.
j Pas beaucoup.
BERNARD
I Le strict nécessaire ! de quoi former une contredanse... /ous allez donc être ma femme! . . . qui est-ce qui m'aurait fit ça ce matin ? c'est comme une tuile qui me tombe . . . vec deux voitures de remise.
( // continue à écrire. )
Mme poLIGNY , à part.
Je serai malheureuse, mais n'importe!
air : Depuis long-temps j'aimais Adèle.
Par un ingrat , si je fus outragée , Que mou hymen le punisse à l'instant; Et pour en être mieux vengée , Tâchons de prendre un visage riant.
A ses regards , soyons heureuse et fièrei Car je puis , malgré ma douleur , Si ma gaîté le désespère , Avoir encor un instant de bonheur...
Goûter encor {bis.) un instant de bonheur.
BERNARD , sonnant.
Madame Béguinet ! madame Béguinet !