PHILIPPE
larmes aux yeux pauvre garçon! je le regardais
et je me disais à part moi. . . [Mouvement de mademoiselle d'Haiville.) Rien, mademoiselle, rien du tout... mais j'avais le cœur serré.. . oh ! vous ne sentez pas cela, vous. . . vous êtes tranquille , heureuse.
M11" D'îlARVlLLE.
Heureuse ! moi. . .non, Philippe, non, je ne le suis pas.
PHILIPPE
Laissez donc, mademoiselle... Dans vos salons, entourée de ce monde qui vous honore. . .de votre famille que vous dirigez , selon votre plaisir.
Mllc D'HARVILLE.
Au fond du cœur, croyez-vous donc que je ne sente rien de plus?. . . mais je dois à tous ceux qui m'entourent des leçons . . . des exemples . . .
PHILIPPE
Comment , mademoiselle . • .
Mlle D'HAUVILLE.
Je paierai tout. . . je m'y engage . . . mais n'en parlez à personne. . . ne lui dites pas à lui-même. . .
PHILIPPE
Pourquoi donc , vous avez peur qu'il ne vous aime trop?
M,lc d'iiakyille.
Ah! pouvcz-vous le penser?, .mais mon neveu pourrait s'élonner, se plaindre. . .vous savez qu'il doit être mon héritier.
PHILIPPE
Raison de plus pour bien traiter ce pauvre Frédéric pendant que vous y êtes. . .et d'abord, il ne doit plus être exposé à retomber dans une pareille faute. Pour cela , il faut qu'il soit content. Sa pension n est pas assez forte.
Mile d'iiaiiyille.
Vous croyez? eh bien , Philippe, on peut l'augmenter. PHILIPPE.
Oui. . .du double. . . Après ça , tous ses camarades ont des chevaux, des équipages.. . [Wlouoemcnt de mademoiselle d'Harvilie. ) Je ne suis pas exigeant, mais il me semble que quand vous lui donneriez un joli cheval de selle, avec un domestique pour l'accompagner....
M1!e D'HARVILLE.
En vérité , Philippe, vous êtes d'une exigence. . .
PHILIPPE
Dame ! . . écoutez donc , mademoiselle . . .
Mlle D'HARVILLE.
C'est bien. . . achetez ce cheval. . . tout ce qu'il faudra... mais soyez économe.
PHILIPPE
Suffit. . .je prendrai ce qu'il y a de plus cher. . .et quand il sera dessus, vous m'en direz des nouvelles. Le gaillard!... savez-vous qu'il est très-bien, au moins. . .vous n'y faites pas attention. . . Mais l'autre jour, aux Tuileries, il y avail des dames . . . mais de belles dames , qui le regardaient passer, et qui disaient entre elles : « Tournure distinguée. . . joli cavalier. . . »
MHe D'HARVILLE, avec joie.
Vraiment ?
PHILIPPE
Oui , mademoiselle . . . oui , elles l'ont dit . . .il ne l'a pas entendu, lui; mais moi qui l'accompagnais, je n'en ai pas perdu un mot. . et ça me faisait plaisir.
En effet ... il a une physionomie ....
PHILIPPE
Fort agréable , j'ose le dire. . .et s'il était un peu encouragé ... si vous lui adressiez de teins en tems un mot d'amitié.. .Tenez, mademoiselle. . . vous êtes trop sévère avec lui.
M1!e D'HARVILLE.
Moi ! . .
PHILIPPE
Il est là. . .tout tremblant.
Mile D'HARVILLE.
Là i . . . Frédéric ! . . .
PHILIPPE
Air: Dis-moi „ t'en souviens-tu.
Si vous-même daigniez lui dire Que vous pardonnez cette Ibis...
Allons , votre cœur le désire Aulant que le mien, je le vois.
PHILIPPE
MHe d'hARVILLE.
Mais ètes-vous sûr que personne?...
PHILIPPE
Non , non,personn' ici n'porîe ses pas .... Et vous pouvez être indulgente et bonne ; Ne craignez rien , on ne vous verra pas. (Mlle D'Harville s'assied auprès de la table. Philippe va h la porte de la chambre de Frédéric , et lui fait signe d'approcher.)