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POUR LE CAREME DE L'ANNEE

ALBERT PASCAL, PAR LA GRACE DE DIEU ET DU SAINT SIÈGE APOSTOLIQUE, ÉVÊQUE DE PRINCE-ALBERT.

Au clergé séculier et régulier, aux communautés religieuses et à tous les fidèles de notre diocèse salut, paix et bénédiction en Notre-Seigneur.

Nos TRÈs CHERS FRÈRES :—

Nous avons cru bon à l'occasion de ce nouveau Carème, d'attirer votre attention et de provoquer vos réflexions les plus sérieuses, sur l'un des devoirs les plus graves de tous ceux qui ont charge d'âmes : depuis les parents au sein du foyer domestique, les institutrices et instituteurs (religieux ou séculiers) dans leurs salles de classe, les professeurs dans leurs chaires d'enseignement, les prêtres dans leurs paroisses, jusqu'aux pasteurs que l'Esprit-Saint a placés aux premiers rangs de la hiérarchie sacrée pour gouverner l'Eglise de Dieu, en continuant sur la terre, la mission con-

fiée par Jésus-Christ à ses Apôtres : nous voulons parler de l'éducation, Nulle expression, mieux que celle-là, ne saurait résumer plus parfaitement et exprimer plus clairement le but suprême de nos efforts, Le travail de l'éducation, en effet, ne consiste-t-il pas à élever les âmes au-dessus d'ellesmêmes, au-dessus des passions, au-dessus des sollicitations trompeuses de la vie, et à les faire monter aussi haut que possible duns la réalisation de l'idéal moral que la divine Providence impose à tous et à chacun selon sa vocation particulière? Or, quel est l'objet, le but du ministère pastoral et sacerdotal, sinon d'élever les âmes jusqu'à Dieu, en les façcinant sur leur divin modèle, Jésus-Christ ; c'est-à-dire en faisant de Jésus-Christ leur idéal vivant, unique et universel, selon la devise du Pontife Souverain glorieusement régnant : Instaurare omnia in Christo: tout restaurer dans le Christ. j

Tous les moyens de perfection, de sanctifieation, dont dispose l'Eglise, sont des co-efficients ou des instruments d'éducation surnaturelle, Les sacrements, et en particulier, le sacrement des sacrements, l'Eucharistie, sont de puissants moyens d'éducation.

Et si on a pu dire que le travail de l'éducation est un apostolat, l'on peut ajouter avec non moins de vérité que l'Apostolat, le ministère sacerdotal est à son tour, une forme, et la plus haute, de l'éducation.

Sans doute, le seul mot d'éducation évoque naturellement l'idée d'école ou établissement scolaire ; car l’école est avant tout, et même exclusivement un sanctuaire d'éducation et de formation : mais, aussi bien, l'Eglise, le foyer domestique, le livre, le journal ne sont-ils pas, à leur manière, de véritables écoles ?

Traiter de l'éducation en général, c’est donc parler d'une question dont l'intérêt dépasse infiniment l'étroite enceinte

de nos écoles, de nos pensionnats, ou de nos internats bien que ces établissements y soient les premiers intéressés.

L'éducation au sens le plus général du mot, est un travail qui prend l’homme ou l'enfant tel qu'il est, pour le faire devenir tel qui doit être.

Ce que l’homme doit être, l'idéal qu'il doit atteindre, la perfection qu’il doit réaliser : tel est le but que se propose l'éducation. Et ce but est l'élément caractéristique de l’éducation, c’est lui qui différencie les diverses éducations. Ainsi, l'éducation chrétienne sera celle qui se propose pour but de former des chrétiens, c'est-à-dire de faire revivre Jésus- Christ en chaque fidèle, de réaliser en thaque fidèle l'idéal moral et religieux, constitué par l’ensemble des vertus dont Jésus-Christ a été ici-bas le modèle divin, et qu'il a légué comme héritage à tous ceux qui voudraient, à sa suite, arriver au bonheur du Ciel.

Le point de départ, dans le travail de l'éducation, c'est l’homme ou l’enfant, tel qu’il est avec ses défauts, ses inclinations, ses habitudes, ses énergies, ses ressources intellectuelles et morales, en un mot, avec le terrain de son âme à exploiter. ;

Le chemin à parcourir entre le point de départ et le point d'arrivée constitue précisément le travail lui-même, la tâche proprement dite de l'éducation. Le guide, le pilote, qui dirige dans cette voie de perfectionnement, l’ouvrier de cette rude et noble tâche, c’est l’éducateur.

Ces quelques notions suffisent à mettre en relief dans ses grandes lignes, la mission de l’éducateur.

Et tout d’abord, comme un guide sûr, comme un pilote expérimenté, l’éducateur doit connaître aussi parfaitement

que possible, le b..", le terme auquel il doit conduire ceux qui sont confiés à ses soins.

