SCÈNE XX
Mme POLIGNY , DUVERGER.
Mme poligny , à part, et la suivant des jeux. Dieu soit lotie' !
du verger, avec inquiétude.
Vous souffrez davantage?
Mme POLIGNY.
Non ; mais je voulais. . . ( Tout en parlant elle lire de sa oche son flacon. ) Ah! mon flacon de sels ! je l'avais sur toi. . . Quelle distraction !
DUVERGER
lï est inutile de la rappeler. ( Avec embarras. ) Vous ilez me trouver importun } mais il faut que je vous fasse lusieurs questions , et que vous répondiez à tout.
Mme pOLIGNY.
Oh ! oui , je vous dirai tout. . . ( A part.) excepte' ce que ; dois lui cacher.
DUVERGER
Donnez-moi votre main.
Mme poLiGNY , timidement.
La voilà. Ehï mais, Docteur , la vôtre est tremblante ?
DUVERGER
Oui... l'émotion... la crainte que j'ai d'abord ressentie... Lui tâtantle pouls. ) Un peu d'agitation . . .
Mme POLIGNY , à part.
Je le crois.
DUVERGER
Mais voilà tout!... Comment cela s'est-ii déclaré?
Mme pOLIGNY.
Par une douleur vague, au moment. . . où vous m'avez nttée.
DUVERGER
Ah !,.. et rien n'a provoqué?
Mme POLIGNY.
Si fait 5 une visite de ma cousine , madame Darville.
DUVERGER , frappé.
Madame Darville !
Mme pOLIGNY.
Des idées que je ne puis vous dire! J'avais été injuste vers quelqu'un , que je ne puis vous nommer ; la conversion de ma cousine m'a fait voir que je m'étais trompée, us jugez alors de mes regrets , de mon chagrin. . . ddverger s à part.
Qu'entends-je!
La Convalescente. 6
Mme poligny , à part.
En conscience, je ne peux pas lui en dire plus.
DUVERGER
Et maintenant... vous vous trouvez...
Mme poLIGNY.
Beaucoup mieux. . . Peut - être depnis cme vous êtes
duverger , avec joie.
Serait-il vrai !
Mme POLIGNY , SOUriant.
Mais sans doute; vous savez que la vue seule du médecin suffit pour faire fuir la maladie , pour rendre la confiance, et j'en ai une si grande en vous.
duverger , avec transport.
Ah ! Madame , cette assurance me comble de joie ; je crai gnais, je l'avoue, d'avoir perdu cette confiance , qui est, | mes yeux, le prix le pius doux...
Mme poLIGNY.
Et que vous reconnaissez si mal; car moi, je n'ai pas lj vôtre , Docteur.
Comment ?
Mme poLIGNY. 1
Eh oui! vous êtes souffrant, malheureux, je le vois,... j vous n'en dites rien; vous méritez que l'on vous grond(!
et j'aurais presqu'envie d'essayer d'être votre médj
cin .....
DUVERGER
Vous , Madame ?
Mme poligny , souriant.
C'est bien le moins * il serait assez drôle que ce fusse vos malades qui rendissent la santé a leur docteur.
duverger, souriant.
En effet.
Mme poLIGNY.
Mais j'exige une confiance absolue; vous me direz toj» ( A part.) Il finira peut-être par s'expliquer !
air : Un soir dans la forêt voisine. ( d'Amédée de Beauplan. )
En secret votre cœur soupire , Pourquoi cela ? parlez , Monsieur.
DUVERGER
Eh bien ! puisqu'il faut tout vous dire. . . L'amour seul cause ma douleur.
MA.D. poligny, souriant.
Est-ce donc un si grand malheur?
DUVER&ER.
De cette fièvre dévorante, Vingt fois j'ai voulu m'affranchir. . , Mais je ne saurais en guérir. . .
Car à chaque instant elle augmente.
mad. poligny, avec plaisir.
Très -bien , très-bien , ) ^ Cela ne sera rien , \ Rien , Non , rien , Non , cela ne sera rien.
Deuxième couplet.
MAD. POLIGNY
Connaît-on cet amour si tendre ?
DUVERGER
Non, je n'ose exprimer mes vœux.
MAD. POLIGNY
Il faut pourtant se faire entendre.
duverger, timidement.
Mais. . . quand j'interroge ses yeux , Je me trouve moins malheureux!
mad. poligny, vivement.
Et vous n'aimerez jamais qu'elle?
duverger , avec âme.
Ah ! jugez de tous mes tourmens !
Car , près de la perdre , je sens Que je lui resterai fidèle. . .
MAD. poligny, émue et souriant. Très-bien, très-bien, i ^ Cela ne sera rien , Rien , Non , rien.
Non, cela ne sera rien.
duverger , vivement.
Comment I cela ne sera rien ? c'est - à - dire que j'en mourrai.
Mme poligny , émue.
Pourquoi donc?
DUVERGER
Puisqu'elle va en e'pouser un autre.
Mme poligny , à mi-voix.
Non.
DUVERGER
Comment ?
Mme POLIGNY.
Je ne crois pas.
DUVERGER
Ce mariage. . .
Mme POLIGNY.
Ne s'accomplira pas , je vous le jure.
duverger, hors de lui.
O ciel !... Ah ! Madame , pourquoi ne me Pa-t-on pas dit plutôt?
Mme poligny, vivement, et lui montrant son ordonnance* Et vous , Docteur , pourquoi e'crire vos ordonnances sur des lettres de femme ?
DUVERGER
Que vois-je? ( Tombant à ses pieds.) Ah ! je suis le plus heureux des hommes!