‹ La famille et ses traditionsChapitre 116 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

emporterons son souvenir avec le vôtre, et nous le conserverons toujours."

Nous descendons ensuite au réfectoire où VAlma Mater, comme une bonne mère de famille qui renouvelle sa cinquantième année de mariage, distribue à chacun de ses enfants et petits-enfants les douceurs de son inépuisable tendresse.

Après le dîner, la conversation recommence avec un nouvel entrain. Là, on parle du bon vieux temps ; ici, Ton s'entretient .du programme de l'après-midi, surtout des discours que doivent prononcer le Juge Routhier, Théodore Robitaille, le député de Bonaventure,~ aujourd'hui Lieutenant- Gouverneur de la Province de Québec, Jos. Aldric Ouimet, le jeune député de Laval, L. 0. David, de l'Opinion Publique, etc.

Mais tout à coup, au milieu de la joie générale, un long cri d'épouvante se fait entendre : le feu ! le feu ! Les cloches de la vieille tour qui, tout à l'heure, chantaient si joyeuses, sonnent maintenant le lugubre tocsin, dont chaque vibration entre dans les cœurs comme une lame de poignard.

Pendant trois heures, malgré le concours de tous les bras et de tous les dévouements, l'incendie promène ses ravages ; il ne s'arrête que lorsque les saintes espèces sont transportées de la chapelle du collège à l'église de la paroisse. Alors les vents se taisent, et la flamme s'apaise : le collège est sauvé !...

Ainsi finit cette journée, si souriante à son matin; ainsi les extrêmes se touchent dans l'embrassement de la joie et de la douleur !...

Mais il est écrit que la Providence dirige tous les événements d'ici-bas avec force et douceur, qu'elle mesure le vent à la brebis selon sa toison, et que la vertu se perfectionne dans l'épreuve.

Après l'orage, le soleil est plus radieux, et la terre plus féconde. Il en est de même du Séminaire de Ste-Thérèse. L'épreuve, après l'avoir touché de son sceptre de fer, lui a conquis de nouvelles sympathies; et maintenant, sons le souffle puissant de l'espérance, il déploie ses ailes vers les glorieux sommets où l'appelle l'avenir.

Le temps poursuit sa course, et ramène encore une fois dans les bras de VAlrna Mater les anciens élèves de Ste-Thérèse.

Nous sommes au 30 septembre 1879.

Les premiers soleils d'automne versent leur douce lumière sur la terre, et colorent le feuillage des forets de ces teintes de pourpre et d'orange qui indiquent que les fruits sont bons à cueillir. Sur le dôme du collège le drapeau britannique flotte avec orgueil.

Bientôt le sifflet de la locomotive retentit dans le lointain, et les échos de Blainville répètent ces mots : Voici les chars, voici le Lieutenant-Gouverneur !

C'est, en effet, le lieutenant-gouverneur de la Province de Québec, ancien élève de Ste-Thérèse, qui s'appelait Théodore Robitaille il y a 27 ans, qui s'est appelé depuis le député de Bonaventure, et que la fortune, d'un seul coup de sa baguette magique, vient de faire monter au sommet des honneurs.

QUATRIERE PARTIE 181

Cœur bien né, il vient partager avec ses condisciples la joie de son triomphe.

Je n'entreprendrai pas de décrire cette splendide fête, à laquelle je n'ai pas eu le plaisir d'assister : j'aime mieux vous renvoyer à la charmante petite brochure qui en a fait un compte-rendu si intéressant, laquelle a 'pour titre : Visite de son Honneur le Lieutenant - Gouverneur, l'Honorable Théodore Robitaille, au Séminaire de Ste-Thérèse le 30 septembre 1879.

Lisez-la, messieurs, et vous passerez un agréable quart d'heure, que vous ferez durer au moins une demi-heure si vous êtes élèves de Ste-Thérèse.

Permettez-moi de vous citer les lignes suivantes qui peignent si bien l'homme d'esprit et le gentilhomme ; c'est le Lieutenant-Gouverneur qui parle :

" C'est avec bonheur que je retrouve Ste-Thérèse et que je m'y vois accueilli avec cette cordiale sympathie dont je vous prie de me croire profondément reconnaissant.

Lorsque j'ai laissé cette institution pour entrer dans ce qu'on est convenu d'appeler la vie réelle, je m'attendais sans doute à bien des vicissitudes ; mais je ne croyais certainement pas arriver un jour au poste élevé où. la Providence m'a appelé. Je sortais de Ste-Thérèse, jeune homme dont la carrière était encore à faire, et dont les espérances d'avenir n'embrassaient pas un bien vaste horizon J'y reviens presque en visite officielle, comme lieutenant-gouverneur de la province où je suis né.

Mais en ce moment, je vous prie de croire que le lieutenant-gouverneur n'occupe que le second

rang, et que la personnalité qui domine en moi aujourd'hui est celle de l'ancien élève de Ste- Thérèse, heureux de se .retrouver au milieu de la grande famille à laquelle il appartient.

C'est à ce titre que je me réjouis de pouvoir parcourir de nouveau ces lieux où j'ai vécu, et pénétrer encore une fois dans ce sanctuaire de la science et du travail ; c'est pour cette raison qu'en entrant ici, les réminiscences du passé sont arrivées en foule à mon esprit. Je me suis rappelé cet homme de bien par excellence dont le nom et la mémoire sont si chers à la famille thèrèsienne, le révérend M. Ducharme, fondateur de cette maison.

Après l'avoir admiré et estimé durant sa vie, j'eus le triste privilège d'assister à ses derniers instants ; et je me souviens encore de l'impression poignante que j'éprouvai en voyant s'éteindre cette lumineuse intelligence, en m'apercevant que ce cœur ardent et fort avait cessé de battre.

Il eut la gloire de fonder une de ces institutions qui sont l'honneur de notre pays, et son nom doit être en vénération parmi ceux qui aiment la science, les beaux-arts, la religion et la patrie."

Pour fêter cet enfant, qui a si bien fait son chemin, Y Aima Mater a mis à contribution tout ce que son cœur maternel contenait de joie, d'orgueil et d'amour, et ses faveurs n'ont pas fait de jaloux. Si l'Hon. Théodore Robitaille a reçu des honneurs qui rappellent ceux de Joseph, ses condisciples n'ont assurément pas pour lui les sentiments que les fils de Jacob avaient pour leur jeune frère.

Les deux jours qui ont vu passer cette belle fête

Page 1