De plus, comme ce but est un idéal moral, une perfection de vie à réaliser, l’éducateur doit être pour ses élèves comme l'exemplaire vivant, l'incarnation de cette perfection, de cet idéal. :

L'éducateur chrétien doit donc au préalable, posséder une connaissance exacte, sérieuse, profonde, de la religion chrétienne ; et, dans sa vie, il doit être un chrétien convaincu, un chrétien intégral, un chrétien modèle.

Mais il ne suffit pas de connaître le but. Il servirait de peu au pilote, de savoir à quel port il doit arriver, s’il ne se rendait pas compte du mécanisme de son navire et de la manière ‘< le manœuvrer.

Ainsi en est-il dans l'éducation. L’éducateur doit connai-

tre les ressources intellectuelles et morales, ainsi que les habitudes du sujet à éduquer; en un mot, il doit être au courant de cet ensemble de forces, d'énergies innées ou acquises qui constituent comme la trame profonde de la vie humaine, et sont comme le terrain vivant que doit ensemencer, cultiver et émonder le travail de l'éducation. Tout éducateur doit être un psychologue.

Enfin, et surtout, l'éducateur doit posséder l’art de manier les âmes, de les façonner et de les entraîner vers les sommets de l'idéal : il doit connaître les secrets de la pédagogie, ou science de l’éducation. Cette science qui est en même temps, un art, l’art par excellence ‘‘ars artium regimen animarum'’ est aussi vaste, aussi complexe, aussi variée que l'éducation elle-même.

Nous allons, dans une rapide esquisse, appliquer ces principes généraux, à l'éducation chrétienne.

Le but de l'éducation chrétienne, c’est de former des chrétiens convaincus, sincères et pratiquants, c’est-à-dire des hommes qui incarnent dans leur vie la religion de Jésus- Christ. Qu'est-ce à dire?

Se contenter de quelques pratiques religieuses pour les moments décisifs de la vie, par exemple, de la première communion, de la confirmation, du sacrement de mariage, de l'extrême onction, de la communion pascale ou même de la messe du dimanche, ce n’est pas précisément vivre de la religion, c’est tout au plus, en faire juste assez pour n’en pas laisser éteindre la flamme dans son âme.

Se contenter d’invoquer Dieu dans les besoins présents pour réclamer son aide, c’est le traiter en homme de service, en simple domestique, et non en Maître Souverain : c'est en faire le serviteur des caprices humains.

L'influence de la religion sur la vie, doit être infiniment plus profonde ; sa portée doit être illimitée.

La religion, en effet mettant l'homme, ici-bas, à même de comprendre et d'accomplir sa destinée, contient par le fait même, la raison suprême, le suprême pourquoi, le suprême but de l'existence.

Suprême: c'est-à-dire, à qui doivent être subordonnés tous les autres buts, toutes les autres raisons de la vie. De sorte que, aucun acte, aucune pensée, aucun état de vie, directement ou indirectement, ne saurait échapper à l'in-

fluence de la religion. Ainsi la religion est la règle souveraine et universelle de la vie humaine.

I1 ne faudrait pas non plus réduire la-religion à un senti-

ment de vague religiosité, d'aspiration vers l'infini sans nom, n'ayant d'autre origine et d’autre raison d'être comme d'autre source d'alimentation, que les profondeurs obscures de la conscience individuelle. :

Qu'il y ait, aû fond de l’âme humaine, aux sources vives de notre vie morale, un besoin religieux, des aspirations vers l'infini : l’histoire, la psychologie et l'expérience intime, sont unanimes à le reconnaître, mais ce besoin et ces aspirations doivent s’alimenter en dehors et infiniment audessus de la conscience humaine. La religion, pour être vraie, doit s'adresser à un Dieu unique vivant et personnel qui est notre premier principe et notre dernière fin. Ce Dieu unique, infini, la Révélation surnaturelle nous le montre un en trois Personnes.

Le Fils de Dieu, la seconde de ces trois Personnes, e:. se faisant homme pour nous racheter par sa mort, et nous tracer par sa vie et ses exemples, le chemin du ciel, a, pour ainsi dire, abaissé la divinité jusqu’à nous, l’a rendue visible sous les voiles de son humanité. Jésus-Christ est ainsi le médiateur unique et nécessaire entre Dieu et l'homme. En dehors de lui, il n’y & pas de religion vraie.

Toutefois, le Sauveur, dans sa réalité sensible, visible,

* a disparu de la terre, le jour de sa glorieuse Ascension : mais sa réalité vivante, son action rédemptrice et sanctificatrice est restée au milieu de nous sous des voiles d'emprunt. En dehors de révélations toutes spéciales, l'union à J ésus-Christ, qui est à la base de la vie chrétienne, est conditionnée par ces voiles d'emprunt. Et il serait gravement illusoire de prétendre à l’union personnelle et vivante avec Jésus-Christ, avec, pour unique règle, la conscience individuelle, même éclairée par le texte des Saintes Ecritures.

