SCÈNE PREMIÈRE
M. de BRÉMONT, NANETTE.
BREMONT
Comment, Nanetle, tu veux aussi te marier?
NANETTE
Dame, not' maître. . . nous autres paysannes. . . c'est ce que nous avons d' mieux à faire. . . Je suis orpheline , j'n'ai pas de dot... dès que l'mois d'novembre arrive, et qu'vous ramenez vos deux pupilles à Paris , qu'est-ce que vous voulez que j'devienne toute seule dans c' grand château isolé ?.. . c'est ennuyant !.., au lieur que, quand on a un mari, on trouve du moins à qui parler... avec ça que les soirées d'hiver sont |i longues!
BRÉMONT
Mais ton Antoine , mon garçon jardinier, dont tu me romps continuellement la tête , est un paresseux.
NANETTE
C'est l'amour qui lui ôte le courage !...
BRÉMONT
Un mauvais garnement , qui ne quitte pas le cabaret
NANETTE
Ah ! mon Dieu , c' n'est que pour s'étourdir... il a tant d' chagrin , c' pauvre garçon ! Vrai , monsieur le coronel , vous serez cause de quelque malheur... Si vous ne nous mariez pas , il dit qu'il est capable d'aller se nayer,
BRÉMONT
Laisse-moi donc tranquille ! tous les amoureux en disent autant... Je me souviens qu'étant jeune , j'étais aussi trèsfort pour vouloir me tuer... quand j'avais des peines de cœur, c'était toujours là ma grande menace... Eh ! bien, j'ai trouvé beaucoup de femmes qui m'ont trahi , trompé , qui se sont moquées de moi... et pourtant je n'en suis pas mort !
nanette , naïvement.
C'est possible , monsieur. . .
BRÉMONT
Comment , c'est possible !. . . puisque je te le dis.
NANETTE
Pardine , je le vois bien. . . mais c'est que vous êtes d'un autre acabit qu'Antoine. . . il est têtu comme une mule. . . et s'il s' met une fois dans l'idée de s* périr , y faudra qu'il s'en passe la fantaisie ; ne fut-ce que par amour-propre !
brémont , souriant.
Diable , tu m'effrayes ! Au fait , ton père était mon fermier.. . un brave homme que j'aimais!... j'ai promis de veiller sur toi. . . et , quoique tu sois encore bien jeune , si monsieur Antoine doit faire ton bonheur... nous verrons... plus tard. . je lui parlerai. .. Allons, vas voir si mes pupilles n'ont pas besoin de tes services.
nanette, enchantée.
Oui , not' maître , j'y cours. . . Ah ! par exemple , vous pouvez vous flatter d'être un brave homme aussi. . . ( Revenant. ) A propos , monsieur le coronel 9 c'est toujours dans huit jours vot' mariage avec mamz'elle Adèle ?
BRÉMONT
Oui.
NANETTE
C'est que, voyez-vous, si vous vouliez faire d'une pierre deux coups , alors. . .
brÉmont, se récriant.
Ah! pas d'impatience!. . . je n'ai encore rien promis.
NANETTE
Non, non, not' maître, n'vous fâchez pas; ce que j'en disais, moi, c'n'était que par économie. (Elle sort.)