LE XXVIII JUIN MDCGXII
11 y a longtemps que M. Heyer (dans les Mémoires de la Société d'histoire de Genève, t. IX) a relevé l'erreur qui fut commise ainsi, il y a un siècle, et qu'on n'a pas encore jugé à propos de corriger. L'une et l'autre maison, celle de la Grand'Rue et celle de la rue Jean-Jacques-Rousseau, ayant été démolies et reconstruites, la question n'offre plus grand intérêt. Mais quand la vieille bicoque subsistait encore à la rue Jean-Jacques-Rousseau, les touristes allaient la contempler avec une émotion dont nous trouvons le témoignage, par exemple, dans une lettre qu'Edgar Quineta écrite à vingt ans (23 septembre 1823).
de moins que lui, était venue tenir son ménage et remplacer la mère morte, auprès des deux enfants. L'auteur des Confessions a fait une charmante peinture de cette aimable personne : « J'étais toujours avec ma tante, dit-il, à la voir broder, à l'entendre chanter, assis ou debout à coté d'elle, et j'étais content. Son enjouement, sa douceur, sa figure agréable m'ont laissé de si fortes impressions que je vois encore son air, son regard, son attitude; je me souviens de ses petits propos caressants; je dirais comment elle était vêtue et coiffée, sans oublier les deux crochets que ses cheveux noirs l faisaient sur ses tempes, selon la mode de ce temps-là. » On a son portrait, mais c'est celui d'une femme très âgée; il a été fait trop tard.
Au temps où Suzanne et ses sœurs étaient jeunes, le Consistoire, qui ne perdait de vue aucune de ses ouailles, avait eu un coup de férule à leur donner, à elles aussi. A vrai dire, c'est une peccadille qu'il leur reprochait , et le tableau qu'on va voir est celui de mœurs très simples.
Registre du Consistoire, 10 août 1702. — Sur ce qui a été rapporté qu'on aurait vu, dimanche passé, après le
1. Jean-Jacques aussi avait les cheveux noirs. (Lettre de Deleyre à Rousseau, 28 février 1758.)
prêche du soir, des demoiselles dans l'allée du sieur Rousseau, à la Cité1, jouant aux cartes, dont on aurait été scandalisé : a été avisé que MM. les pasteur et Ancien du quartier les feront appeler pour les en censurer.
Registre du Consistoire, 24 août 1702. — A été rapporté par M. Turrettini, l'aîné, qu'en suite de la commission donnée tant à lui qu'à M. Burlamacchi, ils avaient fait appeler les filles du sieur Rousseau, au sujet de la plainte qu'on aurait faite de les avoir vues jouer aux cartes sur la porte, dans l'allée de leur maison, un jour de dimanche. De quoi ils les auraient censurées, et exhortées à ne plus donner un tel scandale.
Les deux sœurs cadettes, Clermonde (vingt-huit ans), qui épousa plus tard M. Fazy, et Suzanne (vingt ans), avaient seules comparu devant M. le pasteur Turrettini et M. l'Ancien Burlamacchi. Leur sœur aînée, Théodora — nous la connaissons, c'est la femme de Gabriel Bernard, — se rebiffa. On la menaça de l'appeler en plein Consistoire; elle alla alors s'expliquer chez M. le professeur Tronchin, avouant qu'elle avait « manié les cartes un jour de dimanche, sur la porte de sa maison, non pour jouer, mais seulement pour deviner ». Le Consistoire secoua la tête , et réitéra sa
1. Cette maison avait été acquise en 1641 par un ancêtre des demoiselles Rousseau.
menace. Théodora s'exécuta, et comparut devant le pasteur et l'Ancien du quartier, pour recevoir sa réprimande : c'était une femme de trente ans.
Jean-Jacques, dans les Confessions, ne dit pas un mot de ses grands-parents. Il a pu connaître deux grand'tantes , Mmes Chabrey et Chenevière, qui sont mortes quand il avait onze et dix-sept ans; — et son grand-père David Rousseau, dont il a parlé à Bernardin de Saint-Pierre. Mais il ne paraît pas que ce digne homme ait cultivé avec prédilection Y art d'être grand-père. S'il avait aimé les enfants, s'il avait pris souvent Jean-Jacques sur ses genoux, l'auteur des Confessions ne l'aurait pas sans doute oublié. Dans toute cette lignée, David, Isaac, Jean-Jacques, on était indifférent aux enfants, on se passait d'eux, on ne s'y attachait pas : calus héréditaire, qui concourt à expliquer le plus grave des torts qu'on reprochée Rousseau.
