VOULOIR ET ACCOMPLIR SON DEVOIR
Ceci comprend l'éducation du caractère, de l'énergie, de la fermeté, de la décision, du renoncement et du sacrifice, tout autant de conditions qui sont. à la base même du bonheur conjugal.
Art. II. — EDUCATION MATRIMONIALE.
Tout ce que nous venons de dire, appartient à l'éducation générale et ne concerne pas spécialement le mariage. Cependant, même dans l'éducation générale, l’on peut et l'on doit inculquer certains principes qui, d'une façon plus di-
comprendre l'idéal
recte, plus immédiate, serviront à faire
chrétien du mariage.
1° En enseignant aux jeunes gens, même aux enfants le respect à l'égard du sexe féminin, en leur apprenant à vénérer en la Bienheureuse Vierge Marie, les privilèges du sexe féminin : la virginité, et la maternité, élevées jusqu'aux confins de la divinité, en leur apprenant à considérer toutes. du sexe, comme à la Jumière de la Très Sainte t aux jeunes filles, et, en général à es-mèmes, à se considédans les âmes les bases
les personnes Vierge; en apprenan toutes les femmes à se respecter ell rer à cette même lumière, on posé solides du mariage chrétien.
En enseignant aux jeunes filles l'art de tenir une maison, de prendre soin du ménage, de préparer et de varier avec soin un menu, en un mot, cette science précieuse, de l'économie domestique, en particulier l'art culinaire, On
. prépare des femmes qui seront plus tard la joie et le trésor du foyer familial
Gi l'éducation que l'on couvents ne suffit pas à ce des écoles ménagères, au moi
Une jeune fille, capable de pr
de repriser, de raccommoder, de confectionner le linge, de ordre une maison, possède plus de richesse elle savait jouer de mémoire, Loin de nous l'intention de Mais nous voudrions qué nécessaire avant
les plus
donne dans nos écoles, dans n08 but, pourquoi n'établirait-on pas ns dans les principaux centres?
éparer, de varier un menu,
tenir en bon pour fonder un foyer, que si toutes les sonates de Beethoven.
déprécier les arts d'agrément.
chaque chose eût sa place respective : le l'utile, et l'utile avant l'agréable, quand on ne peut pas les - posséder tous les trois à la fois.
œ En instruisant les parents sur le grandeur, la dignité -
de leur sublime mission, en leur rappelant la gravité de leurs devoirs, de leurs responsabilités devant Dieu, devant l'E-
glise, et devant la société ; en faisant comprendre aux enfants tout ce qu'ils doivent à leurs parents, en leur montrant comment leurs parents tiennent auprès d'eux la place de Dieu; en leur inspirant cette sorte de culte religieux, à l'égard de leurs parents qui s'appelle la piété filiale, on rend à la société paternelle, sa seule base solide : la religion : l'on sème dans les âmes de ceux qui présideront aux générations futures les sentiments que Dieu et l'Eglise attendent des chefs de famille dans l'accomplissement de leur miss.0n.
3 En enseignant aux enfants le respect des traditions, l'amour de l'histoire et des grandeurs du passé, en leur inculquant le culte du souvenir, l’on renoue les liens de la famille patriarcale, et l’on rend à la famille son cachet de perpétuité qui en fait un des plus forts soutiens de l'Eglise et de la société.
4° Enfin, en préchant la fraternité chrétienne, la dignité du travail, l’on reconstitue la société hérile et patronale, dans le prolongement de la famille proprement dite. C’est dans les principes chrétiens seuls que l’on pourra trouver la solution vraie et stable de la question sociale. La religion seule peut dicter aux volontés libres leurs devoirs les plus graves, parce que seule elle peut leur donner la lumière et la force de les accomplir,
Art. III. — L'épucarion MATRIMONIALE ET L’AGE NUBILE.
Aux jeunes gens arrivés à l’âge nubile, il faut nécessairement faire comprendre la véritable nature de l'amour vrai, sincère, sérieux ; il faut faire comprendre Ja nature et la
grandeur du mariage chrétien, la gravité des devoirs qu'il impose et des responsabilités qu'il implique.
Nous considérons cela comme une obligation grave qui incombe aux prêtres du ministère. L'allocution du rituel, pour la messe de mariage ne suffit pas. C'est une éducation à faire, une mentalité à créer, et pour cela, il faut profiter de toutes les occasions. De plus à certaines époques il est bon de le faire d'une manière plus golennelle, par exemple, au temps des retraites ou des missions. Il faudrait, durant ces jours de grâce, réunir à part les jeunes gens deux ou trois fois pour leur purler de ce grave sujet. Mais cette éducation matrimoniale des jeunes gens relève tout d'abord de l'éducation familiale. Le père de famille qui a su s’attirer le respect et la confiance de ses fils, la mère qui de son côté, possède le respect et la confiance de ses filles, peu-
vent, respectivement, en temps opportun, inculquer à leurs enfants les principes du mariage chrétien.
