‹ La famille et ses traditionsChapitre 182 sur 235 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

D'où vient ce charme sans pareil ? Qu'est-ce que nous aimons surtout au fond de la réalité exprimée par ce mot ? Est-ce l'eau des fontaines ? Le cours des fleuves ? La verdure des prairies ? Les moissons des champs ? Le sol foulé par nos premiers pas ? ou le ciel ouvert à nos premiers regards ? Sans doute, messieurs, même les conditions physiques du lieu qui nous vit naître ont pour le cœur humain des charmes que je ne conteste pas ; charmes des vallées, des plaines et des montagnes, charmes des eaux, des fleurs et des ombrages ; charmes de l'air, du soleil et de la lumière ; toutes ces choses s'unissent et se confondent dans ce mélange suave de réalités et d'illusions qui compose pour nous l'amour de la patrie. Mais il est manifeste qu'au fond de tout cela il y a une chose qui explique tout, une réalité plus puissante que les plus charmantes illusions : cette chose, déjà vous l'avez nommée, c'est la famille : ce qui explique la mystérieuse séduction de la patrie, c'est ce que son nom même renferme, c'est la paternité !

La paternité entre si profondément dans l'idée même de la patrie, qu'elle lui a donné son nom : Terra patria : Qu'est-ce à dire ? Si ce n'est la terre des ancêtres, le lieu où l'on eut un père ? Et, dès lors, pourquoi chercher ailleurs le mot de ce mystère ? Il est manifeste que tous ces charmes que la patrie nous offre, même à sa surface, ne sont que des reflets de quelque chose de plus profond qui nous a si bien séduits dans nos premiers jours, qu'il y a encore du bonheur à en retrouver le vestige. Si cet air de la patrie a pour mon cœur

je ne sais quoi de doux et de rajeunissant, c'est que là il a senti, comme une fleur à son premier matin, ses souffles les plus purs. Si cet héritage, quelque modeste soit-il, vaut pour moi l'univers, c'est qu'il est plein de mon père, et que partout j'y retrouve une trace de lui. Si ce rivage pour moi s'embellit à mesure que le temps m'en éloigne, et si 'mon cœur y revient toujours avec un attrait qui se fortifie par la distance, ah ! c'est que là, dans les bras de ma mère, j'ai connu des caresses et vu des sourires que je ne retrouve plus.

Oui, clans toutes les images que la patrie m'envoie de loin et les souvenirs dont je garde le parfum, je reconnais quelque chose de la paternité et de la maternité ; et je ne sais quoi me dit au cœur que cet amour qui me tourne de ce côté comme l'aimant vers le pôle qui l'attire, c'est encore l'amour de la famille, mais l'amour de la famille se répandant autour d'elle sur tout ce qui se rattache à elle ; l'amour de la famille grandi et devenu l'amour de la patrie. Et dans cette révélation du cœur dont ma raison s'illumine, je sens et je comprends tout ensemble que la vie de la patrie n'étant que le perpétuel écoulement de la vie de la famille, j'aime ma patrie de l'amour môme que j'eus pour mon père ; et que le second amour n'est que le naturel épanouissement du premier.

Ah ! si vous voulez avoir un patriotisme sincère, doux et fort tout ensemble, capable de protéger et d'illustrer la patrie, faites qu'il jaillisse du foyer par ces deux sources qui n'en font qu'une, du cœur du père et du cœur de la mère ; que, développé

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