PREMIÈRE PARTIE
heureux, lorsque nous y pensons : — la douce image d'un bon père et d'une bonne mère ; — leurs traits, empreints du doux sourire dont, aux premiers jours de notre vie, ils égayaient notre berceau, en séchant nos larmes, — l'ineffaçable impression laissée en nous par les témoignages de leur tendresse ; — leur inépuisable dévouement ; —la confiance sans bornes que nous avions en leur sagesse, confiance si grande, si absolue qu'en les perdant, nous avons cru voir s'en aller la meilleure partie de nousmêmes ! Evocations intimes de tout ce que la vie de famille a de plus saint ! Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à ceux qui nous ont fait ce que nous sommes, en retour de l'affection qu'ils nous ont portée et dont nous recueillons les fruits !...
Qui peut dire, en effet, le trésor d'amour que renferme le cœur d'un père, — je dis d'un père à quelque degré de l'échelle sociale que vous vouliez le prendre, quand l'avarice et la volupté n'ont pas éteint tout à fait sa faculté d'aimer.
" Avez-vous observé l'homme de science, dit un écrivain dont la modestie aime à se cacher sous le voile de l'anonyme. Il est souvent distrait dans les choses les plus positives de la vie ; il est sérieux, pensif, préoccupé ; et, quoique jeune encore, peutêtre, ses joues sont pâles et son front est plissé de rides prématurées. En le voyant ainsi, vous avez pu vous dire qu'il y avait trop de préoccupations dans cette tête pour qu'il y eut de la tendresse au cœur. Eh bien, vous vous trompiez. Vous rappelezvous la nuit où vous avez vu cet homme quitter, un livre à la main, le cabinet où il veillait ? Il s'est
approché doucement d'un berceau où dormait un petit enfant. Là, il s'est assis ; et, à la clarté d'une lampe, il a regardé longtemps cet enfant endormi. Dans cette contemplation, il a laissé tomber le livre qu'il tenait jusqu'alors; l'enfant s'est réveillé. Alors, l'homme de science l'a sorti de sa couche ; et, le berçant sur ses genoux, il le caressait et le baisait avec toutes les précautions et toute la tendresse d'une mère, Vous l'avez vu, et vous ne vous en êtes point étonné ; car ce savant c'était un père ; et il y avait dans son cœur tout un trésor d'amour." (1)
Et la mère ?
Un des plus beaux génies de notre siècle a peint sa tendresse avec des traits et des couleurs qui n'appartiennent qu'aux grands maîtres.
" Quand l'homme s'éveille à la vie, le premier objet qu'entrevoient ses yeux, dans le vague de leur premier regard, c'est un sourire de mère.
u Incipe^ parve puer, risu cognoscere matrem." Aimable enfant, commence à connaître ta mère à son doux sourire !
Après l'avoir porté neuf longs mois dans son sein, et l'y avoir aimé déjà d'un amour anticipé qui lui en a rendu le poids léger et l'enfantement héroïque, à peine est-il né, qu'elle lui fait comme un sein nouveau de ses soins, de ses caresses, de ses alarmes, de ses veilles, de ses dévouements, de sa chaleur et de sa substance maternelles. Cent fois elle le réenfante à la vie, elle le dispute à la faiblesse, aux dangers, à la maladie et à la mort. Et quand elle a fini cet enfantement prolongé à l'existence, elle
(1) V amitié — chez Bray et Retaux, Paris.