SCÈNE VIII
Mme POLIGNY, seule.
En vérité, ma positiondevient fort embarrassante $ quelle imprudence aussi d'aller donner ma parole à M. Bernard ! promettre de l'épouser ! . . . Il faudrait îe suivre , quitter ■ Paris , et Dieu sait les médecins que l'on trouve en pro- ! vince ! cette crainte seule est capable de vous rendre malade!. . . et puis mon futur est sans doute un très-honnête homme. . . ( A voix basse.) Mais cela fera bien le mari le plus ennuyeux. . •
air : Te souviens-tu , ma tendre mère ? ( d'Amédée Beauplan. )
Quand d'un époux qui sut me plaire, Je fus séparée à vingt ans,
Je cru?, dans tria douleur amère ,
Tenir sans peine mes sermens,
Et fuir pour toujours les amans !
Bernard vint m'offrir son hommage ,
C'était un ami. . . je disais
Je puis former ce mariage , D'amour, d'amour , je n'aimerai jamais ! Ah ! mon dieu! mon dieu ! combien je mentais,
En disant je n'aimerai jamais !
Ah! mon dieu! (bis.) ah ! combien je mentais!
DEUXIÈME COUPLET
Pour me punir , un sort funeste
En présente un autre à mes yeux. . .
Sensible, doux, simple et modeste,
Et n'osant m'expriraer ses vœux
Que par des soins si généreux!...
Mon cœur battait en sa présence ,
Et tremblante. . . je répétais,
Ce n'est que de reconnaissance. . .
D'amour , d'amour , je n'aimerai jamais! Ah ! mon dieu! mon dieu ! combien je mentais ,
En disant je n'aimerai jamais!
Ah ! mon dieu ! (bis.) ah ! combien je mentais !
C'est qu* outre son talent , il est fort instruit , fort aimable. . . il cause très-bien , quand ii a la tête à lui ; car parfois il déraisonne... mais ce n'est pas à moi de lui en vouloir , et je crois avoir deviné... ( Regardant l'ordonnance qui est restée sur le guéridon. ) Qu'est-ce que je disais?... encore une étourderie ! écrire ses ordonnances sur des lettres... initier ses malades aux secrets de sa correspondance. . . ( Souriant et prenant le papier. ) C'est fort mal, surtout avec notre sexe, que l'on accuse d'être si curieux. ( Elle jette les yeux dessus. ) Que vois-je?. . „ une écriture de femme ! ( Lisant. ) « Mon cher docteur , je » vous renvoie la déclaration que vous m'avez adressée ce » matin, au lieu de l'ordonnance que j'attendais. » ( D'une voix émue. ) Ah ! il fait des déclarations! . . . ( Continuant. ) « Quelque flatteuse que soit l'expression de vos sentimens, » je ne puis croire à une passion aussi subite. . . » ( S'interrompant. ) La coquette ! c'est pour qu'il la rassure ! . . . {Lisant. ) « J'aime à croire que la blessure n'est pas ni or-
\ telle , et d'ailleurs , personne mieux que vous n'est à I même de la guérir. Venez me voir cependant, pour que je vous gronde , et. . . » Le reste de la lettre manque; jais j'en ai vu assez comme cela. Quelle indignité ! moi ii croyais que son silence était une preuve de sa délicasse , qui supposais . . . ( Essuyant une larme, ) Voilà donc cause de ses distractions !.. . Un médecin qui s'occupe amour , au lieu de s'occuper de son état , qui néglige tous s malades. . . il n'y a plus moyen d'avoir confiance dans t homme là... et bien certainement je ne le garderai us.