Jean-Jacques avait une jeune bonne, sa mie Jacqueline, qui fut pendant quelques années domestique de la famille, et que Rousseau a eu plaisir à retrouver, quand il revint à Genève en 1754. Après la publication de la Nouvelle Héloïse, elle vivait encore, et elle écrivit à Rousseau, qui lui répondit :
Votre amitié me sera toujours chère. Je n'ai point cessé de penser à vous et de vous aimer. Souvent je me suis dit, dans mes souffrances, que si ma bonne Jacqueline n'eût pas pris tant de peine à me conserver étant petit, je n'aurais pas souffert tant de maux étant grand.
Cette lettre fut communiquée au Journal de Genève, en décembre 1788, par Jean-Antoine Martin, membre du Conseil des Deux-Cents, qui l'accompagna de quelques renseignements :
Jacqueline Danel avait été aussi la mie de mon père (né 47 mars 1711). Elle est morte avancée en âge, il y a une douzaine d'années 1.... Sa mémoire est en vénération dans le quartier. Elle avait un si bon cœur, elle était si généreuse et d'un caractère si gai que je ne suis point étonné que Rousseau ait toujours conservé pour elle un tendre souvenir.
Je me rappelle avoir appris de la mie Jacqueline que le petit Rousseau, ayant eu le malheur de déchirer son atrio (petit livre classique, Atrium latinitatis 2, recueil de
1. Jacqueline Faramand, fille d'un cordonnier, née à Genève le 20 janvier 1690, épousa en 1733 Jacques Danel, teinturier; elle mourut veuve le 8 août 1777.
2. 11 n'y a pas lieu d'épiloguer sur les mots, sur le titre d'un livre, dans le récit que fait M. Martin, d'une anecdote vieille de soixante ans. Autrement, je me demanderais qui donc aurait donné des leçons de latin à Jean-Jacques? Jamais il n'a été à l'école; c'est une <\i*> singularités de sa vie. Et de même, dans l'éducation qu'il l'ait donner à Emile. point d'école publique, point de camarades et d'émulation.
mots latins), il fut condamné à être enfermé plusieurs jours dans un galetas; la bonne Jacqueline fut pendant ce temps son unique consolatrice.
Une autre anecdote du môme temps nous est racontée par Jean-Jacques lui-même. L'auteur des Confessions écrivait ses brouillons sur les premières feuilles venues; après les avoir ensuite recopiés de sa belle écriture dans les manuscrits destinés à l'imprimeur, il détruisait les papiers où s'était épanché son premier jet. On conserve à la bibliothèque de Neuchâtel les brouillons de quelques morceaux qu'il a laissés de côté dans la rédaction définitive. Mon savant ami, M. Jansen, et moi, nous les y avons copiés, chacun de notre côté. Le fragment qui suit i nous ofïre un aperçu des leçons qulsaac Rousseau donnait à son fils :
La circonférence du ciel, que je voyais autour de moi, m'avait fait imaginer le globe du monde creux, et les hommes vivant dans le centre. Pour me désabuser, mon père s'avisa de planter des épingles dans une boule de tripoli. Il m'en coûta beaucoup pour imaginer des hommes sur la surface du globe. Quand ce vint à l'explication des antipodes, ces gens que je voyais la tête en bas, ne pouvaient s'arranger dans la mienne; et le système de Copernic me faisant prendre le soleil pour
1. Il a été publié par M. Jansen dans l'appendice de son livre : Rousseau als Botaniker, Berlin, 1885.
le haut de l'univers, je ne pus jamais bien comprendre pourquoi la nuit nous ne tombions pas dans le ciel.
