‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 95 sur 267 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

BRÉMONT, GAILLARDIN.

GAILLARDIN, à part, regardant Brémont*

Très-bien ! voilà le feu qui prend aux étoupes.

brémont, agité.

Quel respect pour mes volontés ! Cela promet pour la suite... Mais toi, j'espère bien...

gaillardin, feignant de vouloir sortir.

Pardon , mon ami , je n'en suis encore qu'au premier couplet de ma chanson pour ta noce.

BRÉMONT. '

Va-t-en au diable avec ta chanson... Tu sais de qui est cette lettre, et, si tu es mon ami, tu me diras à l'instant....

GAILLARDIN.

Ah! si tu me prends par les sentimens !.. mais tu vas te fâcher.

BRKMONT.

Non, je te le promets.

GAILLARDIN.

D'abord, comme je te l'ai déjà dit, ta pupille ne mérite aucun reproche... et mon neveu lui-même n'est peut-être pas aussi coupable...

brémont, vivement.

Ton neveu !.. c'est ton neveu ?..

GAILLARDfN.

Là! qu'est-ce que je te disais... te voilà déjà parti.

BRÉMONT

Non... je suis calme... tu le vois... et c'est ton neveu qui a écrit ?

GAILLARDIN.

Hélas ! oui... j'étais loin de m'y attendre, va ! J'étais là, bien tranquillement, occupé à rimer tous les bonheurs qui peuvent arriver à un maii... je n'avais pas prévu celui-là, par exemple.. .

BRÉMONT

Hé! de grâce, cesse tes plaisanteries.

GAILLARDIN.

Après ça , j'ai été d'autant plus choqué de celle démarche, qu'il m'avait bien promis d'étouffer sa funeste passion.

BRÉMONT

Comment ! lu savais qu'il aimait Adèle ?

GAILLARDIN.

Depuis trois mois, mon ami.. . Il l'a rencontrée. .. à Paris... dans le monde., je ne sais où... et depuis ce temps, le malheureux enfant ne me parle pas d'autre chose.

BRÉMONT

Et tu ne m'avertis pas !

GAILLARDIN.

C'est si délicat. * . Je tentai indirectement d'éveiller ton attention. . . Tu te rappelles. . . ce matin. . . quand je t'ai parlé d'un jeune homme. . . amoureux d'Adèle ?. . .

BREMONT

Et tu me demandais pour lui la main d'Elise !

GAILLARDIN.

Certainement!... pour tâcher de le guérir... pour assurer ta tranquillité — Je le mariais pour toi, uniquement dans ton intérêt... et je pense encore que c'est le seul moyen...

BREMONT

Moi , j'en connais un autre plus prompt et plus sûr.

GAILLARDIN.

Et lequel ?

BREMONT

J'en suis vraiment mortifié. . . mais la réputation de ma femme. . . ma sécurité. . . Tiens , mon cher ami ; je t'avais prié de passer une quinzaine avec nous. . . je crois qu'il est plus prudent que vous partiez tous deux sur-le-champ.

GAILLARDIN.

Comment ! moi aussi ?

b rémont.

C'est une preuve d'amitié que je te demande,., va-t-en... sans façons. ..Désespéré de ne pas t'avoir à ma noce... mais tu conçois... ma position... Je vais dire de mettre les che-2vaux à ma voiture.

Les chevaux !... ne vas donc pas si vite... un moment..* ne précipitons rien... cher ami!... Qu'est-ce que tu peux craindre de mon neveu ?. . . comme tu me le disais ce matin : un enfant, un écolier,..

BRÉMONT

Oui... un écolier de vingt ans.

GAILLARDIN.

Qu'une femme raisonnable ne peut pas encore distinguer.

BRÉMONT

Ta j ta , ta. . . Ce sont les femmes raisonnables que je crains le plus... quand une fois elles s'y mettent.

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