‹ La famille du baron, vaudeville épisodique en un acteChapitre 21 sur 25 · TOUTES LES FEMMES · texte numérisé non relu

TOUTES LES FEMMES

Ah! mon Dieu!

SAINT-YVES

Ils étaient affreux , mes chères : des moustaches à la Souvarow, moustaches parfaitement cirées... et des barbes à la Saint-Antoine , comme les jeunes gens à la mode en portent à présent... C'était horrible ! . . . Comme j'ai eu Fhonneur de vous le dire , ils étaient là en reconnaissance ; et par suite de celte reconnaissance , je me vis obligée d'épouser un des chefs j- un Tartare nogais , le comte de Tapcoquîn , de qui j'ai eu mon petit Emmanuel Nîcolaïof , que vous avez vu ce matin.

m"* JUDITH.

Quoi ! ce- jeune homme de si bonnes mœurs?

SAINT-YVES

C'est un jeune Cosaque. . . Cosaque civilisé. . . Mais le naturel primitif commence à se déclarer . . . vous avez dû vous eh apercevoir à ses galantes entreprises.

DESTAILLIS.

Comment, ma sœur?

m"* JUDITH.

Qu est-ce que cela signifie ?

SAINT-YVES

Il m*a tout dit. . . il m^a parlé d'un baiser. .. d*une déclaration faite à vos genoux.

M^'* JUDITH

Quelle horreur ! une femme comme moi.

SAINT-YVES

Est-ce que cela vous fâche ? . . . Est-elle drôle ! c'est une plaisanterie... son père en faisait bien d'autres. . . Pauvre cher Tartare ! . .. grâce au ciel, je l'ai perdu en France , à la bataille de Montmiraii. ( Tirant son mouchoir.) Encore dans une reconnaissance. . . et j'en ai gardé

uoe éternelle au boulet de canon tutélaire qui m'a rendue à la liberté , à ma patrie et à la société , dont j'étais , à ce qu'on m'a dit quelquefois, le plus bel ornement.

DESTAILLIS.

Voilà de nngulières aventures.

Mlle JUDITH, h part.

Et une femme que je ne puis souffrir , pas plus que son benêt de fils.

VARINVILLE.

Qu'est-ce que cela signifie ?.,.( /fa:^/. ) Il faut dire aussi qu'après cette vie agitée madame la vicomtesse n*a plus coulé que des jours calmes et tranquilles , au sein des arts et de l'amitié.

SAINT-YVES

Ah ! oui... les arts que j'aime d'instinct et de passion , et que j'ai cultivés dans mon printems , j*ose dire avec un certain succès, et qui m*ont fait faire la conquête de M. de Yarin ville mon dernier mari... que je crois voir encore, avec son lorgnon et ses ailes de pigeon... un dilettante qui adorait ma voix... car je chantais autrefois comme madame Malibran.

Air du Concert à la Cour *.

Dans un air de Ma Tante Aurore , Uoe cadence le charma ; Le lendemain , plus tendre' encore , Une roulade l'enAamma.

11 vint chex moi car près des belles

L'Amour voltige sans façon.

Lorsque T Amour, outre %t% ailes , Porte des ailes de pigeon.

Enfin il m'enleva ; et voilà comment je fus séduite pour la seconde fois.

M***" JUDITH

Pour la seconde fois !

Ma tante se trompe... elle confond dans ses souvenirs.

^ Ce couplet peut se passer. Après les mots : un diletianèe qui m^adorait , on va tout de suite à : et qui m'enieça , voilà comment /e/us séduite pour la seconde /ois , etc.

Q^tized by VjOOQ IC

SAÏÎ^T-YVES.

Cest possible... j'avais si peu d'expéricnte , j'étais si jeune quand j ai quitté le toit paternel... Mon père , pâtissier du roi... (mouoemenf de tout le monâe) nne. charge qui donnait la noblesse, toujours en bas de soie, Fépée au câté , brutal de caractère , nous donnait plus de soufflets que de tartes aux pommes , plus de coups dé pied que de croquignoles... Un jour, à la suite d'une vivacité paternelle, plus vive que de coutume ^ je prisraesjambes à mon cou, et mes chers parens n'entendirent plus parler de moi. {Chantant,)

Non , non , niSn , j*ai trop de fierté Pour me soumettre ii Tesclavage.

DESTAILLIS, et la famille se regardan/.

Voilà qui est inconcevable.

SAIWT-YVES, con/inuant de chanter.

Dans les liens du mariage Mon cœur ne peut

{S' interrompant.) Pardon, je ne suis pas en voix aujourd'hui... et puis cet appartement est un peu sourd.

VABINVILLE, à part , avec humeur, 11 est bien heureux.

Si vous m'aviez entendu chanter cet air. dans la salle de Toulouse.

OSCAR

Madame a brillé à Toulouse ?

SATNT-YVES.

Oui, monsieur... j'y ai joué un certain rôle. .. Qu'est-ce que je dis?... j'en ai joué plus d'uti... j'ai tenu, pendant trois ans, en chef, et sans partage, l'emploi des Dugazoncorsets.

DESTAILLIS.

Qu'est-ce que j'entends là?... vous avez joué la comédie , à Toulouse?

SAINT-YVES

Quelle ville, monsieur!... ancienne ville de parlement ..

public sévère, mais connaisseur... J*élais son bijou, son

enfant gâté... on me passait tout... J'ai fait manquer plus de

vingt spectacles pour des parties de plaisir... Je ne crai-

gnais rien. .. j'avais le maire dans la manche... il était amoureux de moi. ».

TOUS

C'est une horreur !...

Vous l'auriez été comme lui, si vous m^aviez vu danser la cosaque. ( Bfait quelques pas en chantant la Russe : Tra ^ la, luf la. )

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