‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 7 sur 267 · CORINNE ET OSCAR · texte numérisé non relu

CORINNE ET OSCAR

Son frère!

Oscar, Varinville, Saint-Yves , Corinne.

VARIN VILLE , étonné.

Mon frère ! ( Bas à Saint- Yves» ) Qu'est-ce que lu dis donc?

SAINT-YVES , bas.

Tais-toi. . C'est toujours un à-compte.

OSCAR

Son frère!... Eh bien ! je l'aurais reconnu.

CORINNE

C'est singulier... Monsieur ne nous avait pas parlé... SAINT- YVES.

D'Anatole Varinville , son jeune frère... L'ingrat!... Je conçois... 11 ne devait pas compter sur moi... Depuis trois ans, je parcours l'Italie... L'amour des arts me tenait lieu de tout... Apollon et les muses sont une famille.

CORINNE

Monsieur est poète ?

SAÏNT-YVES.

Oui, madame ; je fais la poésie ténébreuse et mélanco lique... les spectres, les tombeaux, les suppliciés , les con damnés... et généralement tout ce qui est épouvantable , tout ce qui est horrible.

Monsieur est de la nouvelle secte?

SAINT-YVES , s* inclinant.

J'ai cette horreur-là... Poésie nouvelle, comme vous sa vez, qui vit de ruines, de lézards, de chauves-souris, de lierre, de crapauds... Nous ne sortons pas de là; car nous aimons les corps verts, les corps blancs, les corps bleus... le jaune aussi ; nous l'employons beaucoup, c'est bon teint... Enfin une littérature de toutes les couleurs, qui n'en a aucune.

AlR du vaudaille de VJ'lcu de six francs. Employés aux pompes funèbres, Nos auteurs , amis du trépas, Ne brillent que dans les ténèbres, Et quoique toujours gros cl gras, Et taisant leurs quatre repas , En tout tems , leur musc éplorc'e

Est en deuil

VARINVILLE.

En deuil! de qui donc?

SAINT-YVES , bas h Varinville.

Probablement de !a raison Que ces messieurs ont enterre'e.

Ils sont en deuil de la raison Que ces messieurs ont enterrée *

(Haut.) Et j'ose dire que, dans ce genre littéraire et funéraire , j'ai obtenu quelques succès.

OSCAR

Des succès... Ce doit être difficile !

SATNT-YVES.

Mais non... Je me prâne, tu ie proues , il se prône.,, nous nous prônon s... Dès qu'on sait conjuguer ce verbe-là, il n'en faut pas davantage pour obtenir un succès à noire manière, et se faire , entre amis , une immortalité à huis-clos , qui dure au moins sept à huit jours , et qu'on recommence la semaine suivante.

CORINNE, Ce doit être bien fatigant...

SAINT-YVES

Pour le public... car, pour nous autres, nous y sommes faits. (A Corinne.) Et quand nous nous connaîtrons mieux, j'espère bien que nous jelelrons ensemble les bases de nouveaux triomphes ; car on m'a cité de vous des choses charmantes... des improvisations... C'est mon genre; j'y excelle... Et puis l'on m'a parlé aussi...

CORINNE

De mes Epîtres?... de mes Occidentales?...

SAINT-YVES

Oui, vraiment.

CORINNE

J'en avais fait une avant mon mariage : Épître à celui qui m'aura; et deux depuis : Epître à celui qui ina, et « celui qui m'a eue.

SAINT-YVES

Délicieux !... Heureux les mortels privilégiés à qui vous daignerez en adresser encore !

* Varinville passe à la gauche de Corinne.

CORINNE , à Varinville.

Il est fort bien , votre frère Anatole.

VARINVILLE.

Oui, pas mal.

CO R ÏNNE , a Saint-Yves.

Si je ne craignais d'être indiscrète , je vous demanderais une petite improvisation.

OSCAR

Ah l vous ne pouvez nous refuser.

CORINNE

Pour la première grâce que je réclame de vous. SAINT-YVES.

Certainement.

VARINVILLE , à part.

Où diable a-t-il été se fourrer ?

SAINT-YVES

Si la compagnie veut m'indiquer un sujet... ( A part et regardant Varinville. ) J'espère qu'il va me demander les Ruines de Rome.

VARINVILLE, a part.

Qu'est-ce qu'il a donc à me regarder?

OSCAR

Je demanderai à monsieur un parallèle entre la tragédie et la comédie.

SAINT-YVES , à part.

Que le diable l'emporte ! {Haut.) Ce serait un sujet bien pénible, vu que, dans ce moment, les pauvres chères dames sont défuntes toutes deux.

OSCAR

Vraiment !

SAINT-YVES , déclamant.

