‹ La famille et la jeunesse de J.J. RousseauChapitre 8 sur 35 · I. Le revenu, le loyer : c'est un ternie savoyard que Jean · texte numérisé non relu

I. Le revenu, le loyer : c'est un ternie savoyard que Jean

qu'il a achelé les dilcs prises; — lesquelles choses il veut que sa dite femme prenne et retire à soi, pour en jouir et faire à son bon plaisir, nonobstant qu'il n'ait rien reçu d'elle, ni de ses parents1; et toutefois lui donne les choses susdites, pour les agréables services qu'il a reçus d'elle;

Item, dit qu'il doit à M. d'Allinge un écu pistolet, qu'il veut lui être payé incontinent après son décès; item, dit qu'il doit à maître Dalphin, de Rolle, trentetrois sous, et veut qu'ils lui soient payés ;

Item, à Pernette, fille de Jacques Rebin, de Lullier, dix florins, payables quand on la mariera;

Item, à Simon Caillard, six seliers de bon vin blanc, à les donner payables aux prochaines vendanges, pour les agréables services qu'il lui... (le notaire a laissé sur la minute la phrase inachevée).

Et en tous et chacun ses autres biens, meubles et immeubles, droits, titres et actes quelconques, dont il n'a fait mention, il fait, ordonne et institue son héritier, ou héritière, ou héritiers, le posthume (ou posthumes) qui est de présent dans le ventre de la dite Mie sa femme - : soit fils ou fille; s'ils sont deux, chacun d'eux par égales parts et portions; — auquel posthume (ou

Jacques Rousseau a employé un jour : « Mes travaux passés, dit-il, me semblent tellement étrangers à moi, que quand j'en retire la prise, il me semble que je jouis du travail d'un autre ». Œuvres inédites^ publiées par Streckeisen, p. 287.

1. 11 paraît que dans les années qui suivirent, Mie Miège lit quelque héritage; car Didier Rousseau, dans son testament de 1581 — que nous n'avons pas, mais qui est cité dans un acte conservé, — reconnaît avoir reçu d'elle la somme de trois cents florins.

2. Mie Miège accoucha en eiïet quelques mois après; son enfant fut baptisé le 28 novembre 1570.

posthumes) mourant, sans enfant ou sans lester, il substitue la dite Mie sa femme;

Auquel cas, il donne à la Bourse des pauvres étrangers qui se retirent en cette cité, la somme de cent florins; item, au dit cas, donne par donation pure à Pierre Rcclan, citoyen de Genève, sa maison où il demeure à présent, à la charge qu'il sera exécuteur, avec Noble Jean Budé, de son présent testament; lesquels il prie de bon cœur vouloir accepter la présente charge;

Et en outre, veut que pendant que sa femme se contiendra en viduité, qu'elle prenne six coupes (environ 450 litres) de froment, chacun an; et un char (6 à 700 litres) de vin rouge, chacun an; et douze florins d'argent pour acheter un pourceau, chacun an. Et si elle nourrit l'enfant (ou enfants) qu'elle ait tous les ans vingt florins, jusqu'à ce qu'elle soit remariée.

Mie Miège donna cinq enfants à son mari; tons les premiers moururent en bas âge; le dernier, Jean Rousseau, n'avait pas deux ans quand son père mourut (dans les derniers mois de 1581). Didier Rousseau laissait des affaires embarrassées, et sa veuve se mit bravement à les débrouiller. Elle y eut quelque peine; les autorités genevoises, auxquelles elle adressait requête sur requête, ne s'empressaient point de lui accorder les dégrèvements d'impôts qu'elle sollicitait; on lui refusa tout net de la décharger de la ferme des dîmes du village de Lullier, sur laquelle deux ans restaient à courir.

Sur ces entrefaites, les troupes du duc de Savoie vinrent faire du butin dans le pays; elles pillèrent à Lullier toute la partie de la récolte qui avait été mise à part pour le paiement de la dîme. La trésorerie genevoise n'entendit pas raison, et voulut que l'hoirie de Didier Rousseau, l'avoir de la veuve et de l'orphelin, eût à supporter la perte, et à payer au gouvernement la somme convenue, comme si de rien n'était. Mie Miège se débattit pendant des années contre cette exigence; on finit de guerre lasse par reconnaître son bon droit.

A ce moment, après trente mois de veuvage, elle se remaria. C'est avec un nonagénaire qu'elle vint redemander à l'église la bénédiction nuptiale, non plus la tête couronnée d'une guirlande de fleurs, comme les jeunes filles, mais avec un bouquet sur le sein, comme la coutume le voulait pour les veuves. Son nouveau mari s'était procuré par cette union une garde-malade pour ses derniers jours, et le vieillard ne tarda pas à mourir. Dans le printemps qui suivit, Mie Miège épousa un jeune homme. Elle redevint mère, et fut bientôt veuve une troisième fois : dès lors nous perdons ses traces.

Au milieu de ces noces et de ces morts, l'enfant de son premier mari grandissait. Le jeune Jean

Rousseau l'ut sans doule bien élevé par sa mère, à en juger par sa vie laborieuse et simple. Nous le retrouverons plus loin, en faisant l'histoire des quatre générations qui séparent Didier Rousseau de Jean-Jacques.

Nous avons sorti de la poussière des archives la souche de l'arbre généalogique du philosophe genevois. L'aspect en est modeste. Ce couple, le plus ancien que nous puissions connaître dans la ligne de ses ancêtres directs, le premier qui se dégage de l'ombre du passé, offre à nos regards deux personnes actives, qui ont lutté avec les difficultés de l'existence, qui se sont évertuées pour vivre, pour laisser quelque bien à leurs enfants. Il y a là de la vertu, mais c'est une vertu bourgeoise et sans éclat, sans rien qui tienne du gentilhomme ou de l'héroïne de roman. Une seule chose, dans tout cela, sort du terre à terre. Didier Rousseau a quitté Paris, le Paris déjà brillant de François Ier et de Henri II, et il a supporté trente années d'exil, parce que dans sa jeunesse il s'était laissé séduire à la voix des novateurs qui prêchaient une libre foi, qui voulaient une Église démocratique, qui appelaient le peuple à lire l'Évangile.

Si les familles de la bourgeoisie savaient garder leurs souvenirs, les entretenir, et se redire de

génération en génération l'histoire et la destinée des ancêtres, Jean-Jacques eût été fier de Didier Rousseau; il eût pensé à lui, quand il dut à son tour abandonner Paris et la France pour être fidèle à ses idées, et quand Genève, qui avait été hospitalière pour son aïeul, fît brûler ses livres et le menaça de la prison. Mais il ne semble pas que le glorieux descendant ait jamais entendu parler de l'homme obscur dont, à cause de lui, nous avons recherché les traces et reconstitué la vie.

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