VIVE LA CANADIENNE
Ménagère modèle, c'est une reine en son domaine. Fraîche sous son petit bonnet, ses longs cheveux enroulés comme un câble, elle veille, dès l'aube, aux mille soins du ménage. Grâce à la magie de ses mains travailleuses, les meubles se transforment et luttent de clarté avec la glace de son miroir. La chanson de l'oiseau dans les branches n'a pas pour elle de notes plus jolies que le murmure du pot au feu ; car elle sait bien que chaque plat, cuit à-point, sera payé par un baiser de celui que l'on nomme avec respect le père de famille. Et si, parfois, pour voir passer les gens, elle écarte, la curieuse, les branches du rosier qui masquent la fenêtre, je parierais, moi, que plus d'un, dans la rue, se demande, tout bas, si la Canadienne n'est pas la plus belle fleur de ce joli rosier !
La Canadienne est aussi bonne mère de famille.
Dès le matin, pendant que sommeille l'époux, elle procède à la toilette de ses jolis marmots, levés avant l'aurore, et gazouillant de concert, avec1 l'oiseau qui voltige, là-haut, dans sa cage dorée.
Après un bon quart-d'heure de ce gracieux travail, ils s'envolent de ses mains, tout blancs, tout mignons, avec leurs joues roses, leurs mains potelées, leurs tresses blondes ou brunes, frais comme des cygnes sortant d'une fontaine. Et ils iront, dans la salle, monter leur cheval de bois, l'apostropher d'un air mutin, bâtir en pyramide de grands châteaux de cartes, se disputer leurs jouets dans mille querelles éphémères, abandonner un jeu pour en