‹ La famille et ses traditionsChapitre 36 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

commence d'autres enfantements à la vérité, à la vertu, à la famille, à la société, à la religion, qui la rendent autant de fois mère de l'objet unique de tant d'amour, de tant de soins. Elle ne cesse de l'assister et d'intervenir dans tous les chocs auxquels il est exposé avec l'autorité du père, la partialité des frères, les exigences des maîtres, les écueils de l'inexpérience et des passions, les épreuves de la vie dont elle reste pour lui le port, après même qu'il est embarqué dans ses orages, et dont son souvenir est comme l'étoile, quand la mort a glacé ce cœur." (1)

En traçant ces derniers mots pleins d'un charme si touchant, j'ai pensé à St Augustin : il n'a pas parlé autrement de sa mère.

Depuis ce grand nom jusqu'à celui de l'écrivain distingué que je viens de citer, plus d'un fils a écrit sur les auteurs de ses jours des pages qui sont pour nous des leçons, et quelquefois des modèles. Le Chancelier d'Aguesseau nous rend présente, comme si nous l'avions sous les yeux, la vie intime de son père et de sa mère. Louis Racine fait de même pour l'illustre auteur u d'Athalie," quand il le montre dans son ménage avec sa simplicité de mœurs, simplicité si admirable, dit-il, qu'en relisant les témoignages de la tendresse de son père, il verse à tous moments des larmes.

C'est parce que nous ne marchons pas, au Canada, sur les traces de ces grands modèles, que nous ne savons, — quand la mort vient nous ravir un père, une mère, des frères et des sœurs, — comment

(1) Aug. .Nicolas, — " La Vierge Marie et le Plan Divin"

recueillir des renseignements certains, et raviver des souvenirs décolorés pour élever à la mémoire de ces êtres chéris le plus humble des monuments qu'ils aient le droitd'attendre de notre piété filiale ou de notre amour fraternel : une notice nécrologique.

Après avoir pleuré leur départ avec des larmes amères, et déposé leur dépouille mortelle à l'ombre de la croix du cimetière, nous revenons avec attendrissement sur leur vie, toujours trop vite écoulée si nous les avons véritablement aimés. Notre reconnaissance, chargée de leurs bienfaits, et encore tout émue des dernières marques de leur tendresse, voudrait faire revivre leurs traits bien-aimés et mettre au jour les qualités et les vertus que leur humilité a dérobées au monde avec un soin si jaloux. Mais tout nous manque pour réaliser ce pieux dessein ; les ombres les plus épaisses enveloppent les dates, les événements et les actions d'une vie si chère, et l'on se dit, en étouffant un soupir : si tout cela était écrit !

Ghers compatriotes, écrivez donc, et vous vous épargnerez ces regrets posthumes. Commencez dès aujourd'hui ; que ce soit là votre plus chère occupation ; ne vous livrez pas au sommeil sans avoir accompli ce travail. : votre repos sera plus paisible et votre bon ange étendra sur vous ses ailes avec plus d'amour. Consultez d'abord les registres de baptêmes, mariages et sépultures que messieurs les curés, ces fidèles gardiens du berceau et de la tombe, s'empresseront, je n'en doute pas, d'ouvrir à votre dema nde ; interrogez ensuite vos vieux parents, si vous avez encore le bonheur de jouir de

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