A l'égard du cours du soleil, mon père avait une petite sphère armillaire; mais il eut beau s'y fatiguer, et moi aussi : je n'y pus rien concevoir du tout; et elle ne servit qu'à brouiller toutes mes idées. J'ai remarqué, depuis, que tous les enfants sont dans le même cas ; ils apprennent les noms des cercles, disent par cœur leurs usages, et puis c'est tout. Ils n'en tirent jamais la moindre notion véritable de la marche du soleil et de sa situation [par] rapport à la terre; ce qui me fait croire que la sphère est un instrument mal inventé. Tous ces cercles imaginaires troublent l'esprit d'un enfant : il lui en faut supposer de semblables dans les cieux. Si on l'avertit que ces cercles n'existent pas, il ne sait plus ce qu'il voit. Il faudrait, pour que la sphère les abusât moins, lui donner des proportions directement contraires à celle qu'elle a communément, c'est-à-dire un grand globe et de petits cercles.
Quoi qu'il en soit, mes premières et meilleures leçons de cosmographie furent prises devant l'établi d'un horloger, avec une boule de tripoli et des épingles pour tous instruments. Je ne saurais dire avec quelle avidité je dévorais ces.... (Le morceau est interrompu.)
Jean-Jacques Rousseau tenait ses prénoms de son parrain Jean-Jacques Valençan, riche marchand drapier, qui avait été reçu bourgeois de- Genève en 1701. Il était le fils de Spectable Jean Valençan, ministre de la Parole de Dieu, de Châtillon en Dauphiné, réfugié à Berne. Il demeurait à la Grand'Rue, dans la môme maison que les
l'ainillcs Bernard et Rousseau; Isaac Rousseau et lui élaient à peu près du même âge.
Malheureusement, Valençan mourut d'apoplexie à quarante-cinq ans, en 1715. Cette mort fut très fâcheuse pour son filleul Jean-Jacques Rousseau, à qui elle enleva un protecteur qui aurait pu lui rendre des services, comme il en avait rendu à sa mère pendant l'absence d'Isaac : c'était un homme entendu aux affaires.
A cette époque où Isaac Rousseau vivait en père de famille avec sa sœur et ses deux enfants, nous rencontrons son nom dans le registre de la Compagnie des pasteurs, à la date du 10 janvier 1715 :
On a nommé les sieurs Gédéon Rigot, Isaac Rousseau et Gaspard Bonnet, pour collecteurs à la place de ceux qui ont été déchargés; et ayant été grabelés 1 à haute voix et par ballottes, ils ont été approuvés.
Il était ainsi appelé à des fonctions à la vérité modestes; mais ses deux collègues nommés en môme temps que lui, et tous les membres du
\. Le grabeau était une délibération, un entretien sur les mœurs, la conduite et la capacité des candidats. Quand ils avaient été ainsi grabelés à haute voix, on votait au scrutin secret, avec des boules ou ballottes, pour les accueillir ou les repousser.
comité dans lequel il entrait, appartenaient à la bonne bourgeoisie; c'était un premier échelon dans la hiérarchie des charges publiques; il était sur la voie des honneurs républicains, où son père était allé jusqu'au poste de dizenier. S'il avait eu de l'ambition, Isaac Rousseau eût pu entrevoir, au loin, comme un bâton de maréchal, le titre de membre des Deux-Cents. Mais il eût fallu une conduite exemplaire, et Isaac Rousseau était un homme léger, jaloux de son loisir, point assidu au travail ; la jolie situation de fortune qu'il tenait de sa femme semble avoir lentement décliné. Son fils aîné devenait un mauvais sujet. Avec son fils cadet, dont l'intelligence était précoce, Isaac, après le repas du soir, lisait des romans, ceux du grand siècle, ces œuvres d'un tour si fier et si noble, que les lecteurs d'aujourd'hui trouvent insipides, et qui ont su plaire autrefois à La Fontaine, à Mme de Sévigné : VAslrée, Cléopâtre, le Grand Cyrus. On connaît les vers de La Fontaine sur d'Urfé, qui, dit-il,
a fait une cruvre exquise.
Étant petit enfant, je lisais son roman, Et je le lis encore ayant la barbe grise.
