SCÈNE X
Les Mêmes, BRÉMONT.
gaillardin, jouant l'embarras.
Dieux ! c'est lui. .. cachez-la bien. . ( A part .) Il a entendu., c'est tout ce que je voulais.. (Haut, et d'un air dè^ gagé,) C'est toi, mon cher ami . . eh ! bien, qu'est-ce?.
brémont , Les observant.
Vous paraissez bien échauffés. . . tous deux. . .
G AILLARD1N.
Oui... nous parlions... polilique... du blocus d'Alger?
BRÉMONT
Et c'était au sujet d'une lettre. . .
c AiLLARDiN , l'interrompant.
D'un Correspondant. . . oui... Et le journal est-il interressant aujourd'hui?., hein?., la rente... les russes. .. la chambre des députés avance -t-elle comme l'arc -de triomphe?.. *
brémont , frappant du pied.
I! ne s'agitpas de cela... Adèle, cette lettre que vous venez de cacher.., elle vous est adressée...
ADÈLE
Oui, Monsieur. ..
brémont , se contraignant.
C'est une lettre d'amour , si j'ai bien entendu .. . adèle, hésitant.
Monsieur...
g aillardin , se frappant le front.
Il a tout découvert. [Prenant Brémont dans ses bras). Mon ami , mon cher ami ; ne te livres pas à la violence de ton caractère... D'abord ta pupille est innocente.
adèle, avec impatience.
Eh! Monsieur,..
brémont.
Je n'en doute pas. . mais je désire voir cette lettre.
G AILLARDIN.
Oui, je désire.. En style conjugal, ça veut dire '\Qveux, Eh bien, tu ne la verras pas.
brémont, étonné.
Je ne la verrai pas!
GAILLARDIN.
Non, tu ne la verras pas. (A part. ) Allons ferme3 jouons serré.
adèle , prenant ta main de Brémont.
Permettez-moi, mon cher tuteur, de ne pas vous la montrer; non pour moi, vous avez assez de confiance en ma tendresse , et vous ne devez concevoir aucune inquiétude... mais pour une autre personne à qui je ne veux pas faire perdre votre estime, votre amitié. J'espère que M. Gaillardin imitera ma prudence, et qu'il se souviendra qu'en pareil cas le silence et l'oubli sont la seule vengeance qui convienne à une femme.
(Elle soit .)