SCENE XV
ISIDORE, COLIGNON , équipage plus guerrier.
colignon , chantant.
En avant , marchons Contre leurs canons !
A travers le fer, le feu des bataillons.
{A la cantonade.) Chaud ! chaud! les autres. . . dépêchons , ou je m' lève en masse tout seul. . . (// aperçoit Isidore. ) Te v'ià encore, toi... Quoique tu fais à rôder autour de nous?
ISIDORE
Eh bien ! j' passe. . . Est e' que 1' pavé n'est pas libre ?
COLIGNON.
Le pavé? si . . . . Il s'est trop bien conduit, pour qu'il ne participe pas aux bienfaits d' la révolution 3 n'y a que toi qui n' veut pas y participer.
Isidore , ayant l'air d'abonder dans son sens. C'est c' qui t' trompe . . . j' suis dedans.
COLIGNON.
Pas d' bêtises! c'est-il bien vrai?
Isidore , appuyant.
Oui, ma foi ! j'y ai réfléchi. . . Tout ce que vous m'avez dit m'a trotté dans la tête. . . Tu m'as appelé éteignoir. . . ça m'a enflammé !. . . Après tout, c'est Y bien du peuple. . . je marche avec vous.
COLIGNON.
Parole d'honneur !
J'veux pas t'être en érrière.
colignon , hors de lui.
Oh ! Isidore !.. ah ! bon enfant !.. ah ! cœur français ! . . . Tu n'étais qu'égare', je te retrouve.
( Ils se donnent la main. )
ISIDORE
Allons , allons , dépêchons!. . . Par où conimence-t-on? est-c' par les vapeurs? les fileurs? les cardeurs? les boulangers mécaniques?
COLIGNON.
Ahais! est-il ardent!. . . Faut attendre les autres.
ISIDORE
Par où prend-ton?
COLIGNON.
Par la rue Guernata, Saint-Martin, la rue Jean-Pain- Mollet , le cul d' sac . . .
ISIDORE , se ravisant.
Ah! à propos d' la rue Jean - Pain - Mollet. . . Dis donc , as-tu des nouvelles d' ton oncle, le boulanger?
COLIGNON.
Mon oncle Dufour ? non. . . 'V'ià quinze jours que je ne l'ai vu , j'irai lui demander la, soupe en passant.
Isidore , prenant un air affligé.
Tu ne le trouveras pas.
COLIGNON.
Est-c' qu'il a déménagé? il avait un bail 5, 0, 9.
Il en a fait un plus long ! . . . Pauvre cher homme ! . . .
COLIGNON.
Comment?
ISIDORE
Il est défunt.
COLIGNON.
Mon oncl' Dufour?
ISIDORE
D'avant z'hier.
COLIGNON.
Tu veux rire ?
ISIDORE
Puisque j'arrive d' sa rue, où c' que j'avais des sonnettes à poser. . .
COLIGNON.
C pauvre oncle. . . il est mort. . . et de quoi?
ISIDORE
Dam'! il avait ses quatre-vingt-deux ans.
COLIGNON.
Et il négligeait ça . . . Je lui ai dit bien souvent : ça vous jouera un mauvais tour. ( Essuyant une larme. ) Eh bien ! c'était un brave homme.
ISIDORE
Un bon citoyen.
Qui faisait des p'tits pains comme d' la brioche.
ISIDORE
Pardi! . . . c'est lui 1' premier qui s'est servi des mécaniques.
COLIGNON.
Et il en a d' superbes Tiens, je n'y pensais pas.
c'est moi qui hérite.
ISIDORE
Bah!
COLIGNON.
Parole d'honneur!... J' suis son seul parent au degré susceptible.
ISIDORE
Vrai ! . . . Ah ben ! qu'est-c' que ça te Fait , toi , tu n'y tiens pas . . .
COLIGNON.
Si, ma foi. . . c'est agréable, une succession.
ISIDORE
Au fait , tu en auras toujours queuque petite chose.
COLIGNON.
Tiens! j'aurai tout. . . le fonds, la boutique.
ISIDORE
Pas les machines.
Si , c'est 1' meilleur.
ISIDORE
Ne les prends donc pas , bêtât , puisqu'on va les casser . . • ça te fra des frais.
COLIGNON.
Les machines de mon oncle ?
ISIDORE
De ton oncle , comme des autres.
COLIGNON.
Mais c'est à moi , à crtheure ?
ISIDORE
Raison d' plus , il faut donner l'exemple... Allons , viens ! ( Criant. ) A bas les mécaniques !
COLIGNON.
Et le respect des propriétés ! et la Charte!... Ah ! mais... un moment. . . Vive la Charte!
ISIDORE
Faut pas qu'un intérêt personnel nous arrête. . . Vli! . . • v'ian ! . . .
COLIGNON.
Là ! ... il ne faut qu'un cerveau brûlé comme ça.. . pour
ruiner l'industrie française. . . Dieux! v'ià les autres
Mon p'tit Zidore , sois bon enfant. ( // le calme. )