SCÈNE XIII
EUGÈNE, ensuite ÉLISE.
EUGÈNE seul.
Si je comprends un mot. . . Ils paraissent furieux tous deux , et mon oncle dit que ça va à merveille... Ah î mon Dieu, je devine!... M. Bi émont aura été instruit de la lettre que j'ai écrite à Elise... Nanette aura bavardé. . . Ou bien Elise elle-même.... Cependant, quand je la regardais toutà-l'heure, au salon... il me semblait lire dans ses yeux plus de bienveillance qu'à l'ordinaire... Ah! ce tourment est insupportable! il faut que je connaisse mon sort... et , à la première occasion , je lui parlerai si hardiment. . . Grand Dieu, c'est-elle ! Voilà ma peur qui me reprend!
édse , entrant.
Eh ! mais toute la maison est dans un trouble! Que se passe-t-il donc! M. Brémont enfermé avec son ami; ma sœur qui s'attriste et soupire , comme si son mariage n'était pas décidé. (Regardant Eugène. ) Et M. Eugène qui boude dans un coin , suivant son habitude. . .
eugène , s* enhardissant.
Moi ! Mademoiselle... Du tout.
ÉLISE
Cela n'est pas bien, Monsieur Eugène. . . Nous n'avons que vous pour nous servir de chevalier, et on ne peut vous arracher à vos rêveries... Savez-vous que les savans ne sont pas très-aimables.
eijgène , à part.
Quel regard doux et bon! Ma lettre n'a pas été mal reçue. . . Ça m'encourage. . ,
ÉLISE
Ah! ça, mettez-moi donc au fait? Qu'esl-il arrivé? Pourquoi cet air de mystère , cette agitation?
EUGÈNE
Ma foi ! Mademoiselle , j'allais vous le demander.
ÉLISE
A moi ? Vous vous adressez bien.
eijgène , timidement.
Je pensais que, peut-être, vous aviez porté quelque plainte à M. Brémont.
ÉLISE
Moi! et pourquoi? Je n'ai à me plaindre de personne. Eugène, à part.
Je respire ! (Haut.) Ah! tant mieux, Mademoiselle , je tremblais que quelqu'un ici n'eût encouru votre disgrfice.
ÉLISE
Et qui donc ?
Eugène, embarrassé.
Mais, vous savez... la personne qui ose... qui ose vous aimer...
élise, le regardant.
Quelqu'un qui m'aime ! Comment! il y a quelqu'un qui m'aime?... En vérité, Monsieur Eugène, en voilà la première nouvelle; on ne m'en a jamais rien dit.
eugène, â part.
Allons! elle veut me forcer de lui répéter... C'est bien peu généreux à elle.
élise, à part.
Serait-ce lui, par hasard ! Ah! que je le voudrais! {Haut.) Eh bien, Monsieur Eugène?
EUGENE, à part.
Il n'y a plus moyen de reculer. (Haut, et d'un ton résolu.) Eh bien ! Mademoiselle, je suppose qu'il y eût en effet une personne... ne vous fâchez pas, je vous en prie... qui osât aspirer à votre main... Ah! mon dieu, voilà que vous vous fâchez!... j'en ai trop dit...
Élise, souriant.
Mais non , vraiment, Monsieur Eugène, vous n'en avez pas trop dit.
eugène, tombant à ses genoux.
Il serait possible!... vous m'aviez deviné!... et vous n'en êtes pas offensée... Eh bien! oui, Mademoiselle, vous voyez ce téméraire, cet audacieux qui a osé... et qui jure. . . (// entend venir quelqu'un.) Ciel ! on vient ; et la colère de M. de Brémont, s'il me surprenait à ses pieds ! Sauvons-nous.
( Il s'échappe. J
élise, trés-étonnée.
Eh bien! qu'est-ce qu'il a donc? il s'enfuit au moment où je Pécoutais avec tant de plaisir. N'importe... c'est moi qu'il aime, j'en suis sûre maintenant... Ali ! c'est ma sœur.