‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 260 sur 267 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

ISIDORE, COLIGNON , équipage plus guerrier.

colignon , chantant.

En avant , marchons Contre leurs canons !

A travers le fer, le feu des bataillons.

{A la cantonade.) Chaud ! chaud! les autres. . . dépêchons , ou je m' lève en masse tout seul. . . (// aperçoit Isidore. ) Te v'ià encore, toi... Quoique tu fais à rôder autour de nous?

ISIDORE

Eh bien ! j' passe. . . Est e' que 1' pavé n'est pas libre ?

COLIGNON.

Le pavé? si . . . . Il s'est trop bien conduit, pour qu'il ne participe pas aux bienfaits d' la révolution 3 n'y a que toi qui n' veut pas y participer.

Isidore , ayant l'air d'abonder dans son sens. C'est c' qui t' trompe . . . j' suis dedans.

COLIGNON.

Pas d' bêtises! c'est-il bien vrai?

Isidore , appuyant.

Oui, ma foi ! j'y ai réfléchi. . . Tout ce que vous m'avez dit m'a trotté dans la tête. . . Tu m'as appelé éteignoir. . . ça m'a enflammé !. . . Après tout, c'est Y bien du peuple. . . je marche avec vous.

COLIGNON.

Parole d'honneur !

J'veux pas t'être en érrière.

colignon , hors de lui.

Oh ! Isidore !.. ah ! bon enfant !.. ah ! cœur français ! . . . Tu n'étais qu'égare', je te retrouve.

( Ils se donnent la main. )

ISIDORE

Allons , allons , dépêchons!. . . Par où conimence-t-on? est-c' par les vapeurs? les fileurs? les cardeurs? les boulangers mécaniques?

COLIGNON.

Ahais! est-il ardent!. . . Faut attendre les autres.

ISIDORE

Par où prend-ton?

COLIGNON.

Par la rue Guernata, Saint-Martin, la rue Jean-Pain- Mollet , le cul d' sac . . .

ISIDORE , se ravisant.

Ah! à propos d' la rue Jean - Pain - Mollet. . . Dis donc , as-tu des nouvelles d' ton oncle, le boulanger?

COLIGNON.

Mon oncle Dufour ? non. . . 'V'ià quinze jours que je ne l'ai vu , j'irai lui demander la, soupe en passant.

Isidore , prenant un air affligé.

Tu ne le trouveras pas.

COLIGNON.

Est-c' qu'il a déménagé? il avait un bail 5, 0, 9.

Il en a fait un plus long ! . . . Pauvre cher homme ! . . .

COLIGNON.

Comment?

ISIDORE

Il est défunt.

COLIGNON.

Mon oncl' Dufour?

ISIDORE

D'avant z'hier.

COLIGNON.

Tu veux rire ?

ISIDORE

Puisque j'arrive d' sa rue, où c' que j'avais des sonnettes à poser. . .

COLIGNON.

C pauvre oncle. . . il est mort. . . et de quoi?

ISIDORE

Dam'! il avait ses quatre-vingt-deux ans.

COLIGNON.

Et il négligeait ça . . . Je lui ai dit bien souvent : ça vous jouera un mauvais tour. ( Essuyant une larme. ) Eh bien ! c'était un brave homme.

ISIDORE

Un bon citoyen.

Qui faisait des p'tits pains comme d' la brioche.

ISIDORE

Pardi! . . . c'est lui 1' premier qui s'est servi des mécaniques.

COLIGNON.

Et il en a d' superbes Tiens, je n'y pensais pas.

c'est moi qui hérite.

ISIDORE

Bah!

COLIGNON.

Parole d'honneur!... J' suis son seul parent au degré susceptible.

ISIDORE

Vrai ! . . . Ah ben ! qu'est-c' que ça te Fait , toi , tu n'y tiens pas . . .

COLIGNON.

Si, ma foi. . . c'est agréable, une succession.

ISIDORE

Au fait , tu en auras toujours queuque petite chose.

COLIGNON.

Tiens! j'aurai tout. . . le fonds, la boutique.

ISIDORE

Pas les machines.

Si , c'est 1' meilleur.

ISIDORE

Ne les prends donc pas , bêtât , puisqu'on va les casser . . • ça te fra des frais.

COLIGNON.

Les machines de mon oncle ?

ISIDORE

De ton oncle , comme des autres.

COLIGNON.

Mais c'est à moi , à crtheure ?

ISIDORE

Raison d' plus , il faut donner l'exemple... Allons , viens ! ( Criant. ) A bas les mécaniques !

COLIGNON.

Et le respect des propriétés ! et la Charte!... Ah ! mais... un moment. . . Vive la Charte!

ISIDORE

Faut pas qu'un intérêt personnel nous arrête. . . Vli! . . • v'ian ! . . .

COLIGNON.

Là ! ... il ne faut qu'un cerveau brûlé comme ça.. . pour

ruiner l'industrie française. . . Dieux! v'ià les autres

Mon p'tit Zidore , sois bon enfant. ( // le calme. )

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