Comme au temps de sa vie mortelle, Jésus-Christ reste pour tous, et pour chacun de nous, la voie, la vérité et la vie.

Comme vérité, il se donne aux élus dans les splendeurs de la gloire ; il se donne à l’homme ici-bas, sous les voiles de la foi, sous la lettre des Ecritures dans nos dogmes, par le moyen du magistère infaillible de l'Eglise, gardienne et interprète vivant et authentique de la vérité révélée,

Comme principe de vie, Jésus-Christ se donne substantiellement et personnellement dans l'Eucharistie qui est, par excellence, le sacrement de la vie divine, de la vie de la grâce puisqu'il en contient la source elle-même, sous la double forme de sacrifice et de nourriture. Jésus-Christ communique encore sa vie par le moyen des autres sacre. ments, dont il est le dispensateur principal, les prêtres n'étant que ses ministres.

Il faut aussi reconnaître dans l'Eglise et dans chaque âme fidèle, l’action sanctificatrice de l’Esprit-Saint : action qui bien qu'invisible est cependant très réelle, très profonde et incessante. Or le travail de l'Esprit-Saint consiste à fuçonner les âmes d’après leur divin modèle Jésus-Christ et à faire circuler la vie de Jésus-Christ dans son Eglise qui est son corps mystique.

Par son sacrifice sur la Croix, le Rédempteur nous a ouvert le ciel ; par sa vie il nous en a tracé le chemin. Comme voie qui mène au ciel, il se donne à nous dans la morale chrétienne. La morale chrétienne est d’abord la proposition d'un idéal de vie surnaturelle ; elle est aussi une loi, nne règle de vie. - : È

La loi morale se complète par la discipline. ŒEnfin la Liturgie Sacrée ou l'organisation du culte (les fêtes, les prières publiques et les cérémonies religieuses) fait passer comme en un tableau vivant sous les yeux des fidèles, les divers mystères de notre foi, ainsi que la vie et les exemples de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge et des Saints.

Le Dogme Catholique, la Morale Catholique, la Liturgie

catholique et la Discipline Catholique sont les quatre grandes avenues qui conduisent au Christ; les quatre grands canaux par lesquels le Christ nous communique sa vie; les quatre grandes forces par lesquelles il nous attire jusqu'à Lui. Or ces quatre grandes formes de la vérité révélée et de la vie surnaturelle ont été confiées à la garde de l'Eglise qui a reçu à cet effet une autorité souveraine se divisant, d'après son objet, en autorité Dogmatique, Morale, Liturgique et Disciplinaire.

C’est donc à l'Eglise qu’il faut demander Jésus-Christ. , Elle seule peut conduire jusqu'à Lui. La conscience individuelle la famille, la société, ne trouveront la voie, la vérité, et la vie que dans l'Eglise catholique la seule véritable Eglise, l'épouse de Jésus-Christ en même temps que son Corps mystique sur la terre.

Telle est, dans ses grandes lignes la vérité chrétienne que dans toute éducation chrétienne, il faut expliquer, mettre à la portée de tous les esprits, de telle sorte qu'elle puisse éclairer les intelligences réchauffer les cœurs, compénétrer les âmes et devenir la source profonde où s’alimente la vie.

Il nous faut maintenant considérer brièvement le terrain dans lequel l’éducation doit ensemencer la vérité et 1a vie chrétienne.

Commençons par une observation d’une importance capitale. Ce qui frappe tout d'abord, dans la considération de la vie humaine, dans l'analyse ou l’étude d’une âme, c'est la variété et.la complexité de son activité, de ses mouvements, de ses sentiments, de ses inclinations, de ses tendances, de ses énergies. Les réalités matérielles qui nous environnent, le milieu si complexe dans lequel on vit, les créations éphémères de l'imagination, les moindres détails

de la réalité ou de la fiction, sollicitent l'âme dans tous les sens, et tendent à évoquer ou à susciter, au fond de la sensibilité, tout un monde d'impressions, d'émotions ou de passions.

Pour diriger toutes ces énergies vitales, cet amas incohérent d'activités diverses, pour les maîtriser, les unifier, les imprégner d'idéal, Dieu a donné à l'homme en partage, un groupe de puissances que lon appelle supérieures et qui constituent son apanage distinctif, C'est d'abord la raison,

«puissance de penser, qui perçoit l'idéal, le pourquoi, le but de la vie, et éclaire l'activité en lui proposant, sa destinée ; c'est ensuite la conscience qui impose l'idéal sous la forme sacrée de devoir à remplir, de perfection morale à réaliser : c'est enfin la volonté libre, force dominatrice dans le gouvernement de soi-même. Ê |

La sensibilité constitue pour ainsi dire, le ressort de la vie morale ; elle en contient les assises ; elle est comme le terroir sur lequel va s'élever l'édifice de l'éducation.

