CINQUIÈME PARTIE
forêt, le chant de l'Indien sous la tente du voyageur. Bref, c'est un pays qui a captivé son cœur, et je ne doute point qu'il finisse par léguer ses os à ces régions éloignées. Lorsque l'âge et les travaux auront miné cette puissante organisation ; lorsque les labeurs, les courses, les mille soucis auront épuisé cette activité, il ira demander le repos, la paix, et ces dernières jouissances tranquilles dont la vieillesse a soif, à ces solitudes immenses et animées de mille harmonies. Il me semble que ses cendres goûteront mieux l'éternel repos si sa tombe se creuse et si son tombeau s'élève sur cette langue de terre qui s'avance vers le soleil dans le petit Nominingue. La vague, poussée par la brise venue du sommet des montagnes, roulera sur cette plage ; son murmure ne troublera point son dernier sommeil, mais résonnera doucement à son oreille et réjouira son ombre. Le colon se découvrira avec respect devant la tombe de celui qu'il appelait son ami, son protecteur; il saluera par une prière cette croix, signe d'espérance immortelle ; le sauvage, la montrant à ses enfants, redira la légende de l'intrépide missionnaire, et le voyageur, attiré par les beautés de cette grande nature, s'inclinera devant le tombeau du grand citoyen, du grand patriote. Il retournera meilleur, plus dévoué à sa patrie ; il aura appris ce que peut un homme dominé par une idée qu'il veut mettre à exécution.
Sim.
Annales " Té résiennes " du 1er mars, 1881.