‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 60 sur 267 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MALZEN , Mme BARNECK, en grande parais

Mme BARNECK.

Monsieurr , on me prévient à l'instant. . .

MALZEN.

Madame , vous voyez un ennemi que le sort des armes n'a pas favorisé , et qui se rend à l'invitation que vous avez eu la bonté de lui faire signifier.

Mme BARNECK.

C'est un peu tard , monsieur le baron ; mais quand on y met autant de grâce et de bonne volonté.. . (A part. ) il étouffe.. . Oh ! que cela fait de bien !

MALZEN.

J'aurais pourtant quelques reproches à vous faire. . Air du premier Prix.

Pourquoi ces gens, cet e'talage ?

Nous e'tions convenus . . .

Mrae BARNECK.

Pardon , Vous savez qu'en un mariage...

- Ah! ne lui donnez pas ce nom.

C'est un combat , c'est une guerre.

M»»e BARNECK.

Pvendea alors grâce à mes soins ; Car dans un combat, d'ordinaire, Vous savez qu'il faut des témoins.

Tout est prêt , monsieur ; et si vous voulez me suivre.. . MALZEN.

Permettez, madame.. . je désirerais avant tout un moment d'entretien.

Mme BARNECK.

Comme ce n'est pas moi qui suis la fiancée, je vais faire appeler ma nièce. ( Appuyant. ) Madame la baronne de Malzen.

MALZEN.

La baronne ! ( Froidement. ) Non , madame , la présence de mademoiselle votre nièce est inutile. . . c'est avec vous seule que je veux causer un instant. . . si vous consentez à m'entendre.

Mme BARNECK.

Oui , monsieur , avec calme , et sans vous interrompre : dût-il m'en coûter , je vous le promets.

( Ils s'asseyent.} MALZEN , après un court silence.

Ce qui s'est passé , madame , a pu vous donner de moi | une opinion assez défavorable; mais j'ose croire que, lorsque vous me connaîtrez, vous me jugerez mieux.. . J'ai eu des torts , j'en conviens ; et je ne les ai que trop expiés. . . C'est j votre obstination qui a causé la mort de mon père.

Mme BARNECK.

Quoi , monsieur ?. . .

MALZEN.

Oui , madame , voilà ce que je ne pardonnerai jamais. . . | Jugez alors si je puis entrer dans votre famille.. . et si ce I mariage n'est pas impossible.

Mme BARNECK.

Impossible , monsieur ! si c'est pour cela. . .

MALZEN.

Ah! madame, vous m'avez promis de ne pas m'inlerrompre.. . oui.. . un mariage impossible-, car il ferait mon malheur, celui de votre nièce; et vous ne voudriez pas la punir aussi , en la forçant à épouser quelqu'un qu'elle n'aime point , et qui n'aura jamais d'amour pour elle.

Mie BARNECK S'il y avait eu d'autres moyens. . .

MALZEN.

11 en est un , madame ... je vous dois un aveu , et je le ferai, quelque pénible qu'il puisse être pour moi. . . Vous rne croyez riche, vous vous trompez; je ne le suis pas. Mon père ne m'a rien laissé que son nom et ses titres. . . Tout ce que je puis donc faire pour réparer mes torts , c'est de reconnaître mon fils, de lui donner ce nom, ces

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titres. . . désormais mon seul bien. . , Et pour que vous soyez sûre que personne au monde ne pourra les lui disputer.. . je promets dès aujourd'hui de ne jamais me marier.. . de renoncer à toute alliance , et je suis prêt à en donner toutes les garanties que vous désirerez.

Air du Baiser au porteur.

Ma parole n'est pas trompeuse ,

Je vous le jure , sur l'honneur !

Que votre nièce soit heureuse,

Pour moi , je renonce au bonheur.

Ainsi , madame , et sans vaine chicane,

Mon crime peut être efface', Et l'avenir auquel je me condamne

Expira les torts du passe'.

Voilà, madame , la satisfaction que je vous offre» Mme BARNECK, se levant.

Et moi, monsieur, je la refuse.

MALZEN , se levant.

Madame . . .

Mme BARNECK.

Mais, monsieur, la famille Barneck est riche, trèsriche. . . Ce n'est ni la fortune , ni le titre d'un baron qui peut la satisfaire dans son honneur ... il lui faut mieux que cela.

MALZEN.

Oui... le baron lui-même.

Mme BARNECK.

Un bon mariage bien public, bien solennel.

MALZEN.

Un mariage. . . toujours ce maudit mariage.

Mme BARNECK.

Et il se fera aujourd'hui. . . dans une heure.

MALZEN.

Mais je vous répète que je n'aime point votre nièce.

Quand on se marie à l'amiable , cela peut être néces-

saire . . . mais dans les mariages par arrêt de la cour. . . on peut s'en passer.

MALZEN.

Eh bien, madame... apprenez donc la vérité... je l'abhorre ... je la déteste.

Mrae BARNECK.

Nous en avons autant à vous offrir. . . mais quand la loi est là , il faut bien s'y soumettre.

MALZEN.

C'est ce que nous verrons.

Mme BARNECK.

L'arrêt vous condamne à épouser ... et vous épouserez.

MALZEN, hors de lui.

Plutôt vous épouser vous-même.

Mme BARNECK.

Eh mais , s'il y avait jugement , il le faudrait bien. MALZEN.

Je ne sais où j'en suis. . . et je serais capable de tout. . . Eh bien, madame, puisque votre absurde tyrannie m'y contraint , il faudra bien devenir votre neveu ; mais je vous préviens qu'aujourd'hui même , aussitôt le mariage célébré. . . je forme ma demande en séparation.

Mme BARNECK.

La nôtre est déjà prête. . . La loi permet en pareil cas de se séparer au bout de vingt-quatre heures; et nous comptons bien profiter du bénéfice de la loi.

Moi aussi.

Air : Non , non, vous ne partirez pas. Ah! j'y consens, je suis tout prêt.

Mme BARNECK.

C'est combler mon plus cher souhait.

MALZEN.

D'avance mon cœur s'y soumet.

Mme BARNECK.

C'est un bonheur.

MALZEN.

C'est un bienfait.

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Mme BARNECK , vivement.

Alors, plus de querelle.

malzen , de même.

Car enfin, grâce au sort, La rencontre est nouvelle ; Nous voilà donc d'accord.

TOUS DEUX , avec ironie.

Toujours d'accord, toujours d'accord.

{A part, avec colère.) Quel caractère... ah! c'est trop fort.

Je lui jure une guerre à mort.

S idler ET LES AMIS, arrivant.

Qu'avez-vous? quel est ce transport ?

Et pourquoi donc crier si fort?

La méthode est vraiment nouvelle,

Mais pourquoi crier si fort

Û Si vous êtes d'accord ?

CO J Mue BARNECK et MALZEN , criant.

^ \ De grâce, calmez ce transport, £ Grâce au ciel, nous voilà d'accord.

m J (A part.)

Ah ! de cette injure nouvelle, Je veux me venger encor ; Tous deux être d'accord , ISon , non... c'est une guerre à mort.

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