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LE TESTAMENT ET LES ENSEIGNEMENTS PATERNELS

/. Indication du lieu où est déposé le Testament et de sa date.

On ne saurait trop recommander aux familles la pratique et le respect du testament. Il s'agit de leur destinée, de leur avenir; or, quoi de plus important pour cet avenir que la sollicitude avec laquelle doit s'effectuer le grand acte qui règle la transmission et la conservation du patrimoine domestique ?

Nos pères voyaient en lui u le couronnement de leur vie " dans l'ordre des choses temporelles ; ils le considéraient comme un devoir religieux, dont l'observation a été prescrite par Dieu lui-même ; et ils ont offert à notre imitation de belles et chrétiennes formules, toutes pleines de la fermeté de leur âme :— " Ne voulant pas que la mort nous trouve par notre négligence décédés sans avoir ordonné et disposé de nos biens temporels que Dieu^ par sa grâce, nous a prêtés ; — ne sachant pas si la

mort nous surprendra, et de voulant n'être dépourvus ni de confession ni de testament, etc. ..y Combien peu, de nos jours, ont une si sage prévoyance ! On en a d'autant moins à cet égard que les mœurs deviennent plus sensuelles. Comme le disait le R. P. Lacordaire, la pensée de la mort ne nous vient plus que par le côté sombre de l'âme, tandis que dans les siècles de foi elle arrivait par le plus lumineux et le plus serein, comme le soleil sort de l'horizon. Nos pères ne connaissaient pas les terreurs que la seule idée d'avoir à faire son testament cause à nos contemporains.

" Le testament est le triomphe de la liberté dans le droit civil, dit M. Troplong. Un peuple n'est pas libre s'il n'a pas le droit de tester, et la liberté du testament est l'une des plus grandes preuves de la liberté civile."

u Deux peuples, dit M. Claudio Jannet, justifient avec éclat ces belles paroles. La puissance paternelle et le respect du testament firent, il y a plus de deux mille ans, la grandeur des Romains. La liberté testamentaire, considérée et exercée, non pas comme un privilège, mais comme le droit de tous sans distinction et sans exception, est aujourd'hui pour la race anglo-saxonne, dans l'ancien et le nouveau monde, la pierre angulaire des institutions sociales et peut-être la première des institutions nationales. Il en est de môme des Etats- Unis."^)

Au sein des anciennes familles, toutes profondément religieuses, la mort semble s'effacer ; la

(1) Claudio Jannet, u Les Etats-Unis centemporains."

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vie apparaît, elle est toujours la même, toujours puissante et rayonnante, et l'on croirait retrouver les ancêtres dans la personne de leurs descendants.

" Ah ! je vivrai longtemps sur cette terre où je compte déjà tant d'années dans mes aïeux, d'adolescence dans mon père, de maturité en ma propre existence. C'est cette troisième vie que l'homme aime, et qu'il regarde incessamment. Son bisaïeul l'apercevait de bien loin, dans la brume, lorsqu'il travaillait, conservait, amassait. Et lui, il regarde de ce même côté, en avant ; il pense, il désire pour l'arrière-petit-enfant, pour ceux qui sont là-bas, si loin, aux dernières limites de son horizon. Et de la sorte, tout homme vivant, en un temps où règne l'esprit de tradition, est un milieu entre quatre ou six générations. Il vit en elles, il a ce sentiment qti'il préparait sa propre vie dans celles qui l'ont précédé, qu'il continuera longtemps à vivre dans celles qui viendront après lui." (1)

Combien de familles excellentes sont menacées de plus en plus de perdre les dernières conditions de stabilité qui leur restent ! Si elles veulent échapper au naufrage où tant d'autres ont péri, il est urgent " qu'elles s'unissent étroitement sous l'égide de Vautoritè paternelle, et qu'elles commencent par restaurer chez elles le respect du testament, en se rappelant que c'est par lui que les pères et mères d'autrefois " laissaient le repos, la paix et la bénédiction à leurs enfants."

Citons ici deux exemples pris au hasard dans des

conditions différentes.

(1) Mgr Isoard, " Le Sacerdoce."

Un paysan, nommé J. B. Caulavier, a trois fils ; l'un d'eux l'a quitté depuis 18 ans, pour se livrer à l'industrie de cardeur de laine. Le père écrit de sa propre main son testament et il se borne à laisser à ce dernier une somme d'argent: " Léguant moi dit testateur ce legs à Pierre Caulavier, mon fils, considère qu'il -a reçu sa part en argent, meubles et métier, et ne m'a de rien assisté à travailler pour l'avancement de ma maison."

L'avancement de la maison ! Les paysans ont donc leur maison ; elle leur est chère et particulièrement nécessaire, car elle seule représente et maintient les bases de leur existence.

Les paysans font et fondent de bonnes maisons, qui ont également leur noblesse ; et lorsqu'ils marient un de leurs enfants, ils connaissent bien celles de leur voisinage où sont les bonnes races, les jeunes gens bien dressés au travail, les jeunes filles chastes et bonnes ménagères.

Je prends le second exemple dans notre histoire : c'est le testament de Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières (1663) et seigneur de Boucherville. Il nous semble entendre, en le lisant, l'écho fidèle, quoique lointain, des Jacob et des Tobie :

" Je remets mon âme à Dieu et mon corps à la terre. Je désire mourir dans la foi catholique, apostolique et romaine. Je laisse le peu de bien que je; possède à mes pauvres enfants, à qui je recommande : 1° de prier pour le repos de mon âme; 2° d'aimer et d'honorer leur bonne mère.

" Je vous recommande la paix et la concorde* Aimez-vous les uns les autres pour l'amour de

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