Et pourquoi, en temps de retraite, ou de mission, ne réunirait-on pas aussi les pères et les mères de famille pour leur parler de ce devoir et leur indiquer les moyens de l'accomplir? Et si l'on pouvait décider les jeunes gens à faire une retraite de quelques jours, comme préparation au sacrement de mariage |
Il y a dans cette éducation matrimoniale un élément très important de relèvement social.
Art. IV. — LES MARIAGES MALHEUREUX.
Les remèdes que nous venons d'indiquer, sont plutôt d'ordre préventif. Il-nous faut aussi dire quelques mots des mariages malheureux. Car s'il y a des remèdes pour pré-
venir les maux, il doit y en avoir également pour les guérir ou du moins pour les soulager et les adoucir.
Y a-t-il des mariages malheureux ?
Aux yeux de plus d'un, cette question pourrait paraître naïve, et devrait plutôt être remplacée par cette autre: Y a-t-il des mariages heureux, véritablement, complètement ?
Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas l'intention d'établir le bilan des mariages heureux ou malheureux. Un fait certain, c’est qu'il y a un nombre incalculable de mariagés plus on moins malheureux.
Pourquoi y a-t-il tant de mariages malheureux? Les développements de notre troisième partie donnent à cette question une réponse suffisante.
Tous ces mariages sont-ils, et doivent-ils rester irrémédiablement malheureux? Est-il radicalement impossible de ramener la paix aux foyers malheureux ?
Nous ne discuterons pas les cas extrêmes, où, par exemple l’un des époux, foncièrement vicieux ou brutal, serait pour son conjoint un scandale ou un danger grave, et irrémédiable. Il peut exister des cas où le retour de la concorde ne serait possible qu’au prix d’un miracle moral.
Mais c'est là évidemment une exception, et nous ne voulons parler que de la moyenne, ou de la généralité des cas.
Or, de ce point de vue nous répondons sans hésiter : il est possible de ramener la paix, la concorde, et même un certain bonheur, dans la plupart des foyers malheureux.
Ces époux qui maintenant sont malheureux ont pu avoir bien des illusions, de profondes erreurs; ils peuvent avoir à l’égari l’un de l'autre des torts très graves, mais enfin, à un moment de leur vie, ils ont dû s’aimer sincèrement, profondément, ils ont dû à un moment, entrevoir toute une vie de véritable amour conjugal ; ils ont dû être disposés à
faire tous les sacrifices pour cet amour, et lorsqu'ils se sont juré une fidélité inviolable au pied des autels, ils se sont donnés l'un à l'autre, du fond du cœur et pour toujours. Une démarche aussi solennelle, a beau être faite légèrement, elle a dû remuer les fibres les plus intimes du cœur ; elle a dû imprimer au fond de l'âme, la conscience au moins confuse, d'une mission religieuse et sociale.
Tout cela peut bien être enseveli profondément, dans le lointain des souvenirs ; mais tout cela n’est pas mort définitivement : tout cela peut revivre encore PAr la vertu d'une rééducation matrimoniale, à la lumière des vrais principes chrétiens, et par la vertu du sacrement de mariage. Tant qu'il reste, au fond du cœur, un peu de sensibilité ; au fond de l'âme quelques élans vers l'idéal ; au fond de la conscience, un peu de droiture, il ne faut jamais désespérer de faire revivre l’amour par le devoir, et dans le devoir. Le devoir compris c’est le soc puissant qui creuse profondément dans l’âme, dans la conscience pour y découvrir les forces cachées ou assoupies.
Et si quelque chose de l'amour sincère des premiers jours, peut être ramené à la surface de la vie, il fera bien vite oublier toutes les causes de désordre en renouvelant le cœur des époux. É
Mais précisément, là réside la difficulté, le point délicat. Et nous pensons, que pour cela, toute méthode échouera irrémédiablement si elle ne s'appuie sur les principes chrétiens.
Le mariage, à l'instar des sacrements qui impriment dans l'âme, un caractère indélébile, reste dans l'âme des époux, à l'état de sacrement permanent, et donc avec la force permanente d'unir les époux d’un amour mutuel, imprégné de charité divine ; de les faire s'aimer d’un amour semblable à celui qui unit J ésus-Christ et son Eglise ; de faire converger
toutes les autres grâces aux fins du mariage, et donc à l'union, et au bonheur des époux.