« Il n'était question d'abord, dit Rousseau, que de m'exercer à la lecture par des livres amusants;
mais bientôt l'intérêt devint si vil', que nous lisions tour à tour sans relâche, et passions les nuits à cette occupation. Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait, tout honteux : « Allons nous coucher; je suis plus enfant que toi ». L'anecdote est charmante; mais quel solécisme en pédagogie! Le pli donné de bonne heure à l'imagination de l'enfant l'a préparé sans doute à être un jour le rival heureux de ces auteurs qui l'enchantaient : Honoré d'Urfé, La Calprenède, Mlle de Scudéry. Isaac Rousseau, s'il eût vécu assez pour lire la Nouvelle Héloïse, eût eu le droit de s'applaudir du succès inattendu de sa méthode éducative; toujours est-il qu'aucun homme sérieux ne la recommandera.
Mais c'était après tout une vie agréable, calme et douce, qu'on menait à son foyer. Dix ans se passèrent ainsi, pendant lesquels Jean-Jacques eut une enfance heureuse; il ne lui manquait que des compagnons de son âge; point de sœur et point de cousine ; la différence d'âge entre son frère et lui était trop grande pour qu'ils eussent les mêmes amusements. D'une nature bien douée et fine, d'un caractère un peu féminin, il se plaisait à la société des grandes personnes, sa tante et son père. Au milieu de l'innocence de ses premières
années, il exerçait déjà sur son entourage cet attrait personnel qui lui valut tant d'amis le long* de sa carrière, et qu'il possédait môme encore dans sa morose vieillesse, quand Bernardin de Saint-Pierre vint lui rendre visite et fut saisi par son charme. Dans le petit cercle de famille que présidait l'horloger, la vie était étroite et sans horizon; l'impression qu'en reçut lame de l'enfant n'en fut que plus pénétrante. Un cadre resserré comme celui-là fut pour lui, dans les rêves de toute sa vie, une des conditions du bonheur.
Jean-Jacques tenait beaucoup de son père, et il était demeuré très attaché à sa mémoire. Dans ses écrits, il a eu à plus d'une reprise, avant les Confessions où il s'est donné carrière, l'occasion de parler de lui. Isaac vivait encore quand le jeune provincial, débarqué à Paris, et bien éloigné encore du moment où il réussit à percer, se reportait aux entretiens où son père, chaud républicain, enthousiaste ami de la liberté, lui mettait au cœur l'orgueil de porter le litre de citoyen de Genève :
Ah! s'il fallait un jour, absent de ma patrie, Traîner chez l'étranger ma languissante vie, S'il fallait bassement ramper auprès des grands, Que n'en ai-je appris l'art dès mes plus jeunes ans!
Mais sur d'antres leçons on forma nia jeunesse. On me dit de remplir mes devoirs sans bassesse, De respecter les grands, les magistrats, les pois, De chérir les humains, et d'obéir aux lois. Mais on m'apprit aussi qu'ayant par ma naissance x Le droit de partager la suprême puissance, Tout petit que j'étais, faible, obscur citoyen, Je faisais cependant membre du Souverain. - Avec le lait, chez nous, on suce ces maximes.
Quelques années plus tard, en dédiant le Discours sur V Inégalité à la République de Genève, Jean-Jacques revient aux leçons qu'il avait reçues de son père ; et parlant de lui aux magistrats de 1754, parmi lesquels siégeaient encore quelquesuns de ceux qui l'avaient condamné en 1722, et l'Auditeur qui avait été chargé d'informer sur son
1. Par ma naissance : le lecteur aura remarqué ces mots. Je citerai, pour les expliquer, un passage de la Lettre d'un citoyen, du pasteur genevois Jacob Yernet :
« Peu de gens connaissent bien notre constitution. A parler exactement, elle n'a rien de démocratique. En effet, ce qui dans le style de nos Édits est appelé le peuple, n'est pas, comme en d'autres pays, tous les membres de la communauté, tous les habitants du pays : ce n'est que les citoyens et bourgeois. Eux seuls entrent dans le Conseil général; eux seuls sont éligibles pour d'autres conseils; tandis que d'autres classes plus nombreuses, comme celles des Natifs, des Habitants, et des gens de la campagne, n'y entrent point; et quoique membres de la communauté, et y possédant divers privilèges, ils ne participent pas néanmoins au gouvernement. Ainsi l'on peut dire que vis-à-vis d'eux, les citoyens et bourgeois forment un corps d'Aristocratie héréditaire, comme à Venise les Nobles vis-à-vis des citadins. »
procès, — mais tout était pardonné et oublié depuis longtemps :
Je ne me rappelle point, disait-il, sans la plus douce émotion la mémoire du vertueux citoyen de qui j'ai reçu le jour, et qui souvent entretint mon enfance du respect qui vous était dû. Je le vois encore, vivant du travail de ses mains, et nourrissant son âme des vérités les plus sublimes. Je vois Tacite, Plutarque, Grotius, mêlés devant lui avec les instruments de son métier. Je vois à ses côtés un fils chéri, recevant avec trop peu de fruit les tendres instructions du meilleur des pères. Mais si les égarements d'une folle jeunesse me firent oublier durant un temps de si sages leçons, j'ai le bonheur d'éprouver enfin qu'il est difficile qu'une éducation dont le cœur se mêle reste perdue pour toujours.
