CINQUIÈME PARTIE
puisqu'il consiste dans la vingt-sixième partie de la récolte en grains, est versé en nature au presbytère par les habitants.
Il est bien rare qu'une contestation vienne à s'élever. Chacun, s'il rend à César ce qui est dû à César, rend avec empressement à Dieu ce qui est dû à Dieu. Il sait l'usage qui en sera fait par le dépositaire de cette modeste obole, et il n'ignore pas que, dans les jours de misère, le pauvre seul en bénéficiera. Touchantes mœurs patriarcales, devant lesquelles libéraux et conservateurs, grits et réformistes, s'inclinent avec respect, loin de chercher à détruire les traditions d'un passé qui ne leur laisse que de grands et pieux souvenirs.
Il ne faudrait pas croire cependant que le Canada refuse de marcher avec son siècle, et qu'il dédaigne les grandes conquêtes de l'industrie. Il sait fort allier, au contraire, le culte du passé aux préoccupations du présent et au soin de l'avenir ; les poëtes eux-mêmes savent, au besoin, l'exciter à ne point dédaigner les intérêts matériels ; et sans être les esclaves du " Go ahead " de leurs voisins des Etats- Unis, les Canadiens s'efforcent de faire progresser leur agriculture, leur commerce et leur industrie, et de ne pas rester à l'arrière-garde des pays civilisés de l'ancien et du nouveau monde. Mais ce n'est pas en émigrant dans la Nouvelle-Angleterre, le Vermont ou le Massachusetts que lesCanadiens serviront le mieux la cause de leur pays. M. Suite reprend, à cet égard, la thèse de Crémazie, et se rencontre avec la presque unanimité des écrivains et des orateurs canadiens. Lui aussi conjure ses compatriotes de
rester au Canada ; il leur démontre tous les avantages de la colonisation, leur indique ces vastes plaines, ces forêts immenses, riches des dépouilles végétales entassées dans leur sein par le travail uniforme- des siècles, ce sol gonflé de trésors qu'il est impatient de rendre, et appelant les Canadiens, par les cent mille échos des montagnes qui l'entourent à né pas déserter leur patrie Sans doute
les premiers travaux sont rudes et peu rémunérateurs, mais à peine les sueurs de la première année de labeurs sont-elles essuyées que déjà la récompense est prête. D'année en année elle deviendra plus belle et plus riche, et les fatigues diminueront à mesure que la terre deviendra plus féconde.
Le Comte F. de Foucault. (1)
Péroraison du Discours de M. Claudio Jannet sur