SCÈNE VII
GAILJLARDIN, un calepin et un crayon d ta main, et chantonnant; NANETTE, courant.
gaillardin, composant.
« L'amour renverse les obstacles....»
nanette, le heurtant.
Ah! mon dieu. . . vous avez manqué me renverser.
G AILLABDIN.
C'est-à-dire, c'est toi. . . Où, diable, cours-tu donc
ainsi ?
nanette, serrant la lettre dans sa poche.
Moi, Monsieur; nullepart, je me promène.
g AiLLABDiN, regardant son mouvement.
Ah! tu te promènes au grand galop!. . . Et quel est ce papier que nous avons serré dans cette petite poche?
nanette, troublée.
Un papier?. . . Non. . . Monsieur.
G AILLABDIN.
Je te demande bien pardon. . . Hum! friponne! . . . Il n'y a qu'une sorte de lettre que cache une jeune fille. . . c'est un billet doux que tu viens de recevoir.
nanette , vivement.
Du tout, Monsieur; c'n'est pas pour moi... J'n'en reçois jamais. Ah ! ben. . . Antoine ferait un beau charivari, s'il pouvait croire que M. Eugène. . .
GAILLARDIN.
Comment! c'est de mon neveu?. . .
2 I NANETTE
Ah ! mon Dieu. . . qu'est-ce que j'ai donc ?...... Je qe
fais que des bêtises. . . . Lui qui m'avait tant recommandé
le secret!
GAILLARDIN.
Allons, allons. . . il n'y a pas grand mal. . . Tu vois que je suis dans la confidence. ( A part. ) Est-ce que mon gaillard se serait lancé et aurait suivi mon conseil? Voyez-vous le sournois?
NANETTE
Quoi! vraiment, Monsieur, vous savez?...
GAILLARDIN-
Parbleu!... je puis te dire pour qui est cette lettre.
NANETTE
Ah ! ben... vous me rendrez un fameux service... car je je n'en sais rien.
GAILLARDIN.
Et tu t'étais chargée de la remettre ?
NANETTE
Oui, parce que j'espérais savoir Et puis, par tout
c'que j'ai entendu je m'doutais bien que c'était pour
mamz'elle Elise. . . Maisv'là que tout-à-l'heure il m'a embrouillé la chose, si bien que je n'm'y reconnais plus
Avec ca que l'adresse n'est pas plus claire qu'il n'faut.
GAILLARDIN, Usant .
Pour ellel... Il est sûr que, si on la jetait à la petite poste, le facteur serait un peu embarrassé.
Pardine! pour ellel... Cherchez donc le numéro?
GAILLARDIN, â part.
C'est pour Elise. . . Il va tout gâter. . . Si le petit imbécile avait voulu me croire. . . Eh ! mais. . . quelle idée
Qui m'empêche de le servir malgré lui ?
N A NETTE
Mais, maintenant que j'suis sûre de mon fait, j'vas bien vite porter cette lettre.
gaillardin , l'arrêtant.
A qui?
NANETTE
A mam'zelle Elise.
GAILLARDIN.
Garde-t-en bien.. .
NANETTE
Comment ?
gaillardin , cl' un air grave.
Ce n'est pas pour elle.
NANETTE , éiOMlée.
Et pour qui donc? mon bon Dieu !
GAILLARDIN , à part.
Ma foi ! un coup de tête. . . ( Haut. ) Tu ne devines pas ?
nanette , hésitant.
Dame ! je n'vois plus qu'mam'zeîle Adèle. . .
gaillardin, lui mettant la main sur la bouche.
Chutî. . . Il est trop vrai... il m'avait avoué sa fatale passion ; j'ai tout fait pour le rendre à la raison Mais ces
diables de jeunes gens ont des têtes!. ..Je lui avais bien défendu de lui écrire Et voilà qu'à mon insçu il se permet...
NANETTE
C'est-il bien possible!... avec son airde sainte Nitouche... Qu'est-ce que je disais à ces demoiselles, qu'il faut toujours se méfier de l'eau qui dort?... Ah! ben, si M. Brémont savait ça,... i! ferait une jolie mine.
gaillardin.
C'est tout ce que je redoute. . . Je n'ai pas besoin de le défendre de remettre cette lettre. . .
siANETte , hésitant.
Oh ! certainement. . .
GAILLARDIN , « part.
Je suis sûr qu'elle en meurt d'envie. . . (Haut. ) Quant à mon neveu , ne recevant aucune réponse , il faudra bien qu'il se console , et qu'il se résigne à ne pas troubler le repos d'un ancien ami. . . Pauvre cher ami !
nanette , d part.
Quoique ça. . . je n' serais pas fâchée d' savoir comment monsieur Brémont prendrait la chose. . . lui qui s' moque des chagrins des autres; et puis ça m' vengera. . . ( Elle regarde de côté.) Justement , v'Ià mamz'elle Adèle qui lit toute seule dans 1' bosquet. . . en me glissant adroitement. . .
(Elle s'éloigne doucement.)
gaillardin, C observant.
Où vas-tu donc ?
NANETTE
Moi , monsieur. . . j' vais achever ma promenade.
GAILLARDIN.
Ah ! ça. . . ne parle à personne de cetle malheureuse épître.
NANETTE
Oh ! j' n'en ouvrirai pas la bouche. . . ça ferait des cancans.. . (A part. ) Mais, faut qu'elle aille à son adresse, et elle ira. . . ( Haut. ) En vous remerciant , monsieur Gaillardin ; vous m'avez empêché de faire une fameuse sottise.
( Elle sort. )