SCENE VII
Les Précédées, Mlle D HAÎWILLE. (Frédéric et Philippe remontent le théâtre et se tiennent au fond à gauche.)
FRÉDÉRIC
Tu ne nous quitteras pas , n'est-il pas vrai?
PHILIPPE
Soyez donc tranquille. •. Je suis là, en corps de réserve pour vous soutenir. ( Mademoiselle d'Haivilte entre ; elle marche lentement, et descend le théâtre sans voir Frédéric , ni Philippe. )
FRÉDÉRIC , à Philippe.
Elle ne nous voit pas. . . elle est préoccupée. . . et elle a un air si sévère. . .
PHILIPPE
Je connais cet air-là. . . avancez, et ne tremblez pas.
FREDERIC fait quelques pas et recule.
Non. , . je n'oserai jamais. . . c'est plus fort que mol. . . et plutôt mourir. (17 s'enfuit dans sa chambre dont il ferme la porte.')
PHILIPPE
Allons donc. . . {Regardant autour de lui , et le royant partir.) Eh bien , il s'enfuit , et me laisse seul exposé au danger. . .
24 PHILIPPE
MHc D'HARVILLE levant les yeux *.
Ah! c'est vous, Philippe !.. . Frédéric a-t-il enfin reparu ?
PHILIPPE
Oui , mademoiselle.
Mlle D HARVILLE.
J'espère que vous lui avez parlé. . . (Voyant que Philippe regarde de tous côtés.) Quoi donc?. . que regardez- vous?
PHILIPPE
Si personne ne vient. . . [Il se rappivche.) Parce que je suis Lien aise de ne pas être interrompu.
Mlle d'hARVILLE.
Qu'y a-t-il donc ?
PHILIPPE
Il y a , mademoiselle , un petit malheur., .peu de chose.. . Dame !.. la jeunesse, c'est un moment de fièvre qui dure plus ou moins. . .et quand l'accès est passé, ce qui malheureusement arrive toujours trop tôt.
Mlle d'hARVILLE.
Où voulez-vous en venir?
PHILIPPE
Yoici , mademoiselle . . . ( Baissant la voix. ) L'enfant a joué.
M1,e d'harville.
Frédéric l
PHILIPPE
Oui , mademoiselle , il a joué ... il a perdu ... il doit de l'argent. (A part.) Là! coup sur coup , c'est plus vite passé.
Mlle D'HARVILLE.
Que me dites-vous là ? . . cette maison où mon neveu l'a rencontré. . .
PHILIPPE
C'était une maison de jeu. . .mais dans le grand genre... honne société. . .aussi l'enfant a beaucoup perdu , et maintenant, mademoiselle, il faut payer.
* M»« D'Harvillc, Philippe.
•COMÉDIE- VAUDEVILLE. i5
Mlle D'il Ait VILLE.
Payer !.. et vous croyez que j'y consentirai , moi ! . . que j'encouragerai un pareil désordre . . . que j'acquitterai une dette de jeu?
PHILIPPE
Oui, mademoiselle . . .onze mille francs.
MUe D'HÀRYILLE.
Eh! qu'importe la somme? ai-je coutume de compter pour du bien à faire. . . un service à rendre?... j'y mets quelque noblesse, je crois. . .mais après une pareille conduite. . .non, Philippe, non. . . mon parti est pris, je ne paierai rien.
PHILIPPE y s 'animant.
Yousne paierez rien? '
MUe d'hàRVILLE.
Non , sans doute. . .eh ! que dirait ma famille. . . que dirait le monde . . .si la fortune des d'Harville ne servait qu'à | réparer les sottises d'un étourdi ?
PHILIPPE
Votre famille ... le monde ! . . . vous les craignez trop > mademoiselle. . .vous leur avez déjà sacrifié tant de choses?
Ml,e D'HARVILLE.
Philippe ! . . .
PHILIPPE
Ne craignez rien. . ce que je vous ai promis, je ne l'oublierai pas. . . mais il faut que chacun fasse son devoir.. . songez donc que ce pauvre jeune homme n'a que vous au monde., .et si vous l'abandonnez, si vous souffrez qu'il soit déshonoré ... il a du cœur , cet enfant ... il se tuera.
M1Ie D'HARVILLE.
O ciel !
PHILIPPE
Il y est décidé . . . Que voulez-vous , il ne tient pas à la vie. . .comme il me disait tout à l'heure : « Je suis seul, sans ! » parens, sans espérance. . .je dois tout à la pitié. »
MUe D'HARVILLE.
Il disait cela ? . . .
PHILIPPE
Oui. . ■ et bien d'autres choses qui m'ont fait venir le&