Mais la sensibilité, par elle-même, n'est qu'un amas incohérent de forces vitales, instinctives ; la volonté, à elle seule, peut être une force très puissante de cohésion et de concentration, mais c’est une force aveugle si elle n'est pas éclairée par la raison et dirigée par la conscience morale ; l'intelligence avec la pensée, n'est à elle seule qu'une froide lumière semblable à un soleil d'hiver : enfin la conscience isolée, peut bien montrer le devoir, mais elle ne contient pas la force de l’accomplir.

Pour la vie morale vraie, intégrale, il faut nécessairement le concours harmonieux de toutes les facultés supérieures.

Mais, à son tour la valeur morale de cette activité harmonieuse, dépend de l'idéal dont elle est compénétrée ; les facultés supérieures elles-mêmes ne valent que par l’accomplis-

sement du devoir, Or le devoir, un idéal, en compénétrant ainsi les sources de l’activité morale, revêt la forme d'une conviction. Une conviction, c'est d’abord une idée précise qui des froides régions de la pensée, est descendue dans la conscience, pour y revêtir la forme d'un devoir à accomplir, d’un mal à éviter ; dans la volonté pour y revêtir la forme d'une irrésistible résolution ; dans le cœur et la sensibilité, pour y revêtir la forme d'un sentiment intense. Lorsque l'idéal a réussi à s'emparer du cœur et de la sensibilité, il est devenu une passion supérieure. Tous les saints, tous les grands hommes furent passionnés pour un idéal.

L'éducation chrétienne doit ‘onc viser à susciter dans les cœurs un amour de la vertu, un amour de l'Eglise, un amour de Jésus-Christ qui aille jusqu'à la passion, jusqu'au don de soi, devenant ainsi l’inspirateur de tous les dévouements, et la source de sublimes sacrifices.

Il est facile de constater après cela, la différence qu'il, y a entre l'agitation, l’activité fiévreuse, sans frein, toute de surface, et la vie vraie, profonde, coordonnée. En réalité les agités ne vivent pas d'une vie profonde et personnelle ; ils sont entraînés par le tourbillon des affaires ou des plaisirs, ils subissent le mouvement, mais ils ne le dominent pas. Ils cèdent à toutes les forces qui les sollicitent en sens divers, semblables à des girouettes toujours en mouvement, mais changeant au gré des vents.

La vie vraie, profonde, personnelle suppose l'empire sur toutes les forces inférieures de l'âme, la maîtrise de soimême, le pouvoir d'orienter, de diriger toutes ses énergies vitales vers un but, vers un idéal dont on porte au fond de son âme, l’image indélébile.

Et ceci est vrai pour tous les âges et toutes les conditions. Malgré l'état rudimentaire de sa psychologie qui tient de la sensibilité beaucoup plus que de la raison, l'enfant peut

posséder l'équivalent de fortes convictions, sous la forme de sentiments prédominants. Dès un âge très tendre, l'enfant donne un motif à ses actions, un but à sa vie, en un mot vise à la réalisation d'un idéal. Demandez à un enfant ce qu'il pense faire plus tard, lorsqu'il sera grand, et dans sa réponse vous pourrez constater au fond de son âme la présence d'un idéal.

Sous l'impulsion ct la direction d'une éducation clairvoyante, l'enfant est de bonne heure, à même de prendre conscience, au fond de lui-même, de cette force supérieure qu'il devra opposer aux sollicitations du monde extérieur ou de ses propres caprices et dont il devra faire le principe directeur de sa vie personnelle.

Donnons maintenant quelques rapides indications sur les différents groupes de sujets auxquels dbit s'adresser l’éducation chrétienne.

1° L'enfant au sein de la famille.

Avec la vie, l'enfant a reçu des prédispositions qui sont comme les assises fondamentales de son tempérament futur.

Avant l'usage de la raison, ses facultés supérieures sont comme ensevelies, enveloppées dans la sensibilité. Il n’y a encore en lui, à proprement parler ni pensée, ni vouloir, ni jugement de conscience, il n’y a que des impressions, des impulsions, des émotions, des sentiments et des inciinations. Mais sous ces manifestations de |: sensibilité on pressent déjà l’action sourde de la pensée, de la volonté et de la conscience, et l’on peut comme entrevoir la germination lointaine de la vie morale.

Sous l’apparence incohérence de son activité sensible, on voit déjà se dessiner les inclinations et habitudes qui constitueront plus tard le fond de sa vie morale.

