VARIN VILLE , CORINNE , DESTAILLIS, OSCAR
VARINVILLE , à part.
Allons, me voilà un frère qui m'est venu bien à propos.
OSCAR, à Destaillis.
Oui, vous dis-je... un jeune homme charmant.
CORINNE
Le frère de M. de Varin ville.
DESTAILLIS.
Son frère... Eh bien, je vous apporte aussi de bonnes nouvelles, car voilà son oncle.
TOUS
Son oncle !
VAR1NVILLE , étonne.
Celui-là est un peu fort.
DESTAILLIS.
Oui, mon cher ami... j'ai aperçu un landau jaune.
VARINVILLE.
Vraiment ! (A part. ) Il n'en manque pas sur la grande route.
DESTAILLIS.
Et ce doit être le marquis, parce qu'un landau annonce toujours une fortune respectable et légitime.
VARINVILLE , à pari.
Oui, légitime... comme moi.
DESTAILLIS.
Il y en avait même deux qui se croisaient.
AlR du vaudeville de Partie carrée.
Je voudrais bien savoir qui ce peut être.
VARINVILLE.
Quelque seigneur, quelque acteur en congé".
DESTAILLIS.
L'un, cependant, si je puis m'y connaître,
Marche à pas lents, tant il paraît chargé
L'autre n'a rien , et son allure est vive.
VARINVILLE.
Ce doit être, d'après cela, Deux receveurs , dont l'un arrive , Et dont l'autre s'en va.
DESTAILLIS.
Du tout... il y en a au moins un qui est votre oncle.
VARINVILLE.
On entendrait déjà la voilure. ?
DESTAILLIS.
Non pas : elle a dû rester au bas de la montagne qui domine la ville... c'est un avantage de mon château... Il est tellement bien situé , que rien n'y peut arriver... pas même les voitures... c'est une position militaire bien agréable.
VARINVILLE , à part.
En tems de paix !
DESTAILLIS.
Vous entendez bien que je m'y connais... un ancien mousquetaire.
OSCAR
Il faut aller au-devant de lui.
Lui offrir le bras.
VARINVILLE.
Je vous répète que vous vous êtes trompé... et qu'il est impossible...
DESTAILLIS.
Comment? impossible vous pouvez d'ici apercevoir au bas de la montagne... {Regardant.) C'est singulier... je ne vois plus sa voiture, ni aucune autre.
CORINNE
Les oncles ont toujours la vue basse... vous surtout. DESTAILLIS.
Oui y mais j'ai là ma longue- vue... une longue-vue anglaise.
CORINNE
Qui pourrait bien vous tromper... elles sont sujettes à caution.
DESTAILLIS.
Du tout, du tout,., attendez seulement que je sois à mon point... m'y voici.
CORINNE
Cela me rappelle mon mari , qui , depuis qu'il n'était plus chambellan, se mettait tous les matins à sa fenêtre pour voir arriver une préfecture.
DESTAILLIS.
Je ne vois rien.
CORINNE
C'est justement ce qu'il médisait... Attendez... attendez que j'aille à votre aide.
VARINVILLE.
Air : Le briquet frappe la pierre.
D'après un usage antique, Toujours dans les de'noûmcns > Il nous tombait des parens
Du ciel ou de l'Ame'rique
Que n'en vient-il aujourd'hui ?
DESTAILLIS.
J'en crois voir un, dieu merci 'r Mais si loin , si loin d'ici. . .
oscar.
Il tarde bien à paraître.
VARINVILLE.
N'en soyez pas e'tonnés ; (A par/.) Ceux que le ciel m'a donne's, Quand j'y pense, doivent être Des parens bien eToigne's.
DESTAILLIS.
Il approche... il approche... et ce doit être lui... quoique cette fois-ci ce ne soit point un landau.
CORINNE
Qu'est-ce donc?
DESTAILLIS.
Voyez vous-même. (Pendant qu'ils sont tous à regarder à lafenêtrey Saint-Yves, qui a pris un costume d'oncle, sort furtivement du cabinet et se glisse en dehors par la porte du fond. )
CORINNE
Oui, c'est une briska... ou plutôt une berline... Ah ! mon
VAUDEVILLE ËPISODJQUE. 27
Dieu ! je vois les maîtres sur le siège , et des chiens dans la voilure. I DESTAILLIS.
Ce sont des Anglais.
CORINNE
C'est juste... ils n'en font jamais d'autres... trois bouldogues la tête à la portière.
SAINT- YVES , en ehors.
Hum... hum...