‹ La famille et ses traditionsChapitre 41 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

"Mon père n'avait point ou presque point de fortune personnelle ; ma mère ne lui en avait apporté que fort peu ; mais il avait pour principe qu'une bonne éducation est le capital le plus utile qu'on puisse laisser à ses enfants... Je fus placé par lui au collège d'Hareourt, et j'y restai de 1758 à 1762."

Tout le monde a lu dans " Rome et Lorette " les détails que Louis Veuillot a écrits sur ses premières années et sur sa première éducation : C'est un modèle de style et de courageuse franchise ; vous les entendrez sans doute avec plaisir, fût-ce pour la seconde fois :

" Vingt francs par mois, dit-il, m'étaient offerts dans une étude d'avoué ; on m'y plaça... J'allai demeurer hors de la maison paternelle ; j'avais treize ans. Abandonné dans le monde sans guide, sans conseils, sans amis, pour ainsi dire sans maître, à treize ans, et sans Dieu : ô destinée amère ! Je rencontrai de bons cœurs ; on ne manqua pour moi ni de générosité ni d'indulgence ; mais personne ne s'occupa de mon âme, personne ne me fit boire à la source sacrée du devoir. Les rues de Paris faisaient l'éducation de mon intelligence ; les propos de quelques jeunes jens, au milieu desquels j'avais à vivre, celle de mon cœur : sauf un seul, qui vint trop tard et s'en alla trop tôt, ils n'imaginaient pas qu'il y eut quelque retenue à s'imposer devant l'enfance. C'étaient d'honnêtes jeunes gens ; mais ils sortaient du collège, ils faisaient leur droit, et, selon la mode du temps, ils étaient libéraux. Ceux qui m'aimaient le plus me menaient au spectacle ; ceux

qui me trouvaient de l'intelligence me prêtaient des livres, et je continuais par moi-même, en toute liberté,les études que j'avais si bien commencées avec Paul de Kock et Lamothe-Langon."

C'est à Périgueux qu'il régularisa ses études littéraires. Il avait donné quelque temps dans le romantisme, parceque, dit-il, il est un âge où " le bruit plaît plus que la musique, et l'acidité des fruits verts plus que la saveur des fruits mûrs." En étudiant avec soin nos classiques, il y trouva dans le langage, dans la passion, dans l'aventure, une fleur indicible. " C'était, a-t-il dit encore, la même sensation que j'éprouvais en me promenant seul, de grand matin, à travers la campagne où se mêlaient la rosée, le brouillard et le soleil naissant, tandis que mon âme, pleine d'aspirations, d'ardeurs et de tristesses confuses, cherchait l'impossible par des chemins inconnus."

Plus tard,après la chute si glorieuse de "l'Univers," il écrivait ces mots qui le résument tout entier :

" Je ne suis rien, je ne prétends à rien, je n'ai rien, je ne veux rien. Je n'appartiens à aucun parti, je ne me fais d'illusions sur aucun, je ne caresse aucune chimère. L'Eglise est ma mère et ma reine. C'est à elle que je dois tout, lui devant la connaissance de la vérité ; c'est elle que j'aime, c'est par elle que je crois ; d'elle seule j'espère tout ce que je veux espérer : homme, la miséricorde divine, citoyen, le salut de la patrie."

44 Tout homme, quelque soit la situation où l'ait placé sa naissance, est tenu de travailler : voilà le principe que les parents pénétrés de leurs devoirs

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