SCÈNE XIII
i BERNARD , Mme POLIGNY , avec un bouquet.
,Mme POLIGNY , à part.
ÏL est parti I . . . tant mieux ! . . . je ne le verrai plus ! . . .
Bernard , se levant et prenant un air riant. Ah! vous voilà , chère amie !
Mme POLIGNY.
I Je viens de donner quelques ordres... ïl nous arriva iléjà du monde.
BERNARD
I Déjà? {A part. ) Sont-ils presse's!
Mme poLIGNY.
| Vous ferez Lien de passer au salon. Ah! j'oubliais . . , me lettre pour vous.
( Elle la lui donne. )
Bernard, regardant l'adresse.
; De Bourges! .. „ c'est de mon frère. ( A pari. ) Pauvre garçon ! mon second tome , et il s'est marié ! c'est peut- 5tre déjà une attaque qu'il m'annonce»
Mme POLIGNY.
I Que dites-vous donc là?
BERNARD
Moi?... rien» Je me félicitais du sort qui m'attend. . . ( Hésitant. ) Ce n'est pas , chère amie , que je n'aie quelques petites inquiétudes...
Mme POLIGNY-
Comment?
BERNARD
Oui, pour vous. Nous avons peut-être été un peu vite.,. Votre santé. . .
Mme poLIGNY.
Elle est parfaite.
En apparence... mais quelquefois on se laisse tromper par de fausses lueurs. ( A part. ) Je tâche de la mettre sur la voix. ( Vivement.) C'est que je me reprocherais toute ma
vie le moindre sacrifice que vous me feriez à cet égard- lù et s'il faut encore attendre, , .
Mme poligny, attendrie.
Quelle délicatesse!... quelle tendre sollicitude!,. (A ■part.) Et combien j'étais injuste envers lui! (Haut, et avec tendresse») Non, mon ami j au point où nous en sommes , je puis vous le dire , mon impatience est égale à la vôtre. Bernard , à part.
Ah ! mon Dieu!
Mme poligny , $* asseyant.
D'ailleurs j'ai des torts envers vous. . .
BERNARD
Des torts?
Mme POLIGNY.
Que vous connaîtrez plus tard , car je vous dirai tout. ., et je ne puis les expier qu'en m'occupant sur-le-champ M votre bonheur.
BERNARD , à part.
Pas moyen de lui faire comprendre. . .
Mme poLIGNY.
Venez ici, Monsieur.
( Elle lui fait signe de s'asseoir près d'elle.)
BEKNARD , à part.
Qu'est-ce qu'elle a donc , de prendre comme ça une voû si douce; c'est très-dangereux?
( // s'asseoit un peu loin. )
Mme poLIGNY.
Plus près! vous êtes à une lieue.
BERNARD , se rapprochant un peu.
Certainement, chère amie. ( A part.) Dieux ! qu'elle esl jolie!... je sens un battement de cœur, des palpitations, peut-être... Qu'on est malheureux de ne pouvoir s'abandonner à son naturel sensible!
Mme poLIGNY.
Donnez-moi votre main !
BERNARD , à part.
C'est ça! et on me recommande le calme..,
Mme POLIGNY.
Vous êtes fâché contre moi?
BERNARD
Non.
Mme pQLIGNY.
Si fait.
BERNARD
Dn tout.
Mme polIGNY.
Je le vois ! cette offre que vous me faites de retarder notre mariage...
Uniquement dans votre intérêt ! et je crois encore qu'une huitaine de jours...
air de la Robe et les Bottes.
Peut-être ainsi l'exige la prudence»
MAD. POLTGNY.
Vous m'étonnez , Monsieur, en vérité, N'avez-vous plus la même impatience?
BERNARD
Si... mais je suis un peu moins tourmenté ; Car j'entrevois l'hymen en perspective ; On se raisonne , alors qu'on en est là. . . Et l'on attend que le bonheur arrive, Quand on est certain qu'il viendra.
Miûe poligny, souriant* J'entends , c'est une vengeance!... vous vous êtes aperçu que j'avais prolongé ma convalescence pour bien me consulter...
Bernard , se rctpprschant Est-il possible!
Mme poLIGNY.
C'est à moi maintenant de vous faire oublier cette injuste défiance $ aussi, mon ami, quand nous serons dans notre ménage , je mettrai mon bonheur à prévenir vos vœux , à deviner vos moindres désirs. . .
Bernard, enchante.
Quoi, Madame. . .
Mœe POLIGNY.
Je veux que vous soyez heureux et que votre amour devienne enfin le prix de mes soins. . et de mes sacrifices.
( Elle lui tend la main. )
Bernard , sf oubliant et lui baisant la main.
Ah î chère amie, croyez. . . ( S* arrêtant avec frayeur. ) Dieux! et l'apoplexie!. . . je n'y songeais plus.
Mme poligny, se levant aussi. ' Qu'avez-vous?
BERNARD
Moi !. .. rien.
Mme POLIGNY.
Vous pâlissez !
BERNARD
Vous trouvez?... Non, c'est... c'est une voiture que j'entends.
Mm« poLIGNY.
Une voiture?
Bernard , regardant par la fenêtre.
Justement.... votre cousine, madame Darville , à qui j'avais écrit. . .
Mme POLIGNY.
Elle arrive à propos. Voyez, je vous prie, si tout le monde est là , et si nous pouvons partir.
BERNARD
Oui , Madame , j'y cours. ( A part. ) Il faut absolument que je trouve quelque parent qui lui fasse entendre raison, ou je suis un homme perdu !
( Il sort à gauche, tandis que madame Darville entre par le fond. )