La Famille Du Gué de Boisbriand
Mossire MiclHîl-Sidrac Du Oiié, sieur de Boisbriand, était fils de Pierre Du (iué, sieur de la Boulardière, et de Perinne de (liaïuhellé. Il était né vers 1638 à Persevil, évêché de Nantes.
M. Du Gué de Boisbriand servit d'abord dans le régiment de Montaigu, puis il entra dans le régiment de Cham- ])ellé qui était commandé par un des frères de sa mère.
Lorscjue le loi décida d'envoyer le régiment de Carignan dans la Nouvelle-France, M. Du Gué de Boisbriand (}ui était cai)itaine dans le régiment de Cbambellé demanda à passer dans la colonie. Il entra dans le répriment de Cariai nnn avec son grade de ca])itaine.
Le régiment de Carignaii (lébar([ua à Québec dans l'été de 1665.
rendant l'été de !()()(), M. Du (Jué de Hnisliriand était en garnison à Montréal avec sa compagnie.
En 1665, M. de Maisouneuve, gouverneur de Montréal,
l)artait pour la France, M. de Tracy, qui ne l'aimait pas, lui avait enlevé son gouvernement. En attendant l'arrivée du successeur de M. de Maisonneuve, le commandement à Montréal fut successivement exercé par le major Zacliarie rie Dupuy, le sieur de la Fredière, Pierre de Saint-Paul de la Mothe et M. Du Gué de Boisbriand. Celui-ci fut commandant à Montréal à partir du printemps de 1670 jusqu'à l'arrivée de M. Perrot, le nouveau gouverneur, en août
Dans son Histoire de la colonie française en Canada, M. l'abbé Faillon explique que le Séminaire de Saint-Sulpice, propriétaire de toute l'île de Montréal, avait concédé dès 1671 quatre fiefs pour protéger le centre et le bas de l 'île de Montréal contre les incursions des Iroquois. Il restait encore à fortifier la tête de l'île de Montréal en établissant des colons sur le bord des lacs Saint-Louis et des Deux-Montagnes par où les Sauvages avaient coutume de descendre pour faire leurs hostilités.
C'est pour cette raison que le 19 janvier 1672 le Séminaire de Montréal concédait à M. Du Gué de Boisbriand un autre fief situé au bord du lac des Deux-Montagnes et se composant de deux cents ari)ents de terre.
M. Faillon ajoute :
' ' Comme M. Du Gué témoignait beaucoup de zèle pour l'établissement du pays, et que même il avait déjà fait construire une maison au haut de l'île, M. Dollier (supérieur du Séminaire) pour le récompenser, ajouta à ce fief toutes les îles et battures situées au-devant et d'autres encore."
Cette concession prit le nom de fief de Boisbriand. Il n'appei-t pas que M. Du Gué de Boisbriand se soit beaucoup occupé de coloniser sa concession. Il y établit très peu
de colons. Apparemment, la traite avec les Sauvages avait pour lui plus d'attraits que la culture des terres.
Sept ans après l'avoir reçu, le 20 juin 1679, M. Du Gué de Boisbriand vendait (^e fief à Charles LeMoyne de T.onj^ucuil et à Ja<'(pies LeBer, son beau-f l'ère. Il i)assa ensuite au fils de ce dernier, M. LeBer de Senneville, qui lui (ionna s(.tn nom de Senneville qu'il a gardé Jusqu'à nos jours.
L'île Sainte-Thérèse située dans le Saint-Laurent, près de Repentigny, avait attiré l'attention de M. IHi Gué de Boisbriand, ]»robal)lenient à cause de la beauté de son site, de sa pioximité de la ville de Montréal et iJeut-être aus- <i pour les avantages qu'elle offrait pour la traite. Dès Ki()7. M. Du Gué de Boisbriand s'était fait donner la per- )ni^-sion par M. Talon de faire travailler à des défrichements sur l'île Sainte-Thérèse.
Le 29 octobre 1672, l'intendant Talon concédait à M. Du (iiié de J>oisbriand, "en considération des bons, utiles et louables services qu'il a rendus à Sa Majesté en différents endroits tant en l'ancienne qu'en la Nouvelle-France de2)uis qu'il y est passé par ordre de Sa Majesté, et en vue de ceux (ju'il témoigne vouloir encore rendre «-i-après", l'île Sainte-Thérèse, avec les îles et les îlets adjacents. M. Du (}\\v de Boisbriand devait jouir de cette concessioij en licf, seigneurie et justice, lui ses hoirs et ayant caus^^, à la cliarge de la Toi et hommage au château Saint-Louis de Québe<*, duiiuel il devait relever aux droits et redevances a<*c()utu mes, suivant la Coutume de la ])révôté et vicomte de Paris. Le nouvnu seigneur devait tenir et faire tenir feu et lieu sur sa seigneurie. 11 avait aussi ordre de conserve)- les l»ois do cliéne ))ropres à la construction des vaisseaux nnn seulement sur son domaine mais encore sur h's tei'i'cs qu'il con-
coderait. Pareilleineut, il devait donner a^ io au roi ou à la Comijni^iîie des Indes Occidentales de^• mi!.c.>, minières on minéraux, s'il s'en trouvait sur sa seigneurie (1).
