SCÈNE X
SALSBACH, seul.
Il me tardait qu'ils s'éloignassent ; car , devant tout ce monde je n'aurais pas pu être heureux à mon aise. . . Le cœur me bat en pensant que j'ai là dans ma main. . . mes lettres de noblesse. . . Qui seraient bien étonnés , s'ils le savaient ? ce sont ces jeunes freluquets de ce matin. . . ce baron de Malzen... et surtout mon père, le maître d'école, s'il revenait au monde. . . Le cachet est rompu. . . c'est sans doute de la chancellerie .. . Non, de la main même du prince.. . . Des lettres closes. . . quel honneur !. . . Lisons. . .
3*. LOUISE, «< Monsieur,
» Le baron de Malzen a imploré ma protection contre » la famille Barneck , dont vous êtes l'ami et le con- » seil. J'ai dû respecter la justice en refusant mon interven- » tion ... je vois d'ailleurs avec plaisir, dans mes élats , les » alliances des familles riches et des familles nobles . . . » J'entends donc que ce mariage, devenu nécessaire, ait » lieu aujourd'hui même. » (S' interrompant.) C'est aussi notre intention , et son altesse sera satisfaite , car, dans ce moment, sans doute, bon gré, malgré, les époux sont bénis. {Continuant.) « Mais je sais que, dans ce cas-là, la loi au- » torise quelquefois une séparation à laquelle Malzen est » décidé à avoir recours. » (S'in terrornpanU) Il n'est pas le seul, sa femme aussi. (Continuant.) « Il y a déjà eu trop de » scandale dans cette affaire., .celte séparation en serait un i) nouveau que je veux empêcher; et, pour cela , je compte » sur vous.» Sur moi \{Continuant.) « Je suis tellement per- » suadé que votre intervention et vos soins conciliateurs » amèneront cet heureux résultat, que j'ai différé jusque-là » de vous accorder ce que vous sollicitez. » Ah ! mon Dieu! (Continuant.) « Mais , au premier enfant qui naîtra du ma- >» riage contracté aujourd'hui... je vous promets cette grâce, n que vous méritez du reste à tant de titres, etc., etc.. etc. » Qu'est-ce que je viens de lire î . . . et de quelle mission le prince s'avise t — il de me charger?
Air : J'en guette un petit.
Y pense-t-iî? quelle folie!
Moi qui dois l'exemple au palais: M veut que je les concilie, Et que j'accommode un procès.
Cet usage n'est pas des nôtres ; Mais il l'exige... par égard , Arrangeons-le... quitte plus lard A se rattraper sur les autres.
B ailleurs mes lettres de noblesse en dépendent. . . Mais comment désarmer la tante. . . la plus obstinée des femmes?. . . et rapprocher des jeunes gens qui s'abhorrent, qui se délestent ? . . Un enfant I ... Eh ! mais il y en a un ... ( Relisant la lettre.) « Oui naîtra du mariage contracté aujourd'hui. » C'est clair : celui qui a précédé ne compte pas . . . Eh ! mais je les entends. . . C'est toute la noce qui vient.