« Seigneur, Laius est mort: laissons en paix sa cendre. »

CORINNE

Il a raison... j'aimerais mieux un sujet noble.

SAINTETES , regardant Varinville.

Oui... quelque chose de romain... quelque chose d'antique.

Puisque monsieur vient de Paris, qu'il nous dise des vers sur les dernières nouveautés.

SAINT-YVES

C'est bien vieux.

OSCAR

Sur les derniers événemens.

SAINT-YVES

C'est bien petit !... Et je préférerais quelque chose de... romain... de grandiose.

OSCAR

La Baleine ou l'Eléphant.

CORINNE

Ah î oui... la Fontaine de l'Eléphant.

Ça n'en finirait pas.

CORINNE

Eh bien! sur les nouveaux embellissemens de Paris... A votre choix.

OSCAR

Ah! oui... les embellissemens de Paris... c'est à ce sujet que nous nous arrêtons.

VARINVILLE.

Aulant cela qu'autre chose.

SAINT-YVES , à part, regardant Varinvillè. L'imbécile !... (Haut.) Il paraît que la demande générale est pour les embellissemens de Paris. ( A pari. ) Nous voilà loin des Ruines de Rome. ( Haut. ) Volontiers... Nous avons à Paris le Diorama , le Néorama...

OSCAR

Représentant la basilique de Saint-Pierre.

SAINT-YVES, regardant Varinvillè avec intention.

De Saint-Pierre de Rome.

VARINVILLE.

Précisément.

SAINT-YVES

Qu'est-ce que tu dis là?

VARINVILLF.

Moi!... rien.

Il me semblait que tu avais parlé des Ruines de

Rome... je croyais du moins avoir entendu ce mot.

VARIN VILLE, à part.

Je comprends [Haut et vivement.*) Oui oui.. ■ .. c'est

vrai... c'est ce sujet- là que je préfère.

SAINT-YVES

Il fallait donc le dire... tous les sujets me sont égaux.. * peu m'importe... et si cela te plaît... si cela plaît à l'honorable compagnie. . .

TOUS

Sans contredit.

SAINT-YVES

J'aurais préféré un autre sujet... mais enfin puisque vous voulez absolument les Ruines de Rome. . .

TOUS

Oui... oui.

SAINT-YVES

Je commence. {A part. ) Pourvu que je me le rappelle à présent. ( Brusquement, et comme inspiré. ) J'y suis... je commence. ( Passant ses doigts dans ses cheveux. )

« Où donc est la cité, métropole du monde, » En héros si fertile , en vertus si féconde ?

» Montrez-moi ses palais, ses temples, ses remparts

» Où sont-ils? quels débris s'offrent à mes regards!*...,

» O tems dévastateur! à tes coups rien n'échappe!

» Où veillait le sénat, dort un soldat du pape !

Très-beau.

SAINT -YVES, commençant à s'embrouiller, regardant Varinville et passant auprès de lui.

» Forum, que Cicéron n'a jamais trouvé sourd!

{Aux autres.') Pardon, quand on improvise. (Bas à Variwille.) Souffîe-moi donc.

» Forum, où Cicéron n'est jamais resté court

» Il était bien heureux ! que n'ai-jc son langage? » Que n'ai-je son talent? j'en dirais davantage.

( S' adressant à Corinne qui le regarde en riant. )

» Mais où trouver la rime ? alors qu'un œil fripon

» Vous fait perdre à la fois l'esprit et la raison?»

OSCAR ET VARINVILLE.

Bravo .'

CORINNE

Délicieux... {A Varirwille.) Quel dommage que la famille n'ait pas été témoin...

OSCAR

Nous allons le présenter.

CORINNE

A M. Destaillis.

OSCAR

À M. de Brévannes , un connaisseur.

VARINVILLE , bas.

Un oncle , qui a élé chambellan , et qui , maintenant , fait de l'opposition.

SAINT-YVES , à part.

C'est bon à savoir.

CORINNE

Venez, venez.

SAINT- YVES

Dans cet équipage... ce ne serait pas convenable... je vais d'abord me faire conduire à l'appartement de mon frère , pour prendre un habit plus décent.

OSCAR ET CORINNE , allant au devant de Destaillis. Eh î mais j'entends mon oncle. ( Ils sortent parle fond. )

SAINT-YVES , bas.

Ah ! mon Dieu ! et où serrer mon attirail de peinture ?

VARINVILLE , lui montrant le cabinet a gauche. Dans ce cabinet.

SAINT-YVES , ouvrant la porte.

A merveille!... qu'est-ce que je vois là?... c'est mon affaire.

VARINVILLE.

Qu'as-tu donc?

SAINT-YVES

Rien... sois tranquille. (// s1 élance dans le cabinet. Oscar, Corinne et Destaitlis entrent aussitôt. )

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