Dans son célèbre voyage au lac Ontario en 1673, le gouverneur de Frontenac se fit accompagner par un corps de troupes assez considérable et les plus braves officiers de la colonie. Le but de M. de Frontenac était d'en imposer aux Iroquois. M. Du Gué de Boisbriand était de cette exi)édition avec MM. de Saint-Ours, Morel de la Durantaye, Margane de Lavaltrie, etc, etc.
L'auteur anomine du Journal du voyage du comte de Frontenac au lac Ontario terminait sa relation en écrivant qu'après Dieu M. de Frontenac devait le succès de son expédition à ses officiers qui tous avaient fait preuve de vigilance, d'activité, de zèle et de bravoure (2).
Le 12 mai 1678, Louis XIV ordonnait au gouverneur de Frontenac et à l'intendant Duchesneau conjointement avec le Conseil Souverain, d'assembler les vingt princi- 13aux et plus anciens habitants du pays pour aA^oir leur avis sur le commerce de l'eau-de-vie avec les Sauvages.
M. Du Gué de Boisbriand fut un des citoyens choisis pour donner cette consultation. Le choix du Roi était malheureux car il était évident que le brave officier faisant lui-même la traite avec les Sauvages, ne i^ouvait donner un avis désintéressé.
Le 26 octobre 1678, jour fixé pour la réunion, M. Du Gué de Boisbriand donnait ro])inion suivante :
"Que le dit commerce de l'eau-de-vie est absolument nécessaire pour attirer les Sauvages dans les colonies f ran"
(1) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 89.
(2) O'Callaghan, Documents relative to tlie HLstory of tlie State of New- York, vol. IX, p. 114.
çaiscs et les empêcher de porter leurs pelleteries aux étrangers, ce qui ne peut en aucune façon préjudicier à la conversion des dits Sauvages, ni à l'augmentation de la religion. Au contraire que si cette i)ermission n'est donnée, les Sauvages pouvant trouver de l'eau-de-vie ailleurs, ils s'en iront aux Anglais et Hollandais qui, au lieu de leur donner connaissance de l'Evangile, les obligeront de tomber dans l'hérésie on ils les laisseront dans leurs superstitions et ne reviendront i)lus avec les Français, et qu'il a connaissance qu'il s'est retiré plus de 300 Iroquois qui étaient à la chasse au Long-Sault sur la rivière, à 30 lieues de Montréal, faute de leur avoir donné de l'eau-de-vie, et qu'ils ont porté leurs ])elleteries aux étrangers" (3)
Le recensement de 1681 nous montre M. Du Gué de Boisbriand établi sur son fief de l'île Sainte-Thérèse. On lui donne 43 ans. Sa fennne en a 34. Leurs enfants soi't au nombre de sei)t : Jean, 13 ans; Marie, 11 ans; Jacques, 10 ans, Pierre, 8 ans ; Jeanne, 6 ans ; Joseph, 4 ans ; Elisabeth, 1 an. M. Du Gué de Boisbriand a trois domestiques : Jean
Deperteau, 51 ans, Nicolas Kagueneau, 33 ans; Marie
20 ans. Dans la maison, il y a quatre fusils et 4 pistolets. L'écurie contient 16 bêtes à cornes. Le seigneur n'a que 40 arpents de terre en valeur. Tout ceci fait dire à M. Suite (pie M. Du (Jué de B()is})riand ne vivait à l'île Sainte-Thérèse que i)our le connnerce (h's pelleteries. Xous sonunes un l)eu de son oi)inion. Etabli sur l'île Saint i^-Thérèse dei)uis neuf ans, avec deux domesticpies dans toute la vigueur de l'âge, il nous semble (pie s'il ne s'était occupé (pie de défrichement et de cultuic, il aui-nil pu faire beaucouj» plus.
Le 24 septembre Kis;^, M. l)u(iué(le lîoisbriand s(> fai
(3) IMerre Miiigry, MrinolrcM rt »l<i<Mimriit>. vol. lor. p. -108.
sait accorder une antre seigneurie sur la côte du nord :
"Les terres qui sont à commencer où finit la concession du sieur Daulier des Landes (Terrebonne), dans la rivière Jésus, jusqu'à la rivière Du Chêne icelle comprise", soit quatre lieues et demie de front sur trois de profondeur. C'est ce qu'on a appelé plus tard la seigneurie des Mille-Iles.