L'enfant, avant l'âge de raison, n’est donc pas émple-

ment un être remuant que l'on amuse avec des jouets, ou encore une poupée vivante à l'usage des parents.

Son éducation morale doit commencer au seuil même de la vie. Muis, naturellement cette éducation devra être proportionnée à ses capacités; ce sera avant tout l'éducation de la sensibilité par la vuc et par l’ouïe.

Pour susciter et développer chez l'enfant, le sentiment religieux, pour lui inculquer les rudiments d'une éducation chrétienne profonde, il faut que, dès le plus bas âge, les images, peintures, etc., qu sont habituellement sous ses yeux, qui ornent sa chambre à coucher et les appartements où s'écoulent en grande partie ses journées, lui laissent des impressions conformes à la religion chrétienne, Que ses yeux puissent se poser souvent et longuement par exemple sur des scènes d’Evangile, sur des exemples à suivre ou des modèles à imiter. Que chaque jour il soit témoin de la prière faite en famille, que ses parents soient pour lui des modèles de vie chrétienne intégrale. Dès le plus jeune âge, il doit apprendre à prononcer les doux noms de Jésus, de Marie et de Joseph, à joindre les mains, faire le signe de la croix, à balbutier quelques prières dont une attitude recueillie lui fera comme sentir la signification, à élever son cœur vers le bon Dieu.

Toui ce qui frappe les oreilles de l'enfant s'imprime profondément dans son âme neuve, pour y laisser souvent des traces indélébiles ; l'enfant doit donc.n’entendre que des paroles convenables, et souvent il doit en entendre de pieuses et d’édifiantes qui créeront en lui,comme un fonds de mentalité religieuse et de convictions chrétiennes.

Enfin on doit conduire l'enfant à l'Eglise aussi souvent que possible, le mettre en face du Tabernacle, lui révéler, lui faire aimer et désirer l'Hôte Divin qui y habite, lui racontant la bienveillance toute spéciale de ce Jésus pour

les petits enfants. 11 est impossible que du fond de sa prison d'amour, Jésus Hostie ne réponde pas à cet appel touchant d'une âme toute parfumée d'innocence baptismale. Et ce dialogue intime entre Jésus et l'enfant sera pour celui-ci la meilleure éducation Eucharistique et la préparation la plus sérieuse à sa première communion.

Mais le moment sans contredit le plus décisif pour l'éducation de l'enfant, c'est celui où s'éveillent ses facultés supérieures, sa raison, sa volonté et sa conscience. Il se produit alors en lui, comme un saisissement de tout son être. Sa curiosité en éveil concentre toute son attention sur les pro- . blèmes que suscitent, en son âme, le monde extérieur avec lequel il se trouve en contact, et surtout ses impressions vécues qui se présentent en foule au seuil de sa mémoire, revêtant maintenant un aspect tout nouveau ct s’éclairant de reflets d'infini. ,

L'avenir moral tout entier de l’enfant, dépend souvent ce l'éducation qu'il a reçue à cette époque. Et certes, l'amour paternel et maternel inspiré par la religion est bien la seule force capable d'élever ainsi des âmes d'enfants jusqu'aux régions sublimes de l'idéal moral et religieux.

Ces quelques indications suffisent pour montrer l'importance de la tâche qu’impose aux parents l'éducation de leurs

‘enfants.

Nous disons à dessein : ‘‘aux parents’’ pour bien rappeler que l'éducation des enfants est le devoir par excellence non seulement de la mère, mais encore du père de famille, surtout pour les garçons à partir d’un certain âge. C'est avani tout, dans l'éducation de ses enfants que le père de famille accomplit la mission que lui a mfiée la divine Providence et pour laquelle le sacrement ue mariage lui a conféré des grâces spéciales.

L'éducation des enfants demande donc que les foyers

chrétiens remettent en honneur la vie de famille, et en fassent un sanctuaire de toutes les vertus.

La fomille, d'ailleurs est pour l'enfant, son seul milieu normal, son vrai ‘‘chez lui’’ et elle reste son milieu et son ‘‘chez lui'’ tant que la fondation d'un nouveau foyer ou une vocation plus haute ne l’a pas appelé à un nouvel état de vie.

De là suit (a) — que l’école, le patronage, les œuvres post-scolaires, si excellentes qu'elles soient, peuvent bien, * ou même doivent compléter la famille, auprès de l'enfant, mais elles ne la remplacent pas et lui demeurent même subcxdonnées, dans une certaine mesure.

De là suit (b) — que le premier droit, comme le premier . devoir, en matière d'éducation, appartient aux parents, et cela d'une manière inaliénable. Conséquemment, tant que l'enfant n'est pas arrivé au développement complet de sa personnalité, tant qu'il n'a pas atteint sa majorité morale, les prrents gardent le premier soin, et conservent le contrôle premier de son éducation. Et jamais les parents n’ont le droit de se désintéresser de l'éducation de leurs enfants. Le moins que ce devoir leur impose, c'est de seconder l'action des maîtres ou des maîtresses à qui ils ont confié leurs enfants.

