‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 182 sur 267 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

! Les MÊMES ; PHILIPPE , tenant a la main des papiers et des journaux*.

M11e D'HAR VILLE.

Qu'est-ce que c'est ?

PHILIPPE, à Mil* à'Harville.

Les lettres et les journaux de mademoiselle. . . et puis les comptes du mois. . . car c'est aujourd'hui le icr. [IL lui présente les papiers. )

C'est bien. . . je n'ai pas besoin de lire.

MATHILDE

On peut s'en rapporter à Philippe ... ce n'est pas un intendant comme un autre.

] Oui, c'est un honnête homme , et de plus, un habile et dévoué serviteur. .. Grâce à lui , on me croit deux fois plus riche que je ne le suis . . . je fais des dépenses énormes. . . je n'ai jamais de dettes, et toujours de l'argent comptant.

PHILIPPE

Je n'y ai pas grand mérite... pourvu qu'on se souvienne seulement que deux et deux ne font jamais que quatre , ce n'est pas malin d'être intendant. . . je sais bien qu'anciennement ce n'était pas comme cela.

Air du Piège.

Tous ces fripons d'intendans d'autrefois Vous ruinaient d'une ardeur peu commune.

Mlle D'HARVILLE.

On n'en a plus et cependant je vois Qu'on dissipe bien sa fortune.

* Philippe, MUe D'Harville, Mathilde.

io PHILIPPE,

, PHILIPPE

D'accord. . . je sais qu'on la mange souvent Avec une vitesse extrême...

WJais du moins on a maintenant L'esprit de la manger soi-même.

( // présente un registre à Mlle d'Harvillc. )

Mlle d'i-iarville.

C'est inutile , Philippe.

PHILIPPE

Mademoiselle veut toujours signer sans lire... ce sont les usages d'autrefois... Lisez, lisez, il le faut... qu'est-ce que c'est donc que ça ? {Mademoiselle d'Harville passe auprès d<: la table , et s'assied pour examiner les papiers que Philippe lui a présentés. )

MATHILDE

C'est drôle , il n'y a que lui qui gronde ma tante. .. et elle ne se fâche pas... Ces vieux serviteurs ont des privilèges.

PHILIPPE , passant auprès de Mathilde *. J'ai tort, sans doute . . . mais vovez-vous , mademoiselle , un ancien militaire ne peut pas parler comme un gentilhomme de la chambre.

Mle D'HARYlLLE.

Qu'est-ce que je vois là ? (Lisant.} « Secours donnés par Mademoiselle. .. six mille francs.. . » (A Philippe,) C'est plus du double des mois ordinaires.

PHILIPPE

Mademoiselle est si bonne, et l'hiver est si rigoureux | Air : Dans un cas tel dame de haut lignage.

A vos désirs j'obe'issais d'avance ;

Dans vos salons , de tous ces grands seigneurs

Quand votre nom attire l'affluence,

Pour ses bienfaits on le bénit ailleurs.

Si votre hôtel est connu d'ia noblesse ^

Par l'indigence il l'est aussi; Et si quelqu'un ignorait votre adresse , Le premier pauvr' lui dirait : « C'est ici. »

* MHe d'ilaiville, Philippe, Mathilde.

MUe D'H VRVILLE se levé et continue de lire. Des ouvriers... d'anciens militaires.

PHILIPPE

Des camarades à moi, qui servaient dans l'armée de Rhin et Moselle ... Il faut faire quelque chose pour ceux qui y étaient , mademoiselle. . . car c'est sous leurs tentes que bien des gens , qui valaient mieux que moi , ont trouvé [asile et protection.

MUe D'HAR VILLE , passant entre Philippe et Malhilde *. C'est vrai... c'est Philippe qui, dans ce tems-là , nous a aidées à passer la frontière.

MATHILDE

Je comprends alors votre reconnaissance , voire affection pour lui.

Mlle D'HARVILLE.

Achevons... ( Lisant. ) « Pour la pension de Frédéric. . . cinq cents francs... » (// Philippe.) C'est beaucoup pour un mois.

PHILIPPE

C'est bien peu, mademoiselle... puisque vous Pavez élevé et protégé.. . il faut achever votre ouvrage, il faut qu'il s'instruise... qu'il ait des maîtres... il a besoin d'avoir du mérite , lui qui n'a pas de fortune.

M le D'HARVILLE.

C'est ce qu'il faudrait souvent lui répéter... je vous ai placé près de lui , Philippe , comme un guide , comme un ami; et j'ai à me plaindre de lui... de vous peut-être... vous le gâtez... vous n'avez pas pour lui toute la sévérité nécessaire... souvent il rentre bien tard.

PHILIPPE, embarrassé.

Mademoiselle...

Je ne l'ai pas vu hier soir.

PHILIPPE

Ah mon Dieu î ...

M1,e D'HARVILLE.

Ce matin je lui ai fait dire de descendre... et il n'a pas encore paru.

* Philippe, M'te d'Harville, Mathilde.

PHILIPPE , Philippe.

Il était sorti de très-bonne heure. . . pour son droit... pour une conférence... je ne sais pas au juste... il travaille tam que souvent il passe la nuit. . .

MATHILDE

Voyez-vous , ma tante... il finira par se rendre malade. M»1*? D'HARVILLE, vivement.

Voilà ce que je n'entends pas. . . je ne veux pas qu'il travaille tant... je le lui défendrai...

PHILIPPE , à j)art.

Ce n'est pas la peine.

M'ie D'HARVILLE, allant à la table , et prenant dans la cassclte une bourse qu'elle remet à Philippe.

Tenez, Philippe , voilà son trimestre... vous le lui donnerez de ma part, en lui recommandant l'ordre , l'économie et la bonne conduite.

PHILIPPE

Oui , mademoiselle; mais vous, en revanche, ayez un peu d'indulgence.

Air : Amis, voici la riante semaine.

Il est léger, mais plein d'honneur et d'ame: Je m'y connais , et je vous en réponds ; Pour des mîsèr's quand je vois qu'on le blâme, Moi , je l'excuse, et j'ai bien mes raisons. Oui maintenant, quoi qu'il dise et qu'il fasse, Pour un jeune homm' j' suis toujours indulgent; Car je soupire, et je m' dis: A sa place,

Le diabl' m'emporf si j' n'en frais pas autant

Pardon, mamzell' ; mais j'en frais tout autant.

BEAUVOISIS , en dehors.

On n'a pas encore déjeuné. . . c'est bien.

M1Ie D'HARVILLE.

Ah î c'est mon neveu que j'entends.

COMÉDIE-VAUDEVILLE. i3

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