‹ La famille et ses traditionsChapitre 27 sur 235 · IV. PRÉAMBULE DU LIVRE DE RAISON · texte numérisé non relu

IV. PRÉAMBULE DU LIVRE DE RAISON

Nous n'avons fait jusqu'ici, Messieurs, qu'examiner un splendide portique. Pénétrons maintenant dans le vestibule, et préparons nos âmes au

recueillement et nos cœurs à l'adoration, car c'est dans un temple que nous allons entrer.

Les premiers chrétiens, nos pères dans la foi, faisaient sur eux le signe du salut au commencement de leurs actions. Les Français du 16me siècle leurs pieux imitateurs, inscrivaient au haut de la première page, après celle du titre, le symbole de la rédemption ; et on le faisait suivre d'une invo. cation à Dieu et d'un'préambule.

Dieu était invoqué, comme pouvant seul donner au Livre domestique un. caractère qui le recommandât à la vénération de tous. On écrivait simplement : " Au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit.— A la plus grande gloire de Dieu ! — A Dieu seul honneur et gloire ! " Puis on empruntait une ou plusieurs maximes aux Livres saints, pour exprimer la pensée inspiratrice du Livre de raison : " Rendez compte de votre administration; Si le Seigneur n'édifie lui-même la maison, c'est en vain que les hommes travailleront à la construire ; La génération des justes sera bénie. "

Quant au préambule, il devait préciser le but de l'institution dans l'ordre spirituel et temporel.

En voici un exemple : u Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. J'ai commencé ce Livre de raison le 8 du mois de juin 1729, pour donner autant que possible une parfaite connaissance de mes affaires à mes héritiers... Je prie le Seigneur que, s'il lui plaît de me permettre de remplir ce dessein ce ne soit que pour sa plus grande gloire, et pour mon salut. "

D'autres préambules sont d'une rédaction moins

didactique ; leurs auteurs semblent avoir pris à tâche de leur donner un tour tout particulier, pour mieux frapper l'esprit de leurs enfants. Ce sont des vers libres, dans lesquels il ne faut certes pas chercher la poésie ; mais la simplicité ronde et franche avec laquelle ils expriment l'idée essentielle à retenir n'est pas sans charme.

En voici un qui nous vient d'un médecin de vieille race :

" Lisez souvent, mes fils, avec attention Ces écrits que j'ai faits pour votre instruction... J'y décris un état de tous mes biens fonciers, Des livres de mon art et de tous mes papiers. Vous y verrez marqués le jour qui m'a fait naître, Celui de mon hymen auquel vous devez l'être. 11 y paraît surtout des procès la longueur, Le chagrin, la dépense et l'état d'un plaideur Qui, contre sa partie, ayant gagné l'affaire, Au bout du compte n'a que papier et misère. "

Les notaires ont également les leurs, caractérisant l'idée qu'ils se font de leurs devoirs professionnels. Ils les inscrivent en tête des recueils de leurs actes :

M Creator omnium rerum, fac me semper scribere verum. — Christus dignetur scriptis semper adesse meis."

Il en est qui mettent ces sentences en vers et sous les formes les plus naïves :

" Mon Dieu, mon Saint-Esprit, mon Seigneur souverain, Illuminez mon cœur, mon sens et ma mémoire ; Conduisez, s'il vous plaît, mon ignorante main, Afin que mes contracts soyent tous à votre gloire. "

Beaucoup de ces recueils d'actes contiennent des professions de foi, telles que celle-ci : " Ce sont les contracts que j'ai faits en l'année 1630, priant Dieu de me faire de mieux en mieux travailler, et que ce soit à sa gloire, à celle de la Vierge et de la Bonne Sainte-Anne, le suppliant de me faire la grâce que je puisse vivre en homme de bien e^ exercer ma charge sans aucun manquement. "

Page 1