‹ La famille et ses traditionsChapitre 228 sur 235 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

La fleur que je viens t'offrir Fleur gracieuse et légère, C'est Vaimez-moi, ce soupir De ton enfant, ô ma mère !

La fleur que je viens t'offrir N'est pas la fleur éphémère :

C'est mon immortel désir De ton bonheur, ô ma mère !

B. B., Religieuse de l'Enfant-Jésus,

Maison-Mère à Clermont. (1)

Les grand'mères.

Vous tous, petits enfants, aimez-bien vos grand'mères ; Entourez-les : leur âge a des douleurs amères. Oh ! formez devant l'âtre une riante cour, Quand votre aïeule vient au cercle de famille, Chauffer ses membres froids au foyer qui pétille Son cœur à votre amour î

Votre rire si franc, qu'elle aime et qu'elle implore, Est son rayon d'hiver, qui la ranime encore. Son frais et vert printemps lui semble refleuri Quand son petit-enfant vient gazouiller près d'elle, Comme un oiseau joyeux qui chante et bat de l'aile Sur un arbre flétri.

Son navire est au port, et va plier ses voiles : Hâtez-vous de l'aimer, c'est moi qui vous le dis, Car déjà son pied touche au seuil du paradis. L'ombre envahit ses jours, couverts de sombres voiles ; Nul soleil d'autrefois dans son cœur ne reluit ; Venez-y rayonner : la vieillesse est la nuit ; Enfants soyez-en les étoiles.

(1) " L'école et la Famille."

Mais, un jour, vous verrez sur la porte un drap noir ; L'aïeule manquera dans le cercle du soir : Puis, plus tard, votre mère et tous vos plus fidèles : Nos logis sont des nids, d'abord pleins et joyeux Mais dont les habitants sont des oiseaux des cieux Qui tôt ou tard ouvrent leurs ailes.

An.VÏS SÉGAXA.S.

La couronne de roses et la couronne d'épines.

Il est deux couronnes au monde :

La première, toute de fleurs, Geint les fronts heureux ; la seconde Presse les fronts mouillés de pleurs.

L'une ne va qu'à peu de tètes :

La foule inquiète, ici-bas Dans le tourbillon de ses fêtes La cherche et ne la trouve pas.

L'autre, que ceignit un Dieu même Quand pour nous il mourut d'amour, Déchire, sanglant diadème, Le front des hommes tour à tour.

Oui, vous avez raison, ô poète ; mais à ceux de mes lecteurs qui seraient tentés de se plaindre en trouvant plus tard dans la vie tant de ronces pour une fleur, je leur dirai, et ce sera mon adieu :

Consolez-vous : dans la souffrance L'épine, hélas ! meurtrit le front ; Mais au jour de la récompense, Les roses la remplaceront.

J'avais promis au début de cette étude sur la famille de faire entendre " la sympathique et lumineuse parole de M, de Ribbe lui-même." Je crois avoir surabondamment rempli ma promesse, puisque la meilleure et la plus substantielle partie de cet ouvrage lui appartient sous le double rapport du fond et de la forme. Le seul mérite auquel j'aie le droit de prétendre, c'est d'avoir ajouté quelquefois et souvent effacé, et d'avoir ainsi résumé la pensée de l'éminent écrivain de la famille dans un livre accessible à toutes les bourses ; c'est peut être encore d'avoir essayé de dire ma pensée sur P émigration et la colonisation, ces deux grands sujets dont tout le monde parle et s'occupe aujourd'hui, au Canada; d'avoir emprunté aux "Archives des collèges et des couvents " quelques-unes de leurs plus belles pages et quelques-uns de leurs plus touchants souvenirs ; d'avoir tracé un plan de journal pour l'intéressante jeunesse qui fréquente nos écoles, et pour celle qui leur a déjà dit adieu ; et d'avoir enfin présenté à mes lecteurs cette " corbeille poétique", que j'ai essayé de remplir des plus belles et des plus gracieuses fleurs de la Religion, de la Patrie et de la Famille. Mais dois-je appeler méritoire un travail qui m'a fait goûter tant de bonheur, qui a fait passer devant moi, dans

la paix du soir, tant de chers souvenirs, et qui me berce de si douces espérances ?...