Cette force mystérieuse, divine, le mariage, comme tous les autres sacrements, la possèü - en lui-même, en vertu de l'institution de Notre-Seigncur Jésus-Christ, l'auteur, et le prêtre souverain de tous les sacrements. Pendant qu'il dure, le mariage possède la méme vertu, la même énergie divine. Cette vertu, cette énergie peut bien, sans doute, être paralysée par le péché mortel. Mais elle peut aussi revivre par le moyen du sacrement de Pénitence, et, reproduire, encore et toujours les mêmes effets. Voilà la véritable force de résurrection de l'amour et du bonheur conjugal. Que manque-t-il au mariage pour produire ces effets merveilleux? Uniquement les dispositions des époux. Et ces dispositions, ils les trouveront en s'inspirant des principes du mariage chrétien. La chose sera d’ailleurs d'autant
plus facile qu'ils auront des enfants en qui ils pourront renouveler leur amour mutuel.
Le sacrement par excellence, de l'amour, qui consacre le mariage, le sacrement du dévouement, du sacrifice, du renouvellement du cœur, c'est l'Eucharistie. Epoux chrétiens voulez-vous, retrouver le bonheur conjugal, l'amour mutuel pur et bienfaisante, ia force et la résignation? Allez ensemble les chercher dans la communion fréquente. Vous les y trouverez infailliblement.
Que toutes les familles chrétiennes se consacrent à la Sainte Famille de Nazareth.
. Enfin, nous recommandons d’une manière spéciale aux . familles une dévotion sincère, ardente au Sacré-Cœur de Jésus et à la Très Sainte Vierge.
Le Sacré-Cœur, c'est le Prince de la paix, le foyer divin de tout amour, la source de toute joie ; l& Sainte Vierge c'est la consolatrice des affligés, la mère de la divine grâce, le
secours des chrétiens, la cause de notre joie, ete. Revoyez en détail et avec attention chacune des invocations des litanies du Sacré-Cœur et de la Sainte Vierge. Vous serez surpris d'y découvrir tant de richesse, tant de trésors pour votre âme, tant de réconfort contre toutes les peines et les douleurs de la vie.
CONCLUSION
La famille chrétienne et l'œutre des vocations.
Nous voulons conclure ce travail, en rappelant aux familles chrétiennes une obligation trop peu connue, et qui est en même temps, pour elles, une source de relèvement moral. Nous voulons parler de l'œuvre'des vocations religieuses et sacerdotales. Toutes les familles chrétiennes ont intérêt à ce qu'il y ait dans l'Egiis- des religieux et des prêtres, de saints religieux et de saints prêtres. Toutes les familles ne peuvent pas, sans doute, fournir des vocations religieuses et sacerdotales ; mais du moins, toutes, sans €xception, peuvent et doivent collaborer efficacement, par leurs prières, leurs sacrifices et leurs aumônes au recrutement du clergé et des communautés religieuses. Parents chrétiens, à qui Dieu a donné des enfants, vous pouvez, si vous le voulez servir d'instruments à la Providence divine pour susciter dans l'âme de vos enfants les mieux doués, les plus pieux et les plus purs, cette chose si grande, si noble, qu'on appelle la vocation religieuse ou sacerdotale. Vous pouvez, par l'éducation familiale préparer à l'Eglise des religieux et des prêtres. Vous devriez vous en faire un point d’honneur, et un devoir. En tous cas, vous devez travailler dans la mesure de vos moyens, et faire travailler vos enfants à l'œuvre des vocations. Il faudrait que chaque chrétien, que chaque famille chrétienne surtout, pôt se dire : S'il y a dans l'Eglise de Dieu, des religieux et des prêtres,
j'y ai travaillé, pour ma part. Cela vous fera du bien, cela vous fera aimer davantage l'Eglise, le clergé et les communautés religieuses. j
Cela vous fera participer aux grandeurs et aux mérites du sacerdoce et de la vie religieuse. C'est être un peu prêtre, ou religieux que de concourir à former des prêtres ou des religieux. Le prêtre, c'est sans doute, et tout d'abord cet homme revêtu du caractère sacerdotal ; mais c'est aussi, en lui, et avec lui, l'ensemble des influences qui ont collaboré d'une manière efficace à sa formation.
L'action, la prière, l'aumône, le sacrifice, l'éducation, qui ont travaillé à donner un prêtre à l'Eglise se prolongent indéfiniment dans tous les gestes que ce prêtre fera le long de sa carrière sacerdotale pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Travailler à l'œuvre des vocations, c'est collaborer à la iission la plus sublime de la famille chrétienne, qui est de donner à l'Eglise et à Dieu une élite d'apôtres ; c'est perpétuer l'œuvre essentielle de la Sainte Famille de Nazareth, c'est concourir à l'œuvre la plus chère au Cœur de Jésus, et par conséquent, attirer sur soi-même ses plus insignes faveurs; car donner des prêtres à l'Eglise c'est travailler au règne social de celle qui est à jamais son épouse bienaimée.
Prince-Albert, le .... 1915.
Lettre Pastorale et Mandement