M. Du Gué de Boisbriand avait-il réellement l'intention de coloniser ce nouveau domaine '? Les apparences sont X)lutôt qu'il voulait continuer là ce qu'il avait fait à l'île Saint e-Tliérèse et sur son fief de Boisbriand, c'est-à-dire la traite avec les Sauvages (4)
En 1683, lorsqu'il fut question d'enlever le gouvernement de Montréal à François-Marie Perrot, qui s 'était conduit de si indigne façon, M. Du Gué de Boisbriand fut candidat à cette charge importante. Mais M. de la Barre, gouverneur de la Nouvelle-France, se prononça contre lui.
Dans sa lettre du 4 novembre 1683, à M. de Seignelay, il écrivait :
"On m'informe qu'on doit vous proposer le sieur Du Gué comme gouverneur de Montréal, à la place de M. Perrot. Je suis obligé de vous informer qu'il est lourd de corps et d'esprit, et qu'il est incapable de l'activité nécessaire dans ce gouvernement ; le sieur Dernier est celui qui est le plus capable de remplir la charge, si le sieur Provost, ma" jor de cette ville, ne vous convient pas" (5).
MM. Bernier et Provost pas plus que M. Du Gué de
(4) La seigneurie des Mille-Iles retourna au roi le 1er mars 1714 pour non exécution des conditions de la concession. Cinq jours plus tard, le 5 mars 1714, elle était concédée aux deux gendres de M. Du Gué de Boisbriand, MM. Jean Petit et Charles-Gaspard Piot de Langloiserie.
(5) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 6.
Boisbriand n'eurent la charge. C'est M. de Callières qui fut envoyé de France pour succéder à Perrot.
Dans l'expédition de M. de la Barre contre les Iroquois en 1684, M. Du Gué de Boisbriand avait un important commandement.
L'armée composée de douze cents honunes parmi lesquels étaient trois cent cinquante guerriers sauvages avait été divisée en trois corps. Le premier, nominalement aux ordres de M. de la ]3arre, était spécialement confié à M. Kobineau de Villebon ; le deuxième était coimnandé par M. d'Orvilliers; et le troisième par M. Du Gué de Boisbriand.
La campagne entreprivse par M. de la Barre fut à peu près nulle pour le bien de la colonie. Elle se teiTuina même par une paix qui était peu honorable pour le nom fran(;ais. Mais la faute en retombe tout entière sur M. de la Barre. M. Du Gué de Boisbriand, M. Robineau de Villebon et M. d'Orvilliers durent exécuter un plan de campagne hâtivement préparé i)ar M. de la Barre lui-même et ils s'en tirèrent le mieux (ju'ils ])urent. Les historiens sont unanimes à mettre tout l'insuccès de la cami)agne de 1684 sur les éi)aules de M. de la Barre.
Le gouverneui' de Denonville (|ui succéda à M. de la J^arre dans le gouvernement de la Nouvelle-France, fut l)lus Juste pour M. Du ( Jué de Boisbriand que son j)rédéccsseur.
Le 10 sei>tenibre 168(), il écrivait au ministre :
"Le sieur Du Gué, neveu de M. de Chanibellé. est \v ])lus ancien ca])itaine. Il est fort honnête homme et dans une grande nécessité; il est (•a])able encore de rendre de bons services, aussi bien que cinci ou six autres. Ge serait
une grande cliarité que de les pouvoir aider" (6)
Dans l'expédition de M. de Denonville contre les Tsonnontouans en 1687, M. Du Gué de Boisbriand conunandait les milices de toute la colonie.
M. de Denonville fut très satisfait de ses services. Dans sa lettre à M. de Seignelay du 25 août 1687, après aA^oir fait l'éloge de ses principaux lieutenants, MM. de Callières et Vaudreuil, il écrit :
" J 'ai eu l 'honneur de vous mander par ma dernière lettre avant mon départ, que j 'avais mis les anciens officiers de Carignan à la tête de nos habitants, et que j 'avais choisi les plus honnêtes gens de ces habitants pour en faire des capitaines. Je suis obligé de vous dire en leur faveur qu'il y en a d'une grande distinction que je souliaiterais fort que vous fissiez capitaines. Gela ferait du bien au pays pour l'émulation que cela donnerait en choisissant les plus honnêtes gens et cela leur aiderait à accommoder leurs seigneuries.
"J'ai donné la compagnie dont vous avez eu la bonté de m 'envoyer la commission en blanc au sieur Du Gué, plus ancien de tous les capitaines de Carignan. Il avait le commandement de tous nos habitants" (7).
M. Du Gué de Boisbriand décéda à Montréal le 18 décembre 1688.
Il avait épousé, à Montréal, le 7 novembre 1667, Marie Moyen, fille de Jean-Baptiste Moyen et d'Elisabeth le Bret.
Elle décéda un an avant son mari, le 24 octobre 16S7, à
(6) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 8.
(7) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 9.
l'île Sainte-Tliérèse, et fut inhumée dans l'église de la Pointe-aux'Trembles.
])e leur mariage étaient nés neuf enfants :