Enfin il faut rappeler le récit de cette fête de nuit que Rousseau a racontée dans une note de sa Lettre à iï Alembert : « Les enfants éveillés par le bruit accoururent demi-vêtus; la danse fut suspendue; ce ne furent qu'embrassements, ris, santés, caresses. Mon père, en m'embrassant, fut saisi d'un tressaillement que je crois sentir et partager encore. — Jean-Jacques, me disait-il, aime ton pays ! »
Qu'on dise maintenant, si l'on veut, avec M. Dufour-Vernes : « Il est impossible de ne pas reconnaître dans ce père si indifférent et si égoïste,
si changeant, si peu ami du travail, dans cet homme qui passe ses nuits à lire des romans avec son jeune fils, qui l'abandonne ensuite aux ennemis de la foi de ses pères, et qui ne lui donne plus aucune marque d'intérêt; dans cet être malheureux, à charge à lui-même et aux autres, qui a mal commencé la vie et la finit mal, le premier auteur de cette longue suite de misères qui furent le partage de l'infortuné Jean-Jacques. »
D'accord : l'auteur à' Emile n'a pas été très bien élevé. Mais cette éducation flottante, abandonnée, si peu conforme aux maximes d'une saine pédagogie, « le cœur s'en était mêlé », et les bonnes semences ont germé comme les mauvaises ; la fierté républicaine a pris racine dans l'àme de l'enfant, au cours de ses entretiens familiers avec son père ; l'imagination a eu tout son jeu ; une nature originale et riche s'est développée en liberté : dans le bien comme dans le mal, Jean- Jacques a été le fils d'Isaac Rousseau.
« Jean-Jacques m'a raconté, dit Bernardin de Saint-Pierre, que son père était d'un tempérament très vigoureux, grand chasseur, aimant la bonne chère et à se réjouir. » L'auteur d'Emile a parlé lui-même, dans ce livre, du goût de son père
pour la chasse : « Je me souviens, dit-il, des battements de cœur qu'éprouvait mon père au vol de la première perdrix, et des transports de joie avec lesquels il trouvait le lièvre qu'il avait cherché tout le jour. Seul avec son chien, chargé de son fusil, de son carnier, de son fourniment, de sa petite proie, il revenait le soir, rendu de fatigue et déchiré des ronces, content de sa journée. » Mais il ne fallait pas le contrarier en ces momentslà; il n'était pas endurant. Un poète patois de l'époque l nous conte sans sourciller, comme un haut fait, un acte digne de fière mémoire, qu'un seigneur savoyard, M. de Saconnex, ayant fait mine de désarmer un braconnier genevois à la chasse, le farouche républicain lui vida son fusil dans l'estomac, et le fit dormir de ce sommeil dont on ne se réveille pas :
On Faconnay, volan fare gremasse De désarma noutra zan'à la chasse, On Genevoi li voidi son fusi Dian l'estomac, et le bouta dremi.
Une rencontre pareille eut lieu dans une partie de chasse que faisait Isaac Rousseau avec un de ses compagnons de plaisir. Un propriétaire voulut