Une remarque, en passant, à propos des jeux. L'enfant a besoin de jeux, de mouvement. Mais il faut bien se rappeler que le jeu, le mouvement, n'est pas un but dans sa vie: c'est un simple dérivatif au trop plein d'activité accumulé dans son système nerveux. L'abus du jeu, du mouvement engendre l'agitation et la dissipation qui empêchent l'épanouissement de la vie profonde et personnelle dont le siège se trouve dans le sanctuaire intime d'où la pensée prend son élan vers Dieu, où s’élaborent les aspirations les plus hautes de l'âme ainsi que les affections les plus pures et les plus durables du cœur.

Ces vérités qui font partie de l'enseignement catholique, doivent être souvent rappelées aux pères de famille, ainsi qu'à ceux qui détiennent le pouvoir, afin que soient sauve: gardées les âmes des enfants et que la famille garde dans la société la place que Dieu lui a assignée.

Mais, de ce que les parents ont un droit primordial, sur l'éducation de leurs enfants, il ne faudrait pas conclure qu'ils ont le pouvoir sans contrôle de leur donner ou de leur faire donner n'importe quelle éducation, ou même de ne leur en faire donner aucune, n'ayant pour règle en cela que leurs intérêts immédiats, leur caprice ou simplement leur nonchalance.

Nous croyons superflu d'insister sur cette remarque.

2% L'école et l'enseignement chrétien.

. L'école est par définition un lieu de formation d'éducation. Et le travail de l'éducation à l'école est personnifié dans les maîtres ou les maîtresses. Le rôle du maître à l'école est d'une importance extrême. Que le maître n'ait pas d'influence ou qu'il en ait trop peu: ses élèves sont désemparés et deviennent le jouet de toutes les influences néfastes du dehors ou de leurs propres caprices. À ce comptelà l'école n’est plus une maison d'éducation, mais un lieu de déformation.

Que le maître, au contraire, soit à la hauteur de sa mission, et il e:erce auprès de ses élèves un véritable sacerdoce ; il est comme un foyer lumineux et ardent, générateur de vérité et de vertu, d'idéal moral et religieux.

Par le seul rayonnement de sa personnalité morale, le maître exerce déjà une influence illimitée. En vertu d'une mystérieuse aimantation, les âmes supérieures attirent leur entourage jusqu’à leur propre niveau; c'est une sorte de loi d'équilibre dans le monde moral et religieux, et c'est le travail muet de l'éducation.

si

D'où la nécessité pour l'éducation chrétienne d'avoir des maîtres qui soient des chrétiens sincères, convaincus, pratiquants et profondément pénétrés de la grandeur de leur apostolat. Car personne ne ressemble plus à un prêtre dans l'exercice de son ministère sacré, que le maître chrétien, dans l'exercice de ses fonctions d'éducateur.

Disons maintenant quelques mots de l’enseignement oral pour la formation chrétienne des élèves.

Il faut distinguer ici entre l'enseignement des matières religieuses, et la formation religieuse à donner aux enfants.

Si l'enseignement des matières religieuses : catéchisme, histoire sainte, doctrine chrétienne, histoire de l'Eglise, doit occuper une place distincte dans le programme, par contre, la formation religieuse doit être de tous les instants. Le maître doit profiter de tout, doit mettre tout en œuvre pour inculquer à ses élèves de solides convictions religieuses, et, en fait tout peut et doit contribuer à ce travail : la décoration des salles de classes, les exemples apportés comme explications dans l'enseignement de la grammaire, des mathématiques, ete., les leçons d'histoire, l’appréciation des événements contemporains, etc., etc.

De plus, il faut, pour l'enfant, que la religion lui soit

‘enseignée non sous frrme de principes abstraits froids et

arides, mais sous forme de leçons de choses dont on extrait ensuite le principe général. 11 faut que la lettre du catéchisme soit illustrée par des exemples, des comparaisons saisissantes qui la rendent vivante, en montrent toute la richesse, en découvrent les sublimes enseignements .

Une grave lacune dans la formation gcolaire, serait de ne viser qu'à élever de bons enfants, alors que l'école est avant tout la préparation de l'avenir. Dans l’enfant il faut former le jeune homme, l'homme fait, le chrétien qu'il doit être plus tard.

