CINQUIÈME PARTIE
dans la famille comme dans sa naturelle atmosphère, il croisse et s'élève pour la défense de cette patrie qu'on apprend à aimer en aimant son père, et qu'on retrouve tout entière au lieu de son berceau. Car la famille est une patrie dans la patrie : c'est la patrie des souvenirs, c'est la patrie des espérances, c'est la patrie des affections, c'est la patrie du cœur, c'est la patrie elle-même abrégée et concentrée à ce point vivant par où l'homme tient à elle, et lui demeure attaché d'un invincible attachement et d'un impérissable amour. Oui, c'est par là, c'est par ce lien sympathique qui a conquis son premier amour, qu'il se sent enchaîné à la patrie, associé à ses malheurs et à ses prospérités, à ses gloires et à ses humiliations, c'est par là qu'il se sent voué lui et les siens, avec toute sa richesse, toute sa force et tout son courage, à la protection et à la défense de la patrie : par là enfin que tout homme bien élevé devient pour elle un glaive et un bouclier ; un soldat dans la guerre et un soldat dans la paix !,..
Ainsi, la famille enchaîne l'homme à sa patrie par ces racines profondes que rien ne peut plus briser, ni la persécution, ni l'exil, ni la barbarie. Ainsi, elle prépare à la société ces défenseurs vraiment dévoués, pour qui ces mots : Mourir pour la patrie ! ne sont pas un cri banal retentissant dans les émeutes, mais le cri spontané de la vie retentissant dans son lieu natal ; cri généreux des vrais héros prêts en effet à la défendre et à mourir pour elle, parce qu'ils ont appris à aimer et à défendre
jusqu'à la mort ces deux choses saintes qu'on aime avec la patrie, les autels et les foyers î
Aussi, malheur aux sociétés où se multiplient de jour eu jour les populations qui n'ont pas de foyer à défendre, de berceaux à protéger, ni de tombes à honorer ! Si déjà deshéritées de toutes ces saintes et patriotiques choses, elles n'ont pas gardé des autels où elles se prosternent ; je le répète, malheur à la société ! Au jour de ces grandes crises, elle ne trouvera pas les défenseurs qu'invoquent ses dangers ; elle entendra passer avec un éclat bruyant dans le vent des révolutions les soldats de l'égoïsme enrôlés par la révolte; elle ne trouvera pas ces légions héroïques qui ont puisé au cœur de la paternité la passion de donner leur vie pour ' protéger la terre qui porta leur berceau ; et elle apprendra par ses désastres ce que c'est que de ne pas faire de la famille la source du patriotisme, et du foyer le rempart de la patrie !
Au contraire, l'homme de la famille tient par mille chaînes puissantes à la société qui le protège ; il y tient par ses pères, par sa femme, par ses enfants ; il y tient par son présent, son passé, son avenir ; il y tient par ses tombes, ses berceaux, ses autels ; il y tient surtout par ce foyer tutélaire qui abrite avec lui la famille entière. Debout entre ses tombes si sacrées et ses berceaux si chers, entre le foyer où il aima son père et l'autel où il adore son Dieu, il attend l'arme au bras, le dévouement au coeur et la fierté au visage, toute barbarie qui menace : barbarie du dehors, marchant par la force brutale à l'attaque de la civilisation, ou