‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 143 sur 267 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

i BERNARD , Mme POLIGNY , avec un bouquet.

,Mme POLIGNY , à part.

ÏL est parti I . . . tant mieux ! . . . je ne le verrai plus ! . . .

Bernard , se levant et prenant un air riant. Ah! vous voilà , chère amie !

Mme POLIGNY.

I Je viens de donner quelques ordres... ïl nous arriva iléjà du monde.

BERNARD

I Déjà? {A part. ) Sont-ils presse's!

Mme poLIGNY.

| Vous ferez Lien de passer au salon. Ah! j'oubliais . . , me lettre pour vous.

( Elle la lui donne. )

Bernard, regardant l'adresse.

; De Bourges! .. „ c'est de mon frère. ( A pari. ) Pauvre garçon ! mon second tome , et il s'est marié ! c'est peut- 5tre déjà une attaque qu'il m'annonce»

Mme POLIGNY.

I Que dites-vous donc là?

BERNARD

Moi?... rien» Je me félicitais du sort qui m'attend. . . ( Hésitant. ) Ce n'est pas , chère amie , que je n'aie quelques petites inquiétudes...

Mme POLIGNY-

Comment?

BERNARD

Oui, pour vous. Nous avons peut-être été un peu vite.,. Votre santé. . .

Mme poLIGNY.

Elle est parfaite.

En apparence... mais quelquefois on se laisse tromper par de fausses lueurs. ( A part. ) Je tâche de la mettre sur la voix. ( Vivement.) C'est que je me reprocherais toute ma

vie le moindre sacrifice que vous me feriez à cet égard- lù et s'il faut encore attendre, , .

Mme poligny, attendrie.

Quelle délicatesse!... quelle tendre sollicitude!,. (A ■part.) Et combien j'étais injuste envers lui! (Haut, et avec tendresse») Non, mon ami j au point où nous en sommes , je puis vous le dire , mon impatience est égale à la vôtre. Bernard , à part.

Ah ! mon Dieu!

Mme poligny , $* asseyant.

D'ailleurs j'ai des torts envers vous. . .

BERNARD

Des torts?

Mme POLIGNY.

Que vous connaîtrez plus tard , car je vous dirai tout. ., et je ne puis les expier qu'en m'occupant sur-le-champ M votre bonheur.

BERNARD , à part.

Pas moyen de lui faire comprendre. . .

Mme poLIGNY.

Venez ici, Monsieur.

( Elle lui fait signe de s'asseoir près d'elle.)

BEKNARD , à part.

Qu'est-ce qu'elle a donc , de prendre comme ça une voû si douce; c'est très-dangereux?

( // s'asseoit un peu loin. )

Mme poLIGNY.

Plus près! vous êtes à une lieue.

BERNARD , se rapprochant un peu.

Certainement, chère amie. ( A part.) Dieux ! qu'elle esl jolie!... je sens un battement de cœur, des palpitations, peut-être... Qu'on est malheureux de ne pouvoir s'abandonner à son naturel sensible!

Mme poLIGNY.

Donnez-moi votre main !

BERNARD , à part.

C'est ça! et on me recommande le calme..,

Mme POLIGNY.

Vous êtes fâché contre moi?

BERNARD

Non.

Mme pQLIGNY.

Si fait.

BERNARD

Dn tout.

Mme polIGNY.

Je le vois ! cette offre que vous me faites de retarder notre mariage...

Uniquement dans votre intérêt ! et je crois encore qu'une huitaine de jours...

air de la Robe et les Bottes.

Peut-être ainsi l'exige la prudence»

MAD. POLTGNY.

Vous m'étonnez , Monsieur, en vérité, N'avez-vous plus la même impatience?

BERNARD

Si... mais je suis un peu moins tourmenté ; Car j'entrevois l'hymen en perspective ; On se raisonne , alors qu'on en est là. . . Et l'on attend que le bonheur arrive, Quand on est certain qu'il viendra.

Miûe poligny, souriant* J'entends , c'est une vengeance!... vous vous êtes aperçu que j'avais prolongé ma convalescence pour bien me consulter...

Bernard , se rctpprschant Est-il possible!

Mme poLIGNY.

C'est à moi maintenant de vous faire oublier cette injuste défiance $ aussi, mon ami, quand nous serons dans notre ménage , je mettrai mon bonheur à prévenir vos vœux , à deviner vos moindres désirs. . .

Bernard, enchante.

Quoi, Madame. . .

Mœe POLIGNY.

Je veux que vous soyez heureux et que votre amour devienne enfin le prix de mes soins. . et de mes sacrifices.

( Elle lui tend la main. )

Bernard , sf oubliant et lui baisant la main.

Ah î chère amie, croyez. . . ( S* arrêtant avec frayeur. ) Dieux! et l'apoplexie!. . . je n'y songeais plus.

Mme poligny, se levant aussi. ' Qu'avez-vous?

BERNARD

Moi !. .. rien.

Mme POLIGNY.

Vous pâlissez !

BERNARD

Vous trouvez?... Non, c'est... c'est une voiture que j'entends.

Mm« poLIGNY.

Une voiture?

Bernard , regardant par la fenêtre.

Justement.... votre cousine, madame Darville , à qui j'avais écrit. . .

Mme POLIGNY.

Elle arrive à propos. Voyez, je vous prie, si tout le monde est là , et si nous pouvons partir.

BERNARD

Oui , Madame , j'y cours. ( A part. ) Il faut absolument que je trouve quelque parent qui lui fasse entendre raison, ou je suis un homme perdu !

( Il sort à gauche, tandis que madame Darville entre par le fond. )

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