Ceci est un point capital, le plus délicat peut-être et le plus difficile de l'éducation, Pour n'avoir pas été compris, bien des vies, sont manquées, et l’on rencontre souvent parmi les indifférents, même parmi les pires ennemis de la religion des hommes élevés dans nos écoles où ils étaient pourtant de bons enfants, de bons écoliers, voire des modèles ; mais précisément, on n'a pas su ensemencer dans leurs âmes les germes qui auraient dû se développer et fleurir plus tard en convictions inébranlables ; on s'est contenté d'avoir des enfants sages.

Pour former dans l'enfant le chrétien convaincu, deux conditions essentielles sont requises: 1° Il faut faire de l'école un séjour aimé que l'enfant quitte avec regret et qu'il retrouve toujours avec plaisir. Si les années de formation restent dans le cœur, ineffaçables, toujours présentes au souvenir, comme une époque de bonheur vrai et de vie sereine, elles rappelleront en même temps à la conscience, les principes chrétfens enseignés par le maître, et seront pour ainsi dire comme le prolongement de l’école, jusqu'au terme de la vie. ® Il faut encore d'une manière aussi concrète que possible, inculquer à l'enfant certaines règles de conduite qui plus tard se présenteront d’elles-mêmes à sa conscience, au contact des circonstances et des besoins de la vie.

Rappelons encore que, dans les paroisses, les maîtres et les maîtresses, sont de précieux auxiliaires pour les curés. Les enseignements donnés le dimanche à l'église, du haut de la chaire sont pendant la semaine, expliqués aux enfants, qui, à leur tour et à leur manière en deviennent les apôtres auprès des parents. ;

Enfin, pour que l'éducation morale et religieuse, soit vraiment efficace, il faut qu'elle soit donnée à l'enfant, dans sa langue maternelle. En effet, l'éducation de l'école, venant après celle de la famille, doit nécessairement tenir

compte de celle-ci; soit afin de s’en servir comme d’une base pour une éducation plus haute, soit afin d'en combler les lacunes, ou d'en corriger les défauts. Or, dès que l'enfant est susceptible de saisir la parole, surtout dès qu'il peut parler lui-même, les objets extérieures qui agissent sur lui, toutes ses émotions, impressions, qui sont comme le tissu de sa vie morale naissante, sont indissolublement liés au langage, à son langage intime qui s'incruste dans son imagination, dans sa mémoire, dans tout son organisme et dans son âme presque aussi profondément que ses sentiments et sa propre vie.

Le langage est à la pensée, à la vie intérieure, ce que le corps est à l'âme, et de même qu'ici-bas il n’y a pas d'âme sans corps, ainsi il n'y a pas non plus de pensée sans langage.

Par conséquent, pour évoquer tous les éléments de vie morale et religieuse ensemencés dans l’âme de ses élèves par l'éducation de famule, le maître doit nécegsairement avoir recours au langage qui les y a semés. La langue mater-

. nelle va d'elle-même au fond des âmes éveiller les échos des enseignements reçus dès le berceau, au foyer domestique.

On doit en dire autant lorsqu'il s’agit de combler les lacunes ou de corriger les défauts de l'éducation première. Pour déraciner d'une âme les germes d'une mauvaise éducation première, il est important de se servir du même langage qui les y a implantés.

Car toute langue civilisée doit être suffisamment riche pour servir d'expression et d’instrument à une éducation morale saine et intégrale. Si une langue humaine n'incarnait en fait que la barbarie et l’immoralité elle devrait être modifiée radicalement ou bien disparaître comme langue vivante, car le plus sûr moyen de faire périr une forme quelconque de culture intellectuelle, ou un ensemble de tradi-

tions morales, c'est de faire disparaître la langue qui en est la vivante incarnation.

Ce principe à lui seul, suffit à justifier la disparition de certaines langues inférieures, comme il est la condamnation de toute tentative faite pour supprimer dans un pays quelconque une langue qui porte en elle-même des siècles de civilisation supérieure et de vitalité chrétienne.

Ces quelques développements mettent en lumière la grandeur et la difficulté de la mission confiée aux maîtres et aux maîtresses, chargés de l'éducation de l'enfance dans nos écoles. Mais précisément en raison de sa difficulté même, cette tâche exige de la part de ceux qui l’assument, une préparation sérieuse et un renouvellement périodique dans l'esprit qui doit animer tout éducateur chrétien.

C'est pourquoi nous recommandons instamment aux communautés enseignantes d'avoir, par exemple, au temps de leur retraite annuelle, une série de conférences sur la pédagogie catholique. Nous recommandons également aux maitres et aux maîtresses laïques de s'organiser pour avoir chaque année une retraite spéciale afin de se retremper dans be de leur sublime apostolat.

— Au sortir de l’école.

… préserver les écoliers, pendant les vacances et même durant l’année scolaire, aux heures où ils sont libres, il est nécessaire d'avoir des organisations catholiques. Mais c’est surtout au terme de. la formation scolaire que les dangers sont grands pour les jeunes gens et les jeunes filles. Si pénible, que soit cette constatation, elle s'impose comme un fait évident : avec les exigences et les attractions de la vie moderne, surtout dans les centres populeux, la vie de famille ne suffit plus aux jeunes gens; la maison paternelle n’est plus guère pour eux qu’une maison de pension où ils ont la table et le gîte : leur âme vit ailleurs.

C'est une éducation à refaire ; mais, en attendant, si nous n'avons pas de fortes organisations catholiques, pour enrôler les enfants au sortir de l’école, ils deviendront fatalement la proie d'ussociations neutres ou hostiles où leur foi courra les plus graves dangers. En peu de temps tous les principes chrétiens laborieusement inculqués pendant les années d'école, peuvent sombrer dans l'indifférence sinon dans l’apostasie.

Nous n'entrerons pas aujourd’hui dans le détail de ces organisations. Nous rappellerons seulement aux communautés enseignantes, ainsi qu'aux maîtres et maîtresses laïques, que l'entretien de relations suivies avec leurs anciens élèves, constituent pour eux une puissante sauvegarde.

4 Mentionnons encore la nécessité d'organisations catholiques, pour les hommes, surtout pour les pères de famille en vue de la défense, de la sauvegarde et de l’organisa-

tion des écoles catholiques, d'associations pieuses pour les mères de famille, etc., etc.

Que les prêtres de notre diocèse dont nous nous plaisons à reconnaître le zèle pieux et éclairé, veuillent bien étudier avec soin, l’organisation et le fonctionnement de ces œuvres, afin de les établir dans leurs paroisses dès que la chose sera possible. Mais que dès maintenant, du haut de la chaire, et à toutes occasions qui se présentent, ils fassent comprendre à tous les fidèles l'importance souveraine de la religion comme règle universelle de la vie privée et de la vie publique.

Comme conclusion de cette lettre pastorale, nous attirons votre attention sur deux grands moyens d'éducation chrétienne et catholique, moyens absolument nécessaires, surtout à notre époque, moyens d’ailleurs très efficaces, et à la por-

‘ tée de tous: nous voulons parler de la presse catholique et de la Communion fréquente.

Il faut d'abord former le goût de la lecture dans nos populations catholiques, et établir des bibliothèques paroissiales où se trouveront des livres intéressants et instructifs

pour les différentes catégories de lecteurs. Il faut surtout encourager et répandre les journaux vraiment catholiques. En un mot, au flot envahissant de la mauvaise presse, il faut opposer l'apostolat, et la diffusion de la presse catholique.

Nous demandons à nos prêtres, de faire appel à toutes les ressources de leur zèle pour faire connaître aux fidèles les avantages, de la communion fréquente et quotidienne, pour expliquer la facilité des conditions que requiert une si salutaire pratique ; pour faire connaître et aimer Jésus dans le sacrement par excellence de son amour pour les hommes.

Sans -doute l’âme de toutes les œuvres catholiques, c'est le prêtre. Mais, le prêtre, à lui tout sul, ne peut pas tout faire ; il lui faut le concours de toutes les bonnes volontés, et il devrait trouver autour de lui une élite toujours prête aux plus grands sacrifices pour répondre à son appel et seconder son apostolat. Les fidèles ont aussi des devoirs très graves à remplir pour le règne social de la religion catholique. N'arrive-t-il pas trop souvent dans nos pays nouveaux que le prêtre par la négligence des fidèles reste isolé, obligé de s’ingénier pour vivre, contraint de voir son zèle immobilisé par les soucis matériels?

11 nous est impossible, dans les limites restreintes d’une simple lettre pastorale, de nous étendre davantage sur ces questions pourtant si importantes. Nous espérons néanmoins que ces quelques pages auront éclairé chacun de vous sur ses devoirs, et que tous, vous aurez à cœur de . mettre en pratique ce que vous aura suggéré votre esprit de foi, à la lecture de cette lettre.

Nous faisons des vœux ardents pour que le clergé et les

fidèles de ce diocèse, unis par les liens de la véritable charité, travaillent de concert avec le plus grand zèle à l'extension du règne de. Jésus-Christ dans les âmes et sur la société.

Quant à nous, très chers collaborateurs, et bien-aimés fidèles, placé à votre tête par la volonté du Vicaire de Jésus- Christ, nous avons conscience des graves obligations qui nous incombent et des difficultés de notre charge pastorale : c'est pourquoi, nous vous demandons à tous, d'avoir un souvenir spécial pour nous dans vos prières.

Sera la présente leitre pastorale lue et publiée au prône de toutes les églises, et chapelles paroissiales et autres ou se fait l'office public, le dimanche qui en suivra la réception.

Donné à Prince-Albert sous notre seing et sceau et le

contre seing de notre secrétaire, le 1° janvier 1913.

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