Que les cœurs aussi bienveillants que patriotiques qui m'ont encouragé dans ma longue et difficile tâche veuillent bien recevoir ici l'expression de ma reconnaissance pour leurs bons conseils et leur générosité. Ce sont des guides et des amis dont je m'honore, et que je suis heureux de remercier publiquement.

Notre clergé canadien, qui ne perd jamais l'occasion de signaler une bonne œuvre et de lui donner l'essor, a déjà exprimé tout haut son admiration pour les ouvrages de M. de Ribbe.

Monseigneur de Birtha disait à un prêtre de mes amis qui lui parlait de cet écrivain : " Si j'avais le temps, je ferais une lecture sur ses ouvrages ; ils devraient se trouver dans toutes les familles canadiennes. Faites-les connaître au plus vite."

Le jour de la fête de la Sainte Famille, un prêtre de Saint-Sulpice, à Montréal, qui est en même temps un érudit et un apôtre, (l) a chaleureusement exhorté ses auditeurs à se procurer le beau " Livre de famille " dont j'ai essayé de faire passer devant vous quelques-unes des beautés.

Ce que j'ai fait est sans doute bien peu ; mais les plus humbles instruments servent parfois à faire de grandes choses, et l'on a vu de magnifiques rivières sortir de sources inconnues.

Que les hommes de talent qui savent écrire développent l'idée que j'ai osé exprimer avant eux ; que messieurs les curés l'introduisent dans les (1) M. l'abbé Desmazure.

familles de leurs paroisses ; que la presse la fasse connaître ; que les associations religieuses et nationales lui tendent la main ; que nos hommes d'Etat qui président à l'instruction publique la prennent sous leur haute protection ; que les supérieurs de collèges, les directeurs de la jeunesse et les instituteurs la patronisent et la propagent ; que les classes dirigeantes, en un mot, lui prêtent leur généreux concours, et qu'ainsi encouragée, appuyée, développée, elle prenne racine dans tous les cœurs canadiens, et, j'ose l'espérer, notre bien aimé pays atteindra bientôt le sommet de la prospérité, du bonheur et de la gloire.

Osons seulement commencer. Que tous les rangs de la société s'unissent dans cette sainte ligue, que j'appellerai u La ligue du foyer ; " que personne ne reste en arrière. Que les vieillards et les hommes de l'âge mûr rivalisent de zèle avec les jeunes gens au cœur ardent, et que les couvents marchent de pair avec les collèges, car il s'agit d'une croisade à la fois religieuse et nationale ; et dans cette sorte de croisade, tous les hommes doivent être des Bayards, et toutes les femmes, des Jeannes d'Arc !

J'ai dit les couvents ; car, quand il s'agit de la régénération, comme de la décadence des peuples, la femme n'est jamais au second rang. " Les hommes font les lois, et les femmes font les mœurs," a-t-on dit. C'est une de ces vérités que le temps, loin de démentir, ne fait que confirmer.

Hommes et femmes, jeunes gens et vieillards^ donnons-nous donc la main pour élever à la famille l'humble monument qu'elle nous demande en mé-

moire de ce qu'elle a fait pour nous : la religion et la patrie nous applaudiront.

La France catholique,— la vraie France,— celle qui fait le bien malgré les scandales, les exils et les échafauds, cette France des Gaume, des Parisis des Pie, des Landriot, des Ségur, des Ozanam, des Nicolas, des Veuillot, des Albert de Mun, des Comte de Foucault, des de Ribbe et des Claudio Jannet, cette France qui est la fille aînée de l'Eglise et dont le sang coule dans nos veines, nous donne l'exemple et, par-dessus 1' Océan, nous tend la main.

Descendants des fils de la Nouvelle - France, saisissons avec empressement cette noble main qui fait les œuvres de Dieu— Gesta Dei per Francos— et marchons ensemble d'un pas ferme et joyeux dans le chemin de l'honneur et